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Coupe du Monde 2030 : l’aubaine est réelle, mais à qui profitera-t-elle ?

📖 Temps de lecture : 11 minutes

Le 9 juillet 2026, au Boston Stadium, les Lions de l’Atlas ont courbé l’échine face à la France en quarts de finale. Six matchs disputés, un parcours admirable ( trois victoires, deux nuls, une défaite ), dix buts marqués, une élimination des Pays-Bas arrachée aux tirs au but, et le Canada dominé 3-0 en huitièmes. Le Maroc termine parmi les huit meilleures nations du monde, à la 7ème place du classement FIFA, son meilleur rang historique. Pour un pays qui a repris son bâton de pèlerin après l’épopée de 2022, c’est une confirmation, pas un accident.

Mais ce soir-là, au moment où les discussions s’animaient dans les tribunes de Boston et dans les cafés de Casablanca, Marrakech et Fès, une pensée s’est imposée à moi, praticien du tourisme depuis plus de trois décennies : dans quatre ans, la fête sera chez nous. Dans quatre ans, ce sont nos rues, nos stades, nos hôtels et nos médinas qui accueilleront le monde entier. Et la question n’est plus de savoir si le Mondial 2030 sera une aubaine pour le Maroc , cette question je l’avais déjà posée en octobre 2023 est la réponse est toujours oui, et tout le monde s’accorde là-dessus. La vraie question, celle qui mérite une tribune honnête, est la suivante :

À qui profitera réellement cette aubaine ?

Ce que le Mondial 2026 nous a appris, en observateurs

Il y a une leçon précieuse à tirer de notre participation à la Coupe du Monde 2026 en tant que nation footballistique, et pas encore comme pays hôte. Sur le terrain, nous avons été brillants. Sur le plan de la mobilisation touristique, en revanche, nos opérateurs locaux sont restés spectateurs d’un flux de supporters marocains qui ont organisé leurs déplacements via des plateformes étrangères, des agences de voyages internationales et des agrégateurs numériques auxquels nos professionnels du terrain n’avaient pas accès.

Ce n’est pas un reproche, c’est un diagnostic. Et c’est précisément ce diagnostic qu’il faut corriger avant 2030, quand ce sera à nous de recevoir.

Les chiffres qui font rêver et les questions qu’ils soulèvent

Les projections sont vertigineuses. Selon les estimations des opérateurs du secteur, le Mondial 2030 devrait générer pour le Maroc 1 million d’arrivées étrangères supplémentaires, 4 millions de nuitées, et un chiffre d’affaires touristique global pouvant atteindre 8 milliards de dollars. L’organisation OTRAGO, dans son rapport de 2024, pousse même les projections entre 8 et 10 milliards de dollars de retombées économiques globales, toutes sources confondues.

Ces chiffres sont crédibles. Mais ils ne se produiront pas automatiquement, et ils ne se répartiront pas équitablement par miracle.

L’exemple de l’Afrique du Sud en 2010 devrait nous servir de vigie permanente. Premier pays africain à organiser un Mondial, Pretoria avait investi près de 3,9 milliards de dollars dans l’organisation, dont plus d’un milliard dans les seuls stades. Les projections initiales tablaient sur des centaines de milliers de visiteurs supplémentaires et un puissant effet d’entraînement économique. Les études post-événement ont montré des retombées bien inférieures aux attentes. La fête avait eu lieu. La richesse, elle, s’était diluée.

Le Maroc doit éviter ce piège. Et pour cela, il faut nommer les problèmes avant qu’ils ne surviennent.

