Crise du Covid-19: L’impasse…

Le Chef de Gouvernement a annoncé le 18 Mai dernier la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 juin, avec confinement et couvre-feu et a expliqué cela par le sacro-saint principe de précaution.

Le Ministre de l’Économie et des Finances a quant à lui exhorté les entreprises qui maitrisent les protocoles sanitaires, de reprendre leurs activités au plus tard le 25 Mai prochain.

Quid des prestataires de services, en l’occurrence le secteur du tourisme, car même en supposant que nous respections le protocole sanitaire ( que nous attendons toujours) comment pourrions-nous travailler avec des frontières fermées, des avions cloués au sol, un virus non maitrisé à ce jour et une clientèle traumatisée par une situation qui dure et perdure malgré tous les sacrifices déployés depuis deux mois ?

Concernant les marchés internationaux, il semblerait que l’Europe a décidé de rester dans son espace pour cet été, ce qui veut dire que nous n’aurions ni Français, ni Espagnols, ni Italiens, ni Britanniques. Et combien même il pourraient ouvrir leurs frontières, avons-nous intérêt à les accueillir connaissant le nombre de personnes qui y a été contaminé ? Car, faut-il le rappeler, le virus est entré au Maroc de l’étranger  et c’est la fermeture précoce des frontières qui nous a permis de l’endiguer et de le maintenir aux chiffres actuels.

Serait-il responsable aujourd’hui de rouvrir les frontières sachant que le virus court toujours et que l’on parle d’une seconde vague ?

Alors on invoque le tourisme interne que d’aucuns désignent comme possibilité d’atténuer la crise sérieuse que vit le secteur.  Cela part d’une bonne intention, mais  il faudrait pour cela créer les conditions nécessaires et indispensables pour lui permettre de jouer le rôle qu’on veut bien lui faire porter à savoir :

  1. Les conditions sanitaires pour assurer la sécurité des vacanciers dans toute la chaine de valeurs qui constitue la prestation touristique : le transport , l’hébergement, la restauration et les lieux de loisirs ( Plages, parcs d’attractions, parcs de jeux, piscines et autres). Or à ce jour, et à part quelques bribes de précautions, basées surtout sur les gestes barrières et la distanciation, il n’y a pas vraiment de plan sanitaire pour le tourisme. On se soucie plus des usines et des marchés que des lieux touristiques. 
  2. La levée des restrictions de déplacements inter régionaux qui est intimement liée à la maitrise du Covid-19. Nous connaissons aujourd’hui les régions qui sont les plus infectées et dans lesquelles on découvre chaque jour des foyers d’infection et d’autres qui ont été épargnées grâce justement au confinement. Personne ne peut dire quand il sera possible de voyager à l’intérieur du pays sans aucun danger.
  3. Les populations sortiront lessivées de ces semaines de confinement durant lesquelles l’économie a tourné au ralenti dans tous les secteurs. Le pouvoir d’achat s’en trouvera impacté avec les dépenses du ramadan, la prévision de l’aïd el Kebir et la prochaine rentrée  scolaire. Sans la mise en place d’une politique pour stimuler la demande, il n’y aura pas de budget vacances pour les foyers marocains à moins qu’ils ne s’endettent auprès des organismes de crédit pour financer leurs vacances.
  4. Enfin, last but not least, les familles marocaines ne roulant pas sur l’or, s’attendent à avoir des prix sacrifiés de la part des prestataires nationaux vu la situation vécue depuis le 16 mars. Or j’ai bien peur que ce soit juste le contraire qui va se produire, les prix vont flamber vu les contraintes liées aux mesures sanitaires et que les professionnels vont essayer de se refaire durant la courte période où la demande sera la plus forte ce qui est légitime  et du coup, le rendez-vous tant attendu, n’aura certainement pas lieu avec la frustration en plus.

Il est donc clair que le secteur du tourisme mettra du temps à reprendre son rythme de croisière et que la saison estivale ne pourra pas compenser toutes les pertes subies depuis le 4 mars et celles qui suivront au vu du manque de visibilité flagrant que nous subissons.

