Le 30 juillet marque le 27ᵉ anniversaire de l’intronisation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Vingt-sept années durant lesquelles j’ai eu la chance, depuis mes fonctions associatives et à la tête de Z’TOURS, d’accompagner de près deux des chantiers les plus structurants qu’ait connus le tourisme marocain : la Vision 2010 et la Vision 2020. Je ne les commente pas depuis l’extérieur. Je les ai vécues, portées parfois, et j’en tire aujourd’hui un bilan que je veux sincère : ni triomphaliste, ni amer.
Un cadeau d’intronisation qui ne dit pas son nom
Il y a une coïncidence que j’aime rappeler : c’est le 10 janvier 2001, à Marrakech, lors des Assises nationales du tourisme, que le Souverain a donné le coup d’envoi de ce qui allait devenir la Vision 2010. Nous étions à peine un an et demi après l’intronisation, et le message était clair : le tourisme ne serait plus un secteur secondaire, mais un pilier du développement économique et social du Royaume. L’accord-cadre signé avec la CGEM, puis son accord d’application en octobre 2001 à Agadir, ont donné naissance au contrat-programme « Le tourisme : une vision, un défi, une volonté », courant de 2001 à 2010.
Les objectifs étaient volontairement ambitieux : atteindre 10 millions de touristes, dont 7 millions d’étrangers, créer 160 000 lits nouveaux (dont 130 000 balnéaires) pour tripler la capacité hôtelière, et former plus de 70 000 professionnels du secteur. À l’époque, beaucoup, y compris parmi mes confrères de l’ARAVM que je présidais alors à Marrakech, doutaient qu’un pays encore peu structuré sur le plan hôtelier puisse tenir un tel rythme.
Vision 2010 : un succès qu’il faut savoir mesurer avec justesse
Le résultat, pourtant, a été au rendez-vous, ou presque. En 2010, le Maroc a accueilli 9,3 millions de touristes, soit environ 93 à 94 % de l’objectif fixé, un score que je qualifie de franc succès quand on le rapporte au point de départ : nous étions à 4,4 millions d’arrivées en 2001. Les recettes touristiques sont passées, sur la même période, de 31 à 56 milliards de dirhams, et la capacité hôtelière a franchi le seuil des 175 000 lits.
Ce que les chiffres seuls ne disent pas, c’est le changement de posture qu’a connu notre secteur. Les villes de Marrakech, Agadir et Casablanca concentraient à elles seules 73 % des nuitées nationales en 2010, preuve d’une dynamique réelle, mais aussi d’un déséquilibre territorial qui allait peser lourd sur la décennie suivante. J’ai souvent évoqué, dans mes échanges avec mes confrères de la Fédération nationale des agences de voyages, que la Vision 2010 avait eu le mérite de fédérer les acteurs publics et privés autour d’un objectif commun, un exercice rare dans notre secteur, mais qu’elle avait aussi laissé de côté des territoires à fort potentiel, faute de temps ou de moyens pour les intégrer pleinement au dispositif.
Vision 2020 : l’ambition d’un doublement, la réalité d’un ralentissement
Le 30 novembre 2010, toujours à Marrakech et devant le Souverain, la Vision 2020 a pris le relais avec une ambition démultipliée : doubler la taille du secteur pour atteindre 20 millions de touristes, créer 200 000 lits supplémentaires, générer 470 000 emplois directs (soit près d’un million d’emplois au total en intégrant les emplois indirects), porter les recettes touristiques à 140 milliards de dirhams et faire du Maroc l’une des vingt destinations les plus prisées au monde. Un Fonds marocain de développement touristique, doté de 100 milliards de dirhams et cofinancé par l’État et le Fonds Hassan II, a été créé pour soutenir cette ambition.
C’est durant cette période que mon engagement associatif est devenu le plus intense : Secrétaire général du CRT Marrakech et président de la Commission du Tourisme Interne à la CNT puis, à partir de décembre 2014, Vice-président général de la Confédération Nationale du Tourisme, poste que j’ai occupé jusqu’en juillet 2021. J’ai porté, avec l’équipe de la CNT, plusieurs chantiers concrets : la promotion du Tourisme Interne, le développement du capital humain dans nos métiers, et la réglementation du secteur. Je peux témoigner que la volonté sur le terrain n’a jamais manqué.
