Lorsqu’on parle d’agences de voyage au Maroc, on a tendance de tout mettre dans le même sac , or il convient de distinguer qui fait quoi, en ces temps incertains où tout change avec les ventes en ligne, les sites deals et les réseaux sociaux.
Si on doit parler de tourisme récepteur, cela concerne une centaine d’agence à travers le royaume, que l’on appelle les réceptifs et qui ont beaucoup de mal aujourd’hui à assurer au quotidien.
Pour celles qui œuvrent dans le loisir ou la nature , elles ne trouvent plus leurs marques car elles ont perdu pour la plus part leurs clients. C’étaient des TO de petites ou moyenne taille qui assuraient entre 1000 et 5000 clients par an, qui affrétaient à travers des brokers entre 15 et 20 sièges semaines au départ de Paris, de province, de Bruxelles, de Londres, de Milan, de Rome etc….. vers Marrakech, Agadir, Ouarzazate, pour des séjours d’une semaine, des combinés, des circuits, des weekend ponts. Pour support, chacun éditait une brochure pour l’hiver et une autre pour l’été et nous arrivions à nous positionner avec des offres d’hébergement en allotement avec nos partenaires hôteliers, à proposer des services de qualité et à vivre dignement de notre métier.
Ce modèle à commencé à péricliter vers 2004, avec l’arrivée des TO Low cost qui ont, soit absorbé les petits TO, soit les ont poussé à disparaître et avec eux, une multitude de réceptifs nationaux. Ceux qui existent encore aujourd’hui, sont dans des produits de niche ou des marchés émergents gérant un stress permanent et confrontés à la désintermédiation encouragée par l’open sky et surtout tous les illégaux qui exercent sur la toile avec des sites agressifs et du green washing.
Les spécialistes en MICE ( Meeting, Incentive, Congrès, Evénements) se heurtent sur l’international aux restrictions des multinationales par mesure de sécurité ou tout simplement de budgets et sur le marché national au flou juridique qui entoure notre profession.
Tous sont confronté à l’informel, la concurrence déloyale, une fiscalité handicapante et peinent pour être compétitifs. Beaucoup pensent sérieusement à jeter l’éponge d’autant plus qu’ils n’ont aucune caisse de résonance au sein de l’administration, ni au sein des instances représentatives.
Les distributeurs, communément appelées billettistes, agréés IATA avec toutes les contraintes que cela impose (Caution, BSP, RH), n’arrivent plus à joindre les deux bouts tellement leurs marges de manœuvres sont réduites. Avec des commissions ridicules, des frais exorbitants, un personnel de moins en moins motivé et surtout la concurrence de leurs propres fournisseurs qui les court-circuitent via leurs sites internet en offrant des ventes flash et des tarifs auxquels le réseau n’a pas accès.
Face aux compagnies lowcost qui s’installent avec des tarifs très agressifs, les agents de comptoir n’ont plus d’arguments pour vendre, si ce n’est un crédit sans frais sur plusieurs mois. Ceux qui travaillent avec les corporates peinent à se faire payer en temps et en heure, surtout lorsqu’il s’agit de l’administration ……et l’on nous parle d’une loi sur les délais de paiement?
Les projecteurs sont souvent braqués sur les agences de voyages spécialisés dans le tourisme religieux Hadj & Omra. Cette activité est le miroir aux alouettes pour les agences de voyages marocaines et j’en connais beaucoup qui se sont laissées gagner par la rente au point d’en oublier leur métier de base. Sur ce segment, nous aurons beaucoup ce mal à récupérer des parts de marché avec la mise en place de la libéralisation surtout si la labellisation n’est pas faite dans les règles de l’art. Celle ci nécessite un savoir faire, des capitaux, une part de risque et surtout une bonne communication. C’est malheureusement ce qui manque le plus aux agences de voyages habituées au gain facile aidé en cela par ce fameux cota qui dirige les pèlerins vers des agences en embuscade. Dur sera le réveil en 2014.
Enfin, pour les agences qui font de l’outgoing, la difficulté pour obtenir un visa limite les possibilités de destinations. Reste La Turquie qui attire les nationaux mais dont les prix augmentent de plus en plus. L’Egypte et La Tunisie produisent les mêmes effets sur les marocains que sur les européens : il faut éviter pour le moment.
La règlementation des changes avec une dotation touristique de 20000 dh par voyage permettrait de monter de beaux forfaits, malheureusement les clients rechignent à utiliser cette dotation, préférant la garder pour le shopping et profiter des comptes en dirhams des agences de voyages sans pour autant y mettre le prix. Là aussi, il y a beaucoup d’informel qui pollue la profession avec des méthodes très peu orthodoxes.
Voilà une image de la réalité que nous vivons malheureusement avec la politique de l’autruche, un manque cruel de leadership et une absence totale de débat sur l’avenir incertain d’une profession en quête de visibilité.
La réalité est vraiment très amère et comme vous le dites, le ministère et la FNAVM sont responsables chacun de son côté de la situation actuelle que connait le secteur.
Le Département du tourisme n’a pas uniquement failli à sa mission de contrôle, mais plus grave que ca, au lieu de gratifier le comportement honnête il protège les fraudeurs et les tricheurs.
Exemple concret : On est à quelques heures de la publication des notes Haj et le responsable de ce dossier n’a pas eu le courage de publier la liste des rejets définitifs sachant qu’il en a plusieurs.
Ils veulent certainement garder la liste secrète pour utiliser la technique de rechapage, technique qui n’a souvent que de mauvaises réputations.
Autres choses, cette année et pour la première fois, le Ministère et la FNAVM ont décidé de bloquer les fraudeurs en demandant le bilan 2011 au lieu de 2012, la question qui se pose est la suivante : est ce que les bilans déposés cette année par l’ensemble des agences de voyages sont identiques à ceux de l’année dernière. N’y a-t-il pas de transgression ZA3MAKINA (pourquoi nous avons donc pris cette décision qui a pénalisé un bon nombre d’agences qui ont un bilan 2012 mille fois meilleurs que celui de 2011, si ce n’est que pour dévoiler les fraudeurs).
Les participants au concours ont droit de connaitre la réaction du ministère et celle de la FNAVM quant aux comportements illégaux rencontrés particulièrement dans cet appel à manifestation.
Que dire de plus sur ce diagnostic ou d’ajouter sur ce qui a été écrit par ceux qui m’ont précédés? Les crises nous en avons vécues et pas des moindres! Sauf que celle-ci est particulière puisqu’elle touche nos clients, agences réceptives étrangères ou sociétés « corporate » locales. Le produit Maroc a, comme une majorité d’entre nous, beaucoup vieilli et a besoin d’un lifting. Les pays émergents qui nous concurrencent pour les groupes spéciaux et même les Fits, offrent plus de sécurité, de la valeur ajoutée et un professionnalisme très recherché chez nous. Nous reconnaissons tous que nous avons une carence de formation pour nos RH. Qu’avons-nous fait pour motiver la relève ? Essayons quand même, de réfléchir à ce que pourraient rechercher et trouver nos clients chez nos concurrents dans ces autres destinations et adaptons nos méthodes de commercialisation de nos produits à leurs besoins. Il est toujours plus facile d’acculer la tutelle mais les réponses devraient être chez nous. Dans certains pays qui ont su développer leur tourisme, la part de succès vient du transport aérien, de la mise à niveaux des infrastructures routières, aéroportuaires et maritimes. Malheureusement certaines régions de notre beau pays qui pourraient attirer des nationaux ou des étrangers et en masse, n’offrent pas l’infrastructure adéquate, ni les ressources humaines formées! Quant au net, tant qu’il y a un vide laissé sur la toile, il sera rempli par ces « illégaux » qui viennent couper l’herbe sous nos pieds et ces Low Cost qui font de l’ombre aux compagnies régulières. Et nous n’avons qu’un seul choix, les combattre même si la lutte risque d’être longue et pénible ou les rejoindre!
Très Cher Fouzi,
Je ne peux m’enpêcher de réagir à ton analyse, aussi peritnente que complète sur l’état de notre cher tissu de distribution du voyage au Maroc.
La refonte de la loi sur les Agences de Voyages, en projet au sein de l’administration et avec la profession, devrait pallier à certaines défaillances du système actuel.
La « labélisation » de l’opération Haj devrait également épurer le tissu des bénéficiaires de quota.
Mais rien de cela ne peut réssir sans une profession structurée, unie, mobilisée et engagée avec objectivité, réalisme et transparence.
Gageons sur l’avenir et saisissons cette « probable » dernière opportunité pour changer la tendance et aller de l’avant.
