Toutes proportions gardées, j’ai l’impression étrange d’assister à une nouvelle adaptation du roman de Michael End intitulé « L’Histoire sans fin » porté à l‘écran en 1984, avec cette différence, c’est que ce n’est pas du tout une fiction pour enfants que nous sommes en train de vivre mais bien une réalité dont l’amertume atteint son paroxysme pour le secteur du tourisme marocain.
La situation des entreprises touristiques est devenue intenable faute de revenus sur le court terme, on ne parle même pas du long terme car les moments de répits peuvent se compter en semaines voir en jours, les rares fois en 22 mois où les frontières se sont ouvertes pour laisser passer une clientèle en quête de confiance, qu’il a fallu attirer à coup de campagne de communication dont l’ONMT, il faut le souligner, n’a jamais été avare.
Malheureusement, tout ce travail a été battu en brèche par des décisions, certainement nécessaires à ne pas en douter, mais dont le timing ne correspond pas du tout à notre industrie qui a besoin d’avoir un minimum de visibilité pour gérer le temps de loisir de ses prospects. Or depuis bientôt deux ans nous naviguons en pleine incertitude à tel point que nous perdons en crédibilité et n’osons plus nous engager faute de repères et surtout par manque de communication. C’est très frustrant.
La situation que traverse actuellement le secteur du tourisme était prévisible et personne ne pourra nier que les professionnels ont tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises interpelant les pouvoirs publics sur la dangerosité d’une telle situation et ses répercussions sur toute la chaine de valeur touristique et au-delà par un effet domino qui impactera tout un pan de l’économie nationale et qui fera craindre un désastre social innommable.
Le tourisme marocain a mis trois décennies pour se construire, la première étude stratégique lancée en 1994 dite « Urbaplan » suivie de deux visions stratégiques 2010 et 2020 présentées et signées respectivement le 10 Janvier 2001 et le 30 Novembre 2010 devant notre Auguste Souverain.
Depuis un long chemin a été tracé et qui a vu émerger des pôles touristiques de qualité, de nouvelles stations balnéaires, un hébergement haut de gamme, une gastronomie alliant l’international au terroir national et des ressources humaines formées aux meilleurs standards. Ce qui nous a permis d’attirer des évènements internationaux de réputation mondiale, de les réussir et de positionner notre destination dans les meilleurs classements en Afrique et dans le Monde.
Il serait regrettable aujourd’hui que tous ces acquis, ce savoir-faire et cet investissement tant en ressources humaines qu’en infrastructures ne soient sacrifiés au nom du sacro-saint principe de précaution.
Il faut reconnaitre que la crise sanitaire a été gérée de manière exemplaire par notre pays depuis le début que ce soit au niveau préventif qu’au niveau de la vaccination lorsque les vaccins ont été prêt. Jusqu’à ce jour le bilan est à l’avantage du personnel soignant du Ministère de la santé, sans oublier les services du Ministère de l’Intérieur.
Le secteur du tourisme a aussi été exemplaire durant toute cette crise en se soumettant à toutes les mesures imposées par le décret-loi N° 2-20-293 portant déclaration de l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du Territoire National conscient qu’il y allait de la sécurité et de la santé tant des citoyens que des visiteurs. Le secteur du tourisme a également manifesté sa solidarité lorsqu’il a fallu héberger, transporter et nourrir le personnel soignant qui devait s’isoler de leurs familles afin de réduire au maximum la circulation du virus. Cette pandémie nous l’avons traversée ensemble sans rechigner et dignement.
A l’aube de cette nouvelle année, les professionnels du tourisme, tous secteurs confondus sont à bout de souffle, lessivés et en grande partie déprimés à la limite du burnout. Beaucoup espéraient dans le changement du gouvernement pour impulser une nouvelle dynamique tenant compte des attentes légitimes des entrepreneurs touristiques.
Le contrat programme signé en Aout 2020 n’a jamais été déployé, aujourd’hui il est dépassé et nécessite de nouveaux ajustements « pour assurer la sauvegarde des entreprises, éviter la destruction massive d’emplois et se préparer efficacement à la relance » comme le préconise la Confédération Nationale du Tourisme dans un document présenté à La Ministre du Tourisme en date du 22 Décembre 2021 lors d’une réunion à laquelle ont assisté les principales fédérations des professionnels du Tourisme.
C’est durant cette rencontre que Madame la Ministre s’est engagée à opérationnaliser au plus vite un vaste plan de soutien, ce qui a eu pour effet de redonner du baume au cœur des participants ainsi qu’une lueur d’espoir à la veille des fêtes de fin d’année.
Le 23 décembre on apprend que l’État d’urgence sanitaire est prolongé jusqu’au 31 Janvier 2022 et le 24 Décembre la suspension des vols de et vers le Maroc est prolongée jusqu’au 31 janvier 2022. Autant dire qu’avec cette douche écossaise, les professionnels du tourisme ont été ébranlé, d’autant plus que la situation sanitaire est loin d’être maitrisée un peu partout dans le Monde, le variant Omicron s’étant invité pour les fêtes de fin d’année.
Malheureusement, dans le monde entier on s’attend à une recrudescence des cas Covid 19 avec une dominante Omicron vu sa vitesse de propagation. Un pic est annoncé vers la mi-janvier un peu partout et tous les pays sont entrain de mettre en place des mesures restrictives qui mettent à mal l’économie en général et le tourisme en particulier. Le Maroc ne déroge pas à la règle et comme les autres il met les turbos sur la vaccination et surtout la 3eme dose.