Mais la réalité macroéconomique et géopolitique nous a rattrapés. Les instabilités consécutives au Printemps arabe, puis la crise dans nos principaux marchés émetteurs européens, ont freiné une dynamique qui semblait pourtant bien lancée. Dès 2011, les arrivées touristiques ont légèrement reculé, à 10,177 millions contre une base de départ de plus de 10 millions l’année précédente. Le rythme de croisière retrouvé par la suite s’est avéré bien plus modeste qu’espéré : entre 2010 et 2019, le taux de croissance annuel moyen des arrivées s’est établi à 3,7 %, quand la Vision 2020 supposait, elle, un quasi-doublement en dix ans. En 2018, nous étions à 12,3 millions de touristes, très loin des 20 millions visés. Même 2019, année record avec près de 13 millions de visiteurs et une croissance sectorielle de 6 % contre 4 % au niveau mondial selon mon confrère Abdellatif Kabbaj, alors président de la CNT, ne suffisait pas à combler l’écart avec l’objectif initial.
Et last but not least, le CORONAVIRUS qui s’est invité dés mars 2020 pour gâcher la fête, nous obligeant à nous confiner pendant une période indéterminée. Cette retraite forcée dans laquelle le Tourisme a été le premier à entrer et le dernier à sortir nous a couté économiquement, financièrement et socialement car elle mis à nu nos défaillances face à une situation inédite.En l’espace d’une semaine, nous sommes passé d’une crise de la demande à une crise de l’offre.Je retiens néanmoins comment nous avons jugulé et maitrisé cette crise pour pouvoir rebondir très vite. Le tourisme est une industrie résiliente, la nature humaine aussi.
Ce que les rapports officiels confirment
Je ne suis pas seul à porter ce constat mitigé. La Cour des comptes, dans son rapport consacré au ministère du Tourisme, a pointé des disparités sévères dans l’exécution territoriale de la Vision 2020 : la destination Souss-Sahara-Atlantique n’a atteint que 20 % de ses objectifs pour la période 2012-2015, contre 69 % pour Marrakech-Atlantique. Le volet formation, qui me tient particulièrement à cœur, révèle des écarts tout aussi marquants : les effectifs formés en hébergement n’ont atteint que 48 % de la cible, et la filière « Animation et Bien-être » n’a formé aucun lauréat sur quatre années consécutives, alors même que la branche cuisine dépassait, elle, trois fois ses objectifs. Ces chiffres illustrent bien ce que j’ai pu observer de l’intérieur : une vision juste dans ses intentions, mais qui s’est heurtée à un déficit de pilotage fin, région par région, filière par filière.
Oui, je persiste à croire que la mise en œuvre de la stratégie 2020 a été perturbé par des événements endogènes et exogènes et de fait « bâclée » tant par le public que par le privé, chacun ayant un agenda pas si caché que ça et chacun prendra sa responsabilité.
Les fondamentaux qui devaient porter la Vision ont été d’abord ajournés puis complètement enterrés. Je veux parler des huit Territoires Touristiques que d’aucuns ont confondu avec les régions administratives, des ADT qui devaient en assurer la pérennité, du Conseil National du Tourisme, plusieurs fois annoncé et à chaque fois repoussé, de la fameuse commission ad hoc composée de représentants du secteur privé désignés par la CGEM qui ne s’est jamais formée et surtout la mise en place des Fédérations Régionales du Tourisme, ce que j’avais qualifié dans le temps de chainon manquant.
Le retard de cette mise en œuvre est à imputer également à une période de turbulences due à l’amalgame des révolutions dites du printemps arabe, une mauvaise conjoncture internationale, un climat social perturbé, des professionnels déchirés etc…L’urgence a été de mettre en place une nouvelle constitution adoptée à une très large majorité. S’en suivirent des élections législatives avec une nouvelle majorité, puis un nouveau Gouvernement avec des nouvelles priorités …et la nature ayant horreur du vide, ce qui devait arriver, n’arriva plus.
Un bilan que je refuse de trancher au noir ou au blanc
Vingt-sept ans après l’intronisation de Sa Majesté, je regarde ces deux Visions avec la conviction qu’elles ont, chacune à leur manière, tiré notre secteur vers le haut. La Vision 2010 a démontré qu’une ambition royale, relayée par une mobilisation professionnelle sincère, pouvait transformer un secteur en une décennie. La Vision 2020, elle, m’a appris une leçon plus dure : l’ambition seule ne suffit pas quand la conjoncture internationale se retourne, et qu’un pilotage territorial fin fait défaut sur la durée.
Ce que je retiens surtout, c’est la continuité d’une vision royale du tourisme comme moteur de développement économique, social et culturel, une continuité qui s’est prolongée depuis avec la feuille de route 2023-2026 et l’ambition, désormais, d’atteindre 26 millions de visiteurs à l’horizon 2030, portée notamment par l’organisation conjointe de la Coupe du Monde 2030.
Nous avons atteint les 20 Millions de touristes en 2025, nous aurions pu le faire en temps et en heure nonobstant les écueils que nous avons rencontré. Si on y est arrivé c’est que la Vision Royale était claire et que nous y avons cru . Oui, le tourisme est un formidable levier de développement qui peut répondre aux attentes de notre jeunesse avec un avenir plein de promesses.
J’aborderai d’ailleurs prochainement, dans mes analyses, ce que cette nouvelle feuille de route doit impérativement corriger pour ne pas reproduire les mêmes écueils territoriaux. Je partagerai aussi, dans une prochaine rubrique, mon regard sur le rôle que doivent jouer les fédérations professionnelles dans ce pilotage.
À l’occasion de ce glorieux anniversaire, je veux surtout saluer la constance d’une vision : celle d’un Souverain qui, depuis 2001, n’a jamais cessé de placer le tourisme au rang des priorités nationales. Le bilan chiffré est mitigé, je ne le nie pas. Mais la trajectoire d’ensemble, elle, est sans équivoque : notre secteur a changé de dimension depuis 1999, et j’ai eu la chance d’en être un acteur, pas seulement un témoin. Je reviendrai bientôt, dans une tribune que je prépare pour cette rubrique, sur les enseignements que la nouvelle génération d’opérateurs devrait tirer de ces deux décennies.
Qu’en pensez-vous ? Vous qui avez peut-être vécu, vous aussi, ces vingt-sept années depuis l’intérieur du secteur ou simplement comme voyageur fidèle du Maroc, je serais heureux de lire votre propre regard sur ce chemin parcouru. N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire.
Quant à moi, je profite de cet anniversaire pour exprimer mes Vœux les plus chaleureux, de Santé, de Bonheur et de Longévité à notre Auguste Souverain ainsi qu’à tous les membres de la Famille Royale.

Cher Faouzi,
Un texte sincère, sans triomphalisme ni amertume — c’est devenu rare.
Vous rappelez l’essentiel : une stratégie ne vaut que par les hommes qui la portent, et vingt-sept ans plus tard, le chemin parcouru parle de lui-même.
Merci pour cette lucidité bienveillante.
Au plaisir de vous lire.
Cher Fouzi, ce bilan « ni triomphaliste ni amer » est exactement le ton que le secteur devrait s’imposer plus souvent. Comme toi, j’ai vécu ces deux Visions de l’intérieur : notre agence est née en 1981, bien avant les Assises de 2001, et nous avons donc traversé le basculement que tu décris, celui d’un tourisme longtemps considéré comme secondaire devenu, sous l’impulsion royale, un vrai pilier économique. Ta lecture de la Vision 2010 me paraît juste : partis de 4,4 millions d’arrivées, atteindre 9,3 millions en une décennie fut un franc succès, et surtout, elle a réussi ce qui reste le plus rare chez nous, fédérer le public et le privé autour d’un objectif commun.
Là où ton analyse fait mouche, c’est sur ce qui a manqué à la Vision 2020, et je ne crois pas que tout se réduise à la conjoncture. Le Printemps arabe, la crise des marchés émetteurs et le Covid ont évidemment cassé la dynamique, mais tu as l’honnêteté de nommer la faille structurelle : les fondamentaux enterrés. Les huit Territoires Touristiques confondus avec les régions administratives, les ADT jamais nées, les Fédérations Régionales que tu qualifiais de « chaînon manquant ». Ce n’est pas un détail d’exécution, c’est ce qui a produit le déséquilibre territorial que la Cour des comptes a chiffré sans détour, 20 % des objectifs pour Souss-Sahara-Atlantique contre 69 % pour Marrakech. Une vision juste dans l’intention peut échouer par défaut de pilotage fin, région par région, et c’est précisément la leçon que la feuille de route actuelle devrait graver en premier.
Le volet formation que tu soulignes me touche particulièrement, parce qu’il fait écho à ton précédent coup de gueule sur l’IA. Quand on lit que les effectifs formés en hébergement n’ont atteint que 48 % de la cible et que la filière animation n’a produit aucun lauréat sur quatre ans, on comprend que le capital humain a toujours été la variable d’ajustement de nos stratégies, celle qu’on sacrifie quand le reste dérape. Or c’est elle qui accueille réellement le visiteur. On a atteint les 20 millions en 2025, tu as raison de le rappeler et de créditer la constance de la Vision Royale, mais la vraie question pour 2030 n’est pas d’ajouter six millions de plus. C’est de savoir si nous les accueillerons avec des équipes formées et des territoires enfin irrigués, ou si nous rejouerons, en plus grand, les mêmes écueils.