J’espère que les prochaines Journées professionnelles seront une bonne plateforme pour des débats constructifs et de bonnes résolutions.
Bien amicalement.
Bravo cher ami pour cette analyse.
Le diagnostic est pertinent et les maux sont identifiés.
Quels sont les remèdes ? Quelles sont nos revendications ? quels sont les leviers dont dispose le Ministère du tourisme ? qu’elle est la marge de manœuvre du gouvernement ? et surtout , que cherchons nous (Professionnels ) à obtenir ???
La réponse à ces questions , est la raison même de l’existence de nos instances représentatives , qui doivent prendre en charge ces problèmes transversaux , et apporter des propositions de solutions et maintenir le lobbying nécessaire à leurs adoptions .
L’indignation finit par provoquer de la résignation et l’anarchie .
C’est du contraire ( de la mobilisation générale et du respect des bonnes pratiques professionnelles ) dont en a le plus besoin dans cette période d’incertitude .
Nos instances sont elles capables d’un tel défis ??
La conception du tourisme au Maroc est à refaire
Les solutions à cette situation générale ne se trouvent qu’en chacun de nous, et à notre capacité et notre motivation à vouloir changer les choses et arrêter de subir.
En effet, le tableau que tu as brossé reflète une vérité amère et devrait nous inciter à une grande réflexion quant à l’avenir de notre activité. Cela pourrait se faire d’une façon concertée pour une reconfiguration de la profession en distinguant et en faisant la différence entre les différents créneaux de notre activité, à savoir le classement par catégorie.
Nous devrions inciter notre Ministère de tutelle à « penser » un nouveau classement de la profession en se référant à ce qui existait il y à plus de 25 ans.
En plus, ce tableau brossé devrait inciter les professionnels à se mettre à niveau et s’adapter aux nouvelles tendances en vue de résister à « l’érosion » face aux nouvelles menaces des Sociétés de Deals et autres, car l’invasion ne fait que commencer…..et la résistance sera rude….
Quant à l’avenir du tourisme religieux qui ne fera que se consolider de par l’engouement des Marocains pour ce produit qui ne se démodera jamais, nous avons intérêt à nous organiser pour faire face à « la libéralisation » de la demande.
Pour cela, l’union serait la seule force pour bien se positionner par rapport à l’individualisme tant au niveau locale que celui des achats en partant du principe : Le profit se trouve dans le secret de l’achat (Rbah fi chra machi fel bii)
Bonne chance et bon courage à nous tous
Cher Faouzi ,
Je te félicite pour la pertinence de ton analyse qui hélas reflète bel et bien la réalité de cette profession perdant d’année en année de sa portée et de sa valeur ajoutée à l’économie nationale, le calcul est vite fait, un millier d’agence qui font travailler en moyenne 5 salariés c’est une masse salariale moyenne de 300 000 000 DHS par an
Cela fait une dizaine d’année que j ai lancé mon agence , je peux vous assurer que je sens une absence quasi permanente de la part du ministère de tutelle et de l’office de tourisme que j’ai l’impression rament dans le sens contraire de la réalité des marchés , tout en ignorant complètement le rôle de l ‘intermédiaire agent de voyage ; ajouter à cela le comportement de nos amis hôteliers qui ne t’adressent la parole qu’en périodes de basse saison et ne se gênent pas de court-circuiter l ‘agent de voyage quand l’occasion se présente.
Je partage tout à fait l’avis de si skalli pour affirmer qu’une bonne partie de notre mal vient des voyagistes eux-mêmes qui ne savent plus à quel saint se vouer
Bien à vous
Mounir Tazi
Bravo mon cher confrère pour cette excellente analyse qui reflète exactement la situation actuelle de l’agent de voyages marocain.
Je regrette cependant que tu ne parles pas des maux intérieurs qui nous rongent et dont nous sommes nous même directement responsables.Je pense à certains de nos confrères qui sont entrain de scier la branche sur laquelle ils sont assis et qui se prêtent au jeu malveillant de ceux qui ne respectent ni foi ni loi et encore moins une certaine déontologie .
Bien loin pour moi de rester sur une conclusion défaitiste,au contraire cela devrait nous donner encore plus de courage pour nous battre,assurer et assumer, ,être plus créatif , performant , et surtout avaaaaaaaaaaancer.
Bien à toi
Azeddine SKALLI