Pour ma part, et sans jeu de mot, j’ai eu ma dose et n’étant ni épidémiologiste, ni devin, mais simple observateur , je voudrai quand même rester optimiste et continuer à espérer que tout finira par se régler d’une manière ou d’une autre.
Dans tous les cas de figure, la balle aujourd’hui est chez la Ministre du Tourisme, elle a eu largement le temps d’évaluer la situation et nous attendons tous qu’elle puisse jouer pleinement son rôle au sein du gouvernement afin de mettre en place les mesures urgentes et structurantes qui permettront à notre secteur d’envisager l’avenir avec sérénité comme elle s’y est engagée solennellement lors de sa rencontre du 22 Décembre dernier avec la CNT.
En attendant, je vous souhaite une meilleure année 2022, puisse-t-elle voir se réaliser la liste de tous vos souhaits mais notre histoire n’est pas finie….

La fin de l’histoire ?
Merci pour tes vœux, Fouzi.
Il va bien falloir briser cette « boucle temporelle » dans laquelle nous sommes coincés, cette mauvaise saison sans fin où la Covid-19, en maître des horloges implacable, tient le bon bout du bâton.
Phil Connors, personnage central du film « Un jour sans fin » joué par Bill Murray, titre homonyme de ton analogie avec l’excellent roman de Michael End, ne retrouve le cours normal du temps qu’une fois son déni, sa colère, son cynisme et son égo devant l’impasse maîtrisés. Il avait accepté sans se résigner : il a Appris, il a Séduit, il a Influencé, il a Servi et il a Ancré (modèle « SICSA », Gestion des Destinations).
La voie de la nécessaire et inévitable résurrection passe par la reprise du destin de ce secteur qui nous réunit tous autour de ton blog, et ailleurs dans l’univers du Tourisme, par nous-mêmes. D’abord au niveau local, régional. Non pas qu’un destin touristique national doit une utopie mais parce que n’ayant rien vu arriver d’incisif ni de disruptif du côté des officines centrales, il est temps de tenter le bottom-up.
Je plaide ici, à l’occasion de ton bilan de cette année, et à la lecture des commentaires de tes pairs, de mes mentors, je plaide donc pour la prise du taureau par les cornes, à partir de notre territoire d’ici.
Je plaide pour la constitution urgente d’une entité unique du tourisme pour la Région Marrakech-Safi. Je plaide pour ce guichet unique ignoré par les ministres du tourisme qui se sont succédés depuis la signature en Novembre 2010 de la Vision qui le prévoyait : où est passée ‘‘l’instance nationale de pilotage public-privé-régions’’, son pilotage, sa coordination et ses arbitrages ? Quid des Agences du Développement Touristique (ADT) qui devaient réduire ce millefeuille de gouvernance qui étouffe l’attractivité et la compétitivité touristiques des territoires ?
Je plaide pour initier ensemble autour d’un PPP effectif, sous le format que nous jugerons le plus idoine, notre instance régionale de gouvernance du Tourisme, sa stratégie, sa promotion, sa recherche, son innovation.
Je plaide pour forcer les portes des instances et des institutions à tous les paliers, communal, municipal et régional. Privées comme publiques. Toute cette chaîne passive qui bénéficie du Tourisme et de ses retombées sans assez le savoir.
Je plaide pour abriter cette SDL, SDR, Coopérative, SA, SARL, …, peu importe son statut, dans la Ville, la Région, le CRI, …, peu importe la structure matrice.
Je plaide pour la reprise en main de notre communauté de destin. Afin de reconstruire, de co-construire à 360 ° notre offre, notre destination, notre ambition pour notre territoire meurtri, victime de la double peine que sont la Covid et l’impuissance de la Tutelle.
Agadir l’a fait en 2018. J’ai proposé cette initiative dès 2014 dans ma contribution au SDAU de Marrakech, toujours en cours de validation.
Courage.
Meilleurs vœux.
Jalal Alwidadi
Expert en rien et Citoyen.
Bravo! J’espere qu’on pourras se “revoir” un de ces jours… bonne annee !!!
Merci cher ami pour cet édito ,tout a été dit et exposé avec brio,malheureusement tant que les pouvoirs publics ne font pas du secteur du Tourisme une priorité nationale ,ce dernier risquera de sombrer une fois pour toute dans les obscures profondeurs abyssales où tout retour sera pratiquement impossible .Une fois encore nous tenons à te remercier pour ta mobilisation ainsi que d être un des véritables défenseurs de la cause qui est celle du TOURISME.
Très bon résumé, Si Fouzi .
Tu devrais communiquer à la presse ton blog. Merci de continuer à croire en notre tourisme, mais moi je commence à l’enterrer.
Amitiés
Merci beaucoup mon cher pour votre franchise.
Croyez moi, personnes ne se fait de souci pour ce secteur, ni Mme la Ministre ni qui que ce soit, aucune visibilité, aucune stratégie, rien 0.
On est en chute libre et à mon avis il faut que les professionnels mettent un peu la pression pour que les choses bougent sinon on va disparaître.
Merci encore une fois pour tout ce que tu fait pour notre secteur et bon courage mon ami.
Merci Fouzi, une belle année à toi et à toute la famille du tourisme, en espérant que cette neverending story se termine bien, comme dans le film…