Les infrastructures : un chantier colossal, en bonne voie mais cela ne suffit pas

Soyons précis sur l’état des préparatifs. Le Maroc a engagé plus de 50 milliards de dirhams d’investissements liés à la Coupe du Monde 2030, répartis entre stades, transport, hôtellerie et urbanisme. Le Grand Stade Hassan II, en construction à El Mansouria dans la province de Benslimane, affichera une capacité de 115.000 places soit le plus grand stade du monde , avec un hub hôtelier et commercial intégré. Le Grand Stade de Casablanca visera 93.000 places. Celui de Marrakech sera porté à plus de 70.000 places, avec des tribunes panoramiques et un toit rétractable. Fès, Rabat et Agadir sont également en chantier.

Du côté de l’hôtellerie, plus de 150 nouveaux hôtels sont prévus d’ici 2030, avec 4 milliards de dollars d’investissements hôteliers déjà engagés. L’extension du réseau TGV vers Agadir est sur la table, avec un temps de trajet projeté à 2h30 depuis Casablanca. Les aéroports sont en cours de modernisation. À Fès, un projet de BusWay reliera l’aéroport, le complexe sportif et le centre-ville. C’est réel, c’est concret, et c’est à saluer.

Mais voilà où le praticien en moi s’arrête et pose la question du voyageur : ces infrastructures, une fois les projecteurs éteints, auront-elles une vie après le Mondial ? Un stade de 115.000 places dans la province de Benslimane, qui jouera dedans en 2031 ? Un hôtel 5 étoiles construit pour les délégations FIFA à Fès, qui le remplira en novembre 2030 ? Ce ne sont pas des questions rhétoriques, ce sont les questions que tout opérateur touristique responsable doit poser aujourd’hui, pendant qu’il est encore temps d’y répondre dans la planification.

La gestion des flux : notre vrai test de maturité

Le Maroc a organisé la CAN 2025. C’était le bon banc d’essai. Les leçons tirées, bonnes et mauvaises, doivent maintenant être documentées, analysées et transformées en protocoles opérationnels pour 2030.

Ce que le Mondial 2026 a aussi démontré, avec sa formule élargie à 48 équipes et 104 matchs, c’est que la gestion des flux dans un tel événement est d’une complexité sans précédent. Le Maroc organisera une trentaine de matchs. Cela signifie des dizaines de milliers de supporters internationaux qui convergeront simultanément vers des villes multiples, avec des besoins en transport interurbain, en hébergement de niveau variable, en restauration, en sécurité, en information multilingue en temps réel.

Avons-nous aujourd’hui un plan de gestion des flux touristiques pour 2030 ? Une cellule de coordination entre les délégations régionales du tourisme, les collectivités locales, les transporteurs et les opérateurs privés ? Une plateforme numérique nationale de réservation et d’orientation pour les supporters ? Si ces outils existent, ils méritent d’être rendus publics. S’ils n’existent pas encore, c’est maintenant qu’il faut les construire, pas en 2029.

L’image : une fenêtre qui ne se rouvre pas deux fois

Le Mondial 2030 sera, pour le Maroc, la plus grande opération de communication qu’il n’aura jamais connue. Des milliards de téléspectateurs. Des milliers de journalistes. Des millions de contenus générés sur les réseaux sociaux depuis nos rues, nos marchés, nos plages, nos ksour. L’image que le monde retiendra du Maroc en juin-juillet 2030 accompagnera la destination pendant une décennie.

Cette fenêtre ne se rouvre pas deux fois. Chaque expérience négative: une arnaque dans un souk, un hôtel survendu, un taxi non réglementé, un guide non certifié, une médina inaccessible, une intoxication alimentaire seront immortalisés sur TikTok et partagés à des millions d’abonnés. À l’inverse, chaque acte civique, chaque rencontre authentique, chaque hospitalité sincère, chaque expérience, de qualité deviendra un ambassadeur involontaire et durable de la destination.

La question de la qualité de l’accueil et de la formation des acteurs de terrain , j’en parle par ailleurs dans cet espace, n’est donc pas une préoccupation de spécialiste. C’est une urgence nationale, directement liée à l’exploitation de ce moment unique.

Les retombées pour les opérateurs locaux : la question que personne ne pose

Je vais maintenant soulever le point qui me tient le plus à cœur, celui que les communiqués officiels n’abordent jamais directement.

Sur les 8 à 10 milliards de dollars de retombées projetées, quelle part reviendra aux agences de voyages marocaines, aux voyagistes réceptifs, aux guides, aux restaurateurs locaux, aux artisans, aux petits hôteliers des médinas ? Quelle part sera captée par les grandes chaînes hôtelières internationales, espagnoles, françaises, britanniques, qui construisent actuellement leurs établissements au Maroc avec des capitaux étrangers, qui rapatrieront leurs bénéfices à l’étranger ? Et quelle part partira directement dans les coffres de Booking.com, Airbnb et Expedia, qui continueront, si rien ne change, à être les vrais distributeurs du Mondial 2030 au Maroc ?

Cette répartition n’est pas une fatalité. Elle se décide maintenant, dans les politiques publiques, dans les partenariats commerciaux, dans les dispositifs de formation, dans l’architecture de la distribution touristique nationale. Mais si nous n’en parlons pas aujourd’hui, elle sera décidée par défaut, au profit de ceux qui auront été les mieux organisés.

Les opérateurs locaux marocains ont tout ce qu’il faut pour être acteurs de ce Mondial plutôt que simples figurants. L’expertise, la connaissance du terrain, les réseaux, la culture, la langue. Ce qui leur manque, c’est une politique délibérée de leur côté : une centrale de réservation nationale, un programme de certification et de labellisation accélérée des prestataires, un accès prioritaire aux accréditations FIFA pour les agences réceptives marocaines, et une stratégie de communication ciblée vers les supports de voyage des pays qualifiés.

Ce que j’attends des pouvoirs publics et des professionnels

Je ne suis pas dans l’opposition au projet. Je suis dans l’exigence que ce projet tienne ses promesses, toutes ses promesses, y compris celles faites implicitement au tissu économique local.

Voici ce que j’attends, concrètement :

Un plan national de valorisation locale du Mondial 2030, avec des objectifs chiffrés sur la part des retombées économiques captées par les PME du tourisme, les agences réceptives, les prestataires locaux certifiés. Pas seulement des chiffres globaux.

Une stratégie de distribution nationale, construite avant que les grandes plateformes étrangères ne colonisent le marché de la réservation du Mondial. La fenêtre pour créer un portail national compétitif se ferme vite, chaque mois sans action est un mois où Booking.com & Consorts avancent.

Un programme de mise à niveau et de labellisation accélérée des guides, hôteliers, restaurateurs et transporteurs des villes hôtes, avec des critères publics et transparents. Les supporters qui viennent au Maroc pour le Mondial doivent trouver un accueil digne de ce nom à chaque niveau de gamme.

Un plan d’héritage post-Mondial, document public et opposable, qui réponde à la question : que ferons-nous de ces stades, de ces hôtels, de ces infrastructures le 1er août 2030 ? Le legs du Mondial doit être pensé avant l’événement, pas après.

Je voudrai ici lancer un appel au « Gouvernement du Mondial »

Il y a quelque chose d’émouvant à imaginer, en juillet 2026, ce que sera le Maroc en juillet 2030. Notre pays co-hôte d’une Coupe du Monde, nos villes illuminées par les drapeaux de 48 nations, nos artères traversées par des millions de visiteurs venus des quatre coins du monde, nos Lions de l’Atlas jouant à domicile avec la ferveur d’un peuple entier derrière eux.

Cette image est à notre portée. Elle le sera encore plus si nous prenons, dès aujourd’hui, les décisions qui transformeront un événement sportif en une réelle opportunité de développement durable pour l’ensemble de notre secteur touristique.

Le Mondial 2030 ne doit pas être une parenthèse enchantée dont on découvrira, en 2031, qu’elle a surtout profité aux grandes chaînes hôtelières et aux plateformes numériques étrangères. Il doit être le moment où le tourisme marocain change véritablement d’échelle et pas seulement en chiffres, mais en structure, en qualité, en équité de répartition.

Nous avons quatre ans. C’est court. C’est suffisant, si nous commençons maintenant.

Fouzi ZEMRANI
Fouzi ZEMRANI
Voyagiste militant de la première heure.Past Président de la FNAVM et Past VPG de la CNT. Blogueur passionné depuis 2010. Décoré du WISSAM du Mérite National 1ere Catégorie le 30/07/2019.
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5 Commentaires

  1. Cher Fouzi, Cher Ami,

    C’est toujours un plaisir de lire tes réflexions. Ton engagement pour que le tissu local ne soit pas le grand oublié de 2030 est essentiel. Tu as raison : cet événement doit être un levier de développement, et non une simple parenthèse. Cependant, en observant la mécanique implacable des méga-événements sportifs et les expériences des pays hôtes précédents, il me semble que l’on se trompe de cible sur plusieurs points stratégiques.

    1. Le vrai visage de la distribution d’un Mondial

    Booking, Expedia ou encore Airbnb ne confisqueront pas la distribution, pour une fois, mais ces TPI’s en profiteront, tu connais déjà mon point de vue sur la question. Je crois que dans ce type de méga-événement, la distribution n’est pas laissée aux OTA grand public. Elle est préemptée par l’écosystème fermé de la FIFA à travers ses agences officielles d’hospitalité (comme MATCH Hospitality historiquement) et ses propres programmes de billetterie packagée (Ticketing & Accommodation).
    Le risque pour nos opérateurs locaux n’est pas Booking. Le vrai défi est l’hyper-concurrence pour devenir sous-traitant de ces mastodontes mondiaux de l’événementiel. Pour y parvenir, l’État ne peut pas imposer des quotas par décret. Nos agences réceptives doivent plutôt se constituer en consortiums dès aujourd’hui pour présenter les garanties financières et opérationnelles exigées par ces cahiers des charges internationaux.

    2. Le multiplicateur touristique face au libre marché.

    Je plaide depuis très longtemps pour faire exister cet outil aux côtés du Compte Satellite du Tourisme (enfin annoncé pour 2026). S’inquiéter de l’expertise étrangère ou de la présence de grandes chaînes internationales est compréhensible, mais c’est la règle du libre marché. Un événement de cette ampleur est un appel d’air pour les investisseurs et ces derniers confient leurs actifs aux enseignes pour 1000 raisons (bonnes et mauvaises). Point de concurrence étrangère mais, je l’espère, des accélérateurs de compétences pour nos équipes locales.
    De plus, la véritable manne financière d’une Coupe du Monde ne se limite pas à la nuitée hôtelière. Elle se mesure justement au **Multiplicateur Touristique**. La valeur ajoutée ruisselle dans le transport, la logistique, la restauration hors hôtel, l’artisanat et les services de proximité. C’est sur ces maillons invisibles aux grandes plateformes que notre secteur privé local doit se positionner pour capter la richesse.

    3. L’héritage territorial : le risque des « Éléphants Blancs »

    Tu soulèves la question cruciale de l’après-2030. Que ferons-nous de ces stades monumentaux au 1er août ? Répéter qu’il faudra en faire des 《 lieux de vie 》 avec quelques boutiques est une illusion. Les retours d’expérience mondiaux montrent que les loyers commerciaux d’un stade périphérique ne couvrent jamais les coûts d’exploitation (OPEX).
    ​Dans un pays qui peine à remplir ses enceintes pendant la Botola, la survie financière de ces actifs post-Mondial passe par des ruptures structurelles très précises :

    ● ​La modularité capacitaire stricte (Downsizing) : La meilleure pratique mondiale aujourd’hui (comme appliquée à Londres ou au Qatar) est l’architecture réversible. Nous devons construire des stades de 45 000 places pour la FIFA, dont les anneaux supérieurs sont conçus pour être démontés dès le lendemain de la finale. Ramener un stade à 20 000 places (la jauge réelle de la Botola) permet de diviser les coûts de maintenance par deux, de concentrer l’ambiance, et de réutiliser les structures démontées pour équiper des villes moyennes en infrastructures sportives de proximité.

    ● ​Le transfert du risque d’exploitation : L’État ou les communes ne doivent plus gérer ces infrastructures. La conception, la construction et surtout l’exploitation doivent être liées dans un seul contrat de partenariat public-privé (Design, Build, Finance, Operate, Transfer). Si le constructeur est contractuellement obligé d’exploiter le stade et d’assumer ses pertes pendant 20 ans, je t’assure que son architecture sera pensée pour la rentabilité énergétique et commerciale dès le premier coup de crayon.

    ● ​Le Transit-Oriented Development (TOD) : Un stade, c’est avant tout des dizaines d’hectares de parkings et de voies d’accès qui restent vides 300 jours par an. Plutôt que de les isoler, ces emprises doivent devenir les hubs multimodaux quotidiens de nos métropoles. Les parkings des stades doivent être conçus comme des parcs-relais connectés aux terminus des tramways, BHNS ou futurs RER promis par l’ONCF, absorbant le trafic quotidien. L’infrastructure devient alors vitale pour la mobilité urbaine tous les jours de l’année, justifiant son entretien.

    ● ​La transformation en « Centrale de services urbains » : Ces immenses emprises foncières et toitures doivent être pensées comme des actifs producteurs de ressources. Couverture en fermes solaires pour alimenter les quartiers environnants en électricité, bassins de rétention sous les pelouses pour récupérer les eaux pluviales et nettoyer la voierie municipale, ou hébergement de data-centers sous les gradins (où la sécurité est déjà maximale). Le stade doit vendre des services à la ville pour survivre.

    4. L’angle mort absolu : le stress-test sanitaire

    Enfin, un point majeur est totalement absent des débats actuels : l’infrastructure médicale et sanitaire. Accueillir des millions de visiteurs sur une période aussi courte est un test d’une violence extrême pour les services publics. Rappelons-nous les scandales de l’Ourika et des cascades d’Ozoud des années passées. L’expérience d’un supporter, et par extension la réputation de notre destination, ne dépendra pas que du sourire de nos guides ou de la qualité de nos hôtels. Elle reposera sur notre civisme, sur notre capacité à gérer la logistique urbaine, la propreté de nos villes et, surtout, la réactivité de nos structures hospitalières et d’urgence. Sans un dispositif sanitaire irréprochable, aucune stratégie de promotion ne tiendra.

    Nous avons quatre ans pour nous préparer aux exigences de ce marché mondialisé. Cela passera par l’excellence de notre écosystème, et non par la création de barrières protectrices.

    Au grand plaisir d’en débattre avec toi prochainement !

    Jalal

    • Cher Jalal,
      C’est toujours un plaisir d’acceuillir tes commentaires qui sont d’une richesse inouïe et d’une exactitude chirurgicale.Il est évidement hors de question de dresser des barrières, mais rien ne nous empêche d’élever des gardes fous.
      De toutes les manières la balle est partie depuis longtemps et on ne peut qu’atténuer le choc à défaut de l’esquiver en pratiquant la politique de l’autruche.

  2. TRIBUNE & PLAIDOYER STRATÉGIQUE — INGÉNIERIE DU DÉVELOPPEMENT SPORTIF &
    TERRITORIAL
    Coupe du Monde 2030 : L’aubaine est réelle, mais à qui profitera-t-elle ?
    Des mirages du PIB à la maîtrise du « Smart Foot » : Former, Gouverner et Anticiper
    l’Après-2030
    Auteur : Patrick SIMON — Expert en développement et ingénierie du développement territorial et sportif
    En réponse aux échanges : Fouzi ZEMRANI et Fouad HOUSNI (Juillet 2026)