Nous avons besoin d’une prise en charge sérieuse avec un plan de relance à la hauteur de nos attentes. Un véritable Plan Marshall du tourisme car nous avons mis des décennies à construire notre destination, à donner de l’espoir à plusieurs générations, à créer un écosystème qui regroupe plusieurs métiers qui font aujourd’hui la notoriété du Maroc. Il serait hasardeux, de tergiverser sur les réelles mesures à prendre pour nous sortir de l’impasse.

Aïd Moubarak Saïd

Author: Fouzi ZEMRANI

Share This Post On

4 Comments

  1. Le gouvernement et le ministère du Tourisme devraient ouvrir un Secrétariat d’Etat pour chaque secteur principal du Tourisme, avec un haut fonctionnaire référent et compétant dans sa spécialité, avec une équipe, un budget de fonctionnement et de promotion, chargé de son secteur,
    devant travailler au plus près avec les professionnels de son secteur,
    et devant rendre des comptes de son travail au Ministre de tutelle et aux professionnels.
    Tourisme Classique et balnéaire
    MICE
    Tourisme religieux
    Tourisme Nature aventure, éco responsable.
    Tourisme interne.

    Si nous voulons des résultats, il faut les moyens de nos choix.

    Post a Reply
  2. Tout à fait d’accord avec toi Si Fouzi sur l’ensemble des points soulevés dans ce nouvel article.
    A quand un plan Marshall pour notre secteur. Que va-t-il se passer pour nous agents de voyages dans les prochains mois, quelles mesures économiques vont émerger pour nous soutenir durant cette période et jusqu’à ce que nous revenons à niveau. Tant de questions et si peu de réponses.
    Aid Moubarak Said à toutes et à tous.

    Post a Reply
  3. Cet arrêt net de l’activité a effondré le secteur alors que paradoxalement nous étions à l’orée de notre meilleure saison depuis dix ans.

    Cette pandémie aura eu le mérite de montrer pour qui veut le voir la fragilité de la vie et l’état d’asphyxie dans lequel se trouve notre planète, notre environnement et nous-mêmes aujourd’hui.
    Comme le confinement était drastique, un double plan drastique pour le tourisme pour patienter jusqu’au mois d’octobre (la reprise espérée) et pour effectuer une relance sur un nouveau modèle.

    De réelles mutations risquent d’arriver dans nos modèles d’activités touristiques, moins dévoreuses d’énergies et de luxe.

    Une partie des voyageurs de demain vivront différemment leur séjour à l’étranger, en recherchant l’authenticité et la nature en priorité.

    La beauté de nos paysages, la variété des sites naturels, la richesse de notre histoire et de nos traditions anciennes, tout cela donne l’opportunité de développer un tourisme diversifié à l’échelle humaine et rurale, car demain justement les voyageurs, plus qu’avant, voudront retrouver du sens et une âme dans le vécu de leur voyage.

    Il faut que tout le monde considère cette crise comme une opportunité unique pour inventer le tourisme de demain.
    Le gouvernement et le ministère du Tourisme devraient ouvrir un Secrétariat d’Etat au TOURISME RESPONSABLE au sein du Ministère du Tourisme, afin de gérer ces inévitables transformations. La philosophie même du tourisme doit changer pour assumer pleinement une conscience d’éco responsabilité.

    Pour cela, les professionnels vraiment soucieux de cette exigence de qualité et d’orientation devraient se constituer en réseaux afin de proposer aux voyageurs des repères forts pour identifier les activités touristiques vertueuses en matière d’écologie et de durabilité.

    Nous devons aussi rassurer nos voyageurs pour qu’ils comprennent qu’ici au Maroc l’hygiène s’est améliorée. Il ne s’agit pas seulement d’un peu d’alcool et de masque, c’est toute une éducation à l’hygiène générale qui est à mettre en place rapidement dans les mois qui viennent par les autorités avec une certification visible, afin d’être près à accueillir avec sérénité nos prochains visiteurs.

    Post a Reply
  4. Très juste. Pour un plan Marshall, il faut un Marshall. Pour ne plus parler que d’une seule voix mais surtout pour renverser la table et tracer le chemin avec audace, rêve et passion. Aujourd’hui, on assiste surtout à une cacophonie de shérifs de bonne volonté et ce n’est malheureusement pas suffisant.

    Aïd Mubarak Saïd.
    J.A

    Post a Reply

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *