Vers l’uberisation des métiers de services..

La régie des Transports Londoniens «  Transport of London » annonce le retrait de la licence d’exploitation attribuée à UBER dès le 30 Septembre 2017. Cette annonce sonne le glas pour 40000 chauffeurs privés qui exercent dans la capitale anglaise et réconforte les syndicats et les chauffeurs des taxi traditionnels qui voyaient en UBER une menace pour leur métier et la fin d’un monopole vieux de quelques décennies, si ce n’est des siècles.

L’affaire n’est pas pliée pour autant, car la startup américaine compte faire appel et connaissant l’armée d’avocats dont elle dispose, les chauffeurs de Black Cab ont encore du mouron à se faire.

Derrière cette décision, il y aurait une volonté des autorités Londoniennes de faire payer à UBER, un prix exorbitant pour renouveler sa licence soit 2,9 millions de Livres (36,58 millions de dirhams) pour les cinq prochaines années. Il faut dire qu’au Royaume Uni, vous pouvez tout obtenir à condition d’y mettre le prix et à ce prix, je ne suis pas sûr que les chauffeurs d’Uber restent compétitifs.

Au Maroc et à ce jour il semblerait qu’Uber exerce en toute illégalité à Casablanca (et bientôt à Rabat) au grand dam des chauffeurs de taxi (Grands et Petits) qui manifestent leur désapprobation avec des méthodes toutes aussi illégales. Le touriste lui, qui n’est au courant de rien, se trouve souvent mêlé à des rixes qui lui font prendre peur pour sa sécurité, voire pour sa vie quand on voit le degrés d’invectives et de violences qui accompagnent les actions punitives des chauffeurs de taxi.

Alors on est en droit de se demander, jusqu’à quand cette situation va durer ? Qu’attendent les pouvoirs publics pour régler ce problème qui nuit à notre image et qui fait que les touristes réfléchissent à deux fois avant de revenir.

Je ne fais nullement le procès des chauffeurs de taxi, ni l’apologie d’Uber, mais il faut dire qu’une solution doit être trouvée et le plus rapidement possible car cette situation ne saurait durer.

Au vu de la loi, les chauffeurs d’Uber ne sont ni plus ni moins que des clandestins à cols blancs, avec de belles voitures, qui ne déclarent pas leurs courses, ne payent pas d’impôts, ne sont pas inscrits à la CNSS etc…. bref, ils travaillent au noir.

Et les chauffeurs de taxi, font ils mieux ? Eux aussi ne sont pas déclarés, ne déclarent pas leurs courses et ne payent pas d’impôts. En fait c’est le système des agréments de taxi qui pose problème, car contrairement aux pays ou il existe une licence de taxi, chez nous persiste un système d’agréments attribués par le Ministère de l’Intérieur aux personnes indigentes, handicapées ou dans une situation de vulnérabilité. Par définition, ces personnes ne peuvent pas conduire de taxis, alors ils louent leurs agréments à de tierces personnes qui doivent fournir le véhicule, l’assurance, le carburant et le chauffeur. C’est ce dernier qui trinque car il doit assurer la recette du locataire, payer les charges, les contraventions et essayer avec tout ça de subvenir à ses besoins. C’est généralement mission impossible et du coup, le service qu’il est amené à rendre est très en deçà des attentes des consommateurs.

Alors que doit faire l’Etat ?

Ce que vivent aujourd’hui les chauffeurs de taxi est également vécu par d’autres métiers de services : les hôteliers avec Airbnb, les agents de voyages avec Viator et demain ce sera au tour des restaurateurs, des loueurs de voitures et des guides. Ce phénomène est maintenant universel et s’appelle par extension l’Uberisation.

Un Ubérisateur est un nouvel entrant qui s’affranchit des règles historiques du marché et qui propose de nouvelles manières de faire, de nouvelles manières de s’adresser à la clientèle et de nouvelles manières de penser le travail.(définition de l’observatoire de l’Uberisation)

Contrairement à ce que peuvent penser certains, ce phénomène est loin d’être une menace, mais une opportunité qui doit être utilisée dans ce qu’elle a de mieux : la qualité de service qui répond en tout points aux attentes des clients.

Alors Ubérisons nous!

Pour information, le 25 Janvier de cette année, l’association des agences de voyages de Marrakech-Safi a organisé une journée de réflexion sur le thème «  Les agences de voyages face à la désintermédiation » qui a vu la participation d’une centaine d’acteurs et notamment les représentants du Ministère du Tourisme et de l’ONMT.

Des recommandations ont été faites mais malheureusement sans suite de la part des acteurs publics, un peu comme ces études dont tout le monde reconnaît l’utilité, mais qui ne sont hélas, jamais mises en œuvre…..

Author: Fouzi ZEMRANI

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3 Comments

  1. Tôt ou tard, Uber allait faire son entrée sur le marché marocain et révolutionner les pratiques de marketing de services, qui deviennent conventionnelles au fil des tendances et évolutions des besoins. Ce n’est pas une fatalité pour reprendre l’expression de Karim !

    Un concept qui révolutionne l’industrie des services à dire vrai. A nous de nous y adapter puisque son empreinte est de plus en plus notoire et son impact sur le touriste/consommateur marocain ou étranger se fait davantage ressentir.

    Le mal réside malheureusement dans le fait que l’assiette juridique y afférente est tout simplement inexistante, ce phénomène n’est pas du tout réglementé, d’où l’incompréhension des acteurs et les rixes qui en découlent ! Merci d’avoir attiré notre attention sur l’Ubérisation M. Fouzi

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  2. L’uberisation n’est pas une fatalité .

    Madrid , Berlin et bien d’autres métropoles Européennes ont toujours interdit l’installation d’Uber sur leur territoires. Cette décision courageuse et à l’encontre du courant libéral prédominant prouve que cette déferlante tendance n’est pas toujours acceptée et adoptée , et que ses avantages sont évalués par rapport aux intérêts professionnels et économiques établis.
    La décision de Londres , et bientôt le Benelux et les pays scandinaves prouve la prise de conscience du politique, du danger de ce perturbateur des règles qui régulent la relation travail .
    Au Maroc , Uber a opté pour une version soft , il fait travailler en principe que les VTC , qui détiennent une licence et soumis aux règles fiscales en vigueur.( Les particuliers sont interdits de transporter contre rémunération directe ou indirecte des passagers.)
    cette situation particulière permet à UBER d’exercer l’intermédiation en proposant juste le service de réservation et pas celui de transport.
    Ce service technologique et efficace ainsi que la qualité des véhicules et des chauffeurs rend UBER incontournable pour une frange importante de la population active, jeune , moderne et dynamique , et ne peut à mon avis qu’à contribuer à améliorer le transport urbain au Maroc.
    Ceci dit, le politique ne peut rester spectateur et laisser les forces et les lobbys s’activer et se confronter.
    Il doit assumer sa responsabilité de régulateur, facilitateur, médiateur et pédagogue.
    C’est justement cette indifférence constatée des politiques aux problèmes soulevés par le développement de notre économie et de la société qui révolte les couches actives et productives de notre pays et décrédibilise de plus en plus les politiques.

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