J’attends avec impatience la tribune que tu annonces sur ce que la nouvelle feuille de route doit corriger, et celle sur le rôle des fédérations professionnelles : c’est là, à mon sens, que se trouve la clé que nous avons trop longtemps laissée de côté.
Sur une note plus personnelle, j’ai eu l’immense plaisir et l’honneur de travailler à tes côtés dans le milieu associatif professionnel, à l’ARAVMS, peu de temps avant que le Covid ne frappe. Je me souviens avec nostalgie que nous avions monté ensemble la première édition du Marrakech Digital Day, toujours disponible sur YouTube. De ton engagement associatif et de ton militantisme, jamais démentis, j’ai beaucoup appris, et ces analyses que tu continues de livrer en sont le prolongement le plus précieux. Merci pour cela, sincèrement.
En cette journée d’anniversaire, je joins enfin ma voix à la tienne pour souhaiter santé et longévité à Sa Majesté, dont la constance à placer le tourisme au rang des priorités nationales aura, quoi qu’en disent les bilans chiffrés, changé la dimension de notre métier.
Cela me fait grand plaisir de lire mon ami Fouzi ; il parle avec telle éloquence et sûreté professionnelle !
Je vous souhaite à tous bien de succès !
Cher Fouzi,
Merci pour ce texte, comme toujours d’une grande honnêteté intellectuelle. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est que tu ne te contentes jamais de commenter de l’extérieur : tu as vécu ces deux Visions de l’intérieur, avec tes responsabilités à l’ARAVM puis à la CNT, et ça se sent dans la justesse du propos.
Ton bilan « ni triomphaliste ni amer » est je trouve le bon ton. Je me suis amusé à creuser un peu les chiffres en parallèle sur l’Espagne, la Turquie et l’Égypte sur la même période, et ça confirme largement ta lecture : le Maroc a eu une trajectoire régulière et sans à-coup (+40% d’arrivées entre 2010 et 2019), pendant que la Turquie explosait (+92%) mais avec des à-coups sécuritaires bien plus violents, et que l’Égypte reculait carrément sur la décennie à cause du Printemps arabe et de 2015. Vu sous cet angle, la stabilité marocaine que tu décris n’est peut-être pas si mal valorisée finalement, même si les objectifs chiffrés de la Vision 2020 n’ont pas été tenus.
Je peux d’ailleurs en témoigner à mon petit niveau : j’avais lancé la conception et la construction à Marrakech d’un resort touristique en 2007, dont l’exploitation n’a démarré qu’en 2013, en plein dans les séquelles de l’attentat de Marrakech de 2011. Ce décalage de timing, je l’ai vécu directement, et ça illustre bien ce que tu dis sur ces chocs endogènes et exogènes qui viennent perturber des visions par ailleurs bien pensées.
En tout cas, vingt-sept ans après l’intronisation, ça fait plaisir de lire quelqu’un qui a suivi tout ça de l’intérieur et qui continue à en tirer des enseignements aussi fins. Continue, cher ami, ces analyses sont précieuses pour notre secteur.
Amicalement,
Abdelaziz
Cher Fouzi,
C’est toujours un réel plaisir de lire tes réflexions passionnées et ton engagement indéfectible pour notre secteur. Ayant eu le privilège d’accompagner l’évolution de notre écosystème touristique, je me suis toujours efforcé d’y contribuer, à ma juste mesure, par une réflexion stratégique et un engagement professionnel ancré dans la réalité opérationnelle, et je partage bon nombre de tes constats sur notre trajectoire historique. La Vision 2010 constituait indéniablement le premier étage nécessaire de la fusée. En revanche, la Vision 2020 a été lourdement plombée par des calculs politiques, des réflexes court-termistes de certains acteurs économiques, et une exécution aussi tardive que partielle (notamment sur le volet de la gouvernance). Si la moisson que nous récoltons aujourd’hui s’enracine incontestablement dans le travail de préparation d’hier, il faut tout autant saluer l’agilité, la résilience et l’engagement sans faille des acteurs actuels qui ont su transformer cet héritage en succès tangibles.
Cependant, face aux mutations mondiales, il me semble vital de dépasser les revendications traditionnelles du secteur privé pour embrasser une véritable stratégie de rupture. Voici quelques axes de réflexion qui me paraissent cruciaux :
**1. La Déconstruction des Revendications Traditionnelles**
Nous devons regarder la réalité macro-économique en face et acter l’échec des solutions de facilité :
○ *Le piège de la rente immobilière :* La revendication historique d’un foncier accessible engendre des externalités négatives. Les promoteurs dévient systématiquement vers le « Real Estate Tourism » (résidences secondaires), ce qui crée le phénomène des lits froids et fait flamber l’immobilier local sans créer d’emplois pérennes.