    Contexte : À la suite des débats riches et stimulants ouverts par la tribune de Fouzi Zemrani (20 juillet 2026) et prolongés par les réflexions opérationnelles de Fouad Housni , ce plaidoyer prend de la hauteur. En s’appuyant sur l’analyse comparative des grands événements sportifs internationaux (Athènes 2004, Afrique du Sud 2010, Qatar 2022,USA 2026), il formule une critique de la dépendance fétichiste au PIB et propose une feuille de route pour la gouvernance,la formation réceptive/animation et le legs structurel du Mondial 2030 au Maroc.
    …./…..

    • Bonjour Patrick,
      Merci pour cette plaidoirie Oh combien importante.
      Afin de lui donner toute l’attention qu’elle mérite, j’ai décidé avec ton accord de lui accorder un post à par entière plutôt qu’un commentaire en bas de page.
      A très vite…..

  3. À qui profitera l’aubaine ? Ma conviction, Fouzi, c’est qu’elle profitera au Maroc, à condition que la stratégie suive. Rien dans ta tribune ne dit le contraire, et c’est précisément ce qui la rend utile : tu ne contestes pas le potentiel, tu rappelles qu’il ne se transformera pas tout seul en valeur partagée. Quatre ans, c’est court pour construire, mais c’est suffisant pour décider et agir. Et l’essentiel de ce qui déterminera la répartition des retombées relève de décisions, pas de béton.

    Ton point sur la distribution est celui qui me parle le plus, et je le vis au quotidien chez Unitour. Nous avons collectivement laissé les canaux de réservation nous échapper, et le Mondial 2026 l’a montré de manière presque caricaturale : des supporters marocains qui partent soutenir les Lions de l’Atlas en achetant leur voyage à des acteurs qui ne sont ni marocains, ni implantés ici, ni redevables de quoi que ce soit à notre destination. Si nous abordons 2030 avec la même architecture, la question de la part captée par les opérateurs locaux sera tranchée avant même le coup d’envoi. La souveraineté sur la distribution n’est pas un slogan protectionniste, c’est une condition économique élémentaire : celui qui détient la relation client détient la marge, oriente le flux et fixe les règles. Nous avons l’expertise, les réseaux et la connaissance du terrain. Ce qu’il nous manque, c’est la maîtrise du dernier kilomètre commercial.

    Sur l’hébergement et la connectivité, je partage ta prudence sans partager l’inquiétude. Le parc se construit, les aéroports se modernisent, le rail avance. Mais un lit ou un siège d’avion ne crée pas de valeur en soi : il crée de la valeur selon qui le commercialise et à quel prix. Le vrai risque, à mon sens, n’est pas de manquer de capacité en 2030, c’est de la voir absorbée par une inflation de courte durée qui abîmerait l’image de la destination bien après l’événement. La question de l’héritage que tu poses vaut aussi pour les prix : ce que nous ferons payer en juillet 2030 déterminera ce que nous pourrons demander en 2032.

    Le maillon le plus fragile reste humain. On peut livrer un stade en quatre ans, on ne forme pas une génération de guides, de réceptionnistes, de chauffeurs et de restaurateurs au même rythme. C’est le seul chantier où le retard ne se rattrape pas par l’investissement, et c’est pourtant celui qui produira les images que le monde retiendra. Ton observation sur TikTok est juste et devrait suffire à faire de la formation une priorité budgétaire assumée, pas une ligne d’ajustement. Un accueil de qualité à chaque niveau de gamme, comme tu l’écris, vaut mieux que quelques vitrines cinq étoiles adossées à un tissu non préparé.

    Ton article m’a tellement inspiré que tu ne m’en voudras pas si j’en reprends la thématique pour l’un de mes prochains articles. Il y a matière à prolonger le débat, en particulier sur cette centrale de réservation nationale que tu appelles de tes vœux et qui mériterait, à elle seule, une tribune entière.

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