○ *L’illusion de l’argent gratuit :* Réclamer des crédits à taux zéro déforme l’allocation du capital. Cela incite à construire des structures surdimensionnées, extrêmement vulnérables au moindre choc. Le financement moderne exige de se tourner vers la finance verte et le partage des risques.
○ *L’obsolescence de la planification rigide :* Les contrats de développement quinquennaux sont inadaptés à notre environnement volatil. À la fin du cycle, les livrables sont déjà obsolètes.
**2. Les Nouveaux Modèles d’Hébergement et d’Aménagement**
La réponse à la demande locale ne viendra pas du béton périphérique, mais d’une ingénierie de l’usage :
○ *L’Albergo Diffuso (Hôtel diffus) :* Ce modèle italien propose de regrouper des maisons existantes abandonnées dans des médinas ou des villages, de les rénover, et de les confier à une gestion hôtelière centralisée. Cela garantit une artificialisation des sols nulle, limite les coûts d’investissement (CAPEX) et favorise une redistribution économique directe à la communauté locale.
○ *La régularisation intelligente de l’informel :* Le parc des appartements meublés est une ressource stratégique. Au lieu de le réprimer, nous devrions nous inspirer de la Loi ELAN en France ou du modèle Minpaku au Japon. Un portail d’enregistrement national couplé à de fortes incitations fiscales permettrait de formaliser ces lits tout en protégeant le pouvoir d’achat des citoyens.
**3. Gouvernance Agile, Data et Tarification**
La création de richesse se joue désormais dans la gestion de la donnée et l’inclusion communautaire :
○ *Le modèle des Destinos Turísticos Inteligentes (DTI) :* À l’image de l’Espagne, nous devons déployer une plateforme nationale souveraine pour croiser les données publiques et privées. Cela permet de piloter la destination en temps réel et d’éviter de construire des éléphants blancs.
○ *Le Voucher Único (Modèle brésilien) :* Face à la fuite des recettes, la ville de Bonito a mis en place un système digital qui gère chaque transaction touristique. Il répartit instantanément les revenus de manière équitable, éradique la fraude fiscale et bloque automatiquement les ventes dès que la capacité de charge environnementale est atteinte.
○ *Le Yield Management civique :* Pour lisser notre saisonnalité mortifère, nous devons appliquer le « Dual Pricing » (des tarifs résidents préférentiels garantis, comme en Asie). L’objectif est d’utiliser les réductions ciblées en basse saison pour couvrir les frais fixes, plutôt que de punir le consommateur local en haute saison.
**4. Le Financement Inclusif et le Capital Humain**
○ *Bourse Solidarité Vacances (BSV) :* Le chèque-vacances classique est inadapté à notre marché du travail majoritairement informel. La BSV, en récupérant les invendus structurels des hôteliers et transporteurs pour les proposer à des tarifs ultra-subventionnés via des associations, est une application brillante de l’économie circulaire.
○ *Le modèle Chiiki-okoshi Kyoryokutai :* Pour développer le tourisme rural, le Maroc devrait déployer un programme d’État recrutant de jeunes talents urbains diplômés pour s’installer dans les villages. Leur mission serait de structurer l’offre locale et de digitaliser le patrimoine, apportant le « Soft » là où l’État s’est trop longtemps contenté de couler du béton (« Hard »).
○ *Obligations à Impact Social (SIB) :* L’État ne devrait financer les projets touristiques sociaux qu’au résultat. Des investisseurs privés avancent les fonds, et l’État ne rembourse que si l’impact social est rigoureusement audité et atteint.
En définitive, le développement d’un secteur souverain et résilient ne se résumera jamais à une simple équation immobilière. Le Maroc bâtira une industrie digne de ce nom en abandonnant l’obsession du béton pour embrasser la complexité de l’ingénierie touristique.
Enfin, en cette journée de célébration nationale, je ne saurais clore mon propos sans adresser mes vœux les plus sincères de santé, de bonheur et de longévité à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, à l’occasion du 27ème anniversaire de Son accession au Trône de Ses glorieux Ancêtres.
Au plaisir de poursuivre cet échange passionnant !
Jalal Alwidadi
Bonjour Si Jalal,
Ton commentaire est riche d’enseignements à diffuser dans toutes les écoles d’industrie touristique dans la branche économie. C’est une masterclass à lire sans modération. J’en ferai un Podcast à diffuser auprès du plus grand nombre. Merci pour ta contribution.