2010-2019: Une décennie distruptive.

Nous avons clôturé l’année 2019 avec des chiffres en hausse certes, mais très en deçà de ce que nous aurions pu réaliser, si nous avions pris la peine de changer notre manière de faire en matière de création de produits, d’analyse de marchés, d’évaluation de risques et surtout d’anticipation en ce qui concerne nos investissements quels qu’ils soient, soft ou hard.

La décennie que nous avons quittée a été marquée par l’amplification de la révolution numérique, annoncée dès le milieu des années 90 et la naissance des premiers sites internet. Outre la démocratisation du voyage, nous avons assisté à une désintermédiation insidieuse dans les règles de l’art où le digital a joué un rôle majeur. Tout cela au détriment des opérateurs « classiques ».

La décennie sortante a vu des changements extraordinaires dans le mode de consommation des voyages. La chute de Thomas Cook a définitivement marqué la fin de la prédominance des Tour Opérateurs et l’installation du tourisme collaboratif incarné par Airbnb et autres plateformes telles que Uber, Booking, Tripadvisor et autres.  

Pour ne parler que de notre destination, force est de constater notre retard pour ne pas dire notre ignorance totale du digital, que ce soit dans la production de contenus ou dans l’existence même au niveau de la toile, je parle bien entendu du secteur du tourisme dit réglementé, car bien évidement et la nature ayant horreur du vide, d’autres acteurs se sont emparés du digital et en ont fait une arme de persuasion massive pour attirer et convaincre les voyageurs.

Dans un récent rapport commandité par la CNT et intitulé « Diagnostic Stratégique & Digital » il a été répertorié, au Maroc,  que sur environ 927 agences de voyages opérationnelles, seules 350 possèdent un site web actif. Et sur ces 350 agences, seules 36 ont un site transactionnel (Possibilité de réserver et de payer en ligne) majoritairement en français. Quant aux unités d’hébergement classées (Hôtels et Maisons d’hôtes) il n’y aurait que 32 unités avec un site transactionnel, hormis les hôtels adossés aux chaines internationales qui bénéficient de toute la logistique de leurs groupes respectifs.  

Si vous cherchez des offres de séjours au Maroc, mis à part les chaines internationales où les TO online, vous ne trouverez pas grand-chose de la part des professionnels nationaux inscrits dans les registres du Ministère du Tourisme. Par contre, vous trouverez pléthore d’offres de produits et d’expériences à travers une multitude d’acteurs opérant dans l’informel.

La plateforme VIATOR propose plus de 4000 excursions ou activité dans la région de Marrakech. Cela va du raid dans le désert, au séjour dans un Riad, en passant par le vol en Montgolfière, les cours de cuisine, la visite des Jardins, les musées, la balade en quad, la méharée dans la palmeraie etc…. Dans toutes les langues, et à des prix défiants toute concurrence sur lesquels, VIATOR se commissionne à plus de 30%. Et ça marche !

Au niveau de l’aérien, le low-cost a révolutionné le transport des voyageurs et sonné le glas des compagnies régulières, tout du moins sur le moyen-courrier, mais surtout la fin des charters. D’ailleurs de plus en plus de TO trouvent des deals intéressants avec les compagnies low-cost et limitent ainsi leurs risques d’affrètement. Mais, c’est finalement le voyageur connecté qui profite au mieux de l’offre aérienne surtout si la destination est bien desservie, ce qui veut dire en filigrane, que la destination est attractive et présente suffisamment d’opportunités pour le voyageur qui sera assuré de passer un agréable séjour, d’en parler autour de lui  et peut être revenir…mais cela est une autre histoire.

Aussi, il devient urgent d’adopter une attitude résolument offensive en matière de digitalisation du secteur, qui passe obligatoirement par la mise à niveau des entreprises touristiques et prendre ce fameux virage digital dont tout le monde parle, mais que personne n’arrive à exécuter, si ce n’est la DGI qui a résolument franchit le pas , pour la plus grande satisfaction des contribuables et surtout pour les finances publiques qui ont réussi la « martingale », sans que le hasard y soit pour quelque chose.

Cette mise à niveau passe obligatoirement par une formation aux nouvelles méthodes de production de contenus, de maitrise des réseaux sociaux, d’utilisation de la photo et de la vidéo, de référencement de sites, de veille stratégique et de nouveaux modes de communication.

C’est cette mission que s’est donnée la Confédération Nationale du Tourisme, tout au long de l’année 2020 au profit de l’ensemble de ses membres : seront programmées des séries de Webinaires, Master class et Works shops, ainsi que des rencontres professionnelles animées par des personnalités du digital auxquelles seront conviées toutes les Start-up de la Tech Travel.

Une manière de vous souhaiter une très bonne année 2020, disruptive, innovante, résolument digitale et surtout pleine de bienveillance.

Author: Fouzi ZEMRANI

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3 Comments

  1. Merci Fouzi pour tes vœux et l’annonce de cette invitation de la CNT pour cette formation et transformation digitale de nos entreprises.
    Personnellement je penses insuffisant, car un accompagnement de l’état, de notre Ministère de Tutelle, de L’Office du Tourisme, devrait se faire, car le résultat final se retrouvera sur le global et les recettes qui s’y accompagneront.
    Et au delà de nos agences de voyages, une mise à jour moderne des points d’informations pour les voyageurs est vraiment nécessaire.
    Professionnels et administrations sont concernés.
    Les chiffres et le développement de notre pays l’imposent, des villes aux lieux les plus reculés des montagnes et du désert, cet arrière pays rural, si riche d’histoire et de points d’intérêts, et si pauvre dans les résultats.
    Nous en sommes tous concernés, et de nos responsabilités.
    Que cette année 2020 soit le point départ d’un grand changement que nous souhaitons pour tous, de Nador à Guergarat, de l’Atlantique à Figuig.

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  2. Jolie et très succincte rétrospective des principales tendances ayant marqué la décennie sortante, ayant révolutionné le secteur du tourisme de fond en comble.
    Force est de constater que tous les maillons de la chaîne ont été bouleversés par le progrès technologique, en l’occurrence cette disruption digitale qui s’impose à présent, et ce davantage en fin marquée de décennie.
    Inutile pour moi de revenir sur les idées avancées dans votre chronique, en guise de faits concrets touchant aux principaux pans de l’industrie touristique.
    Mais qui j’y pense et tente de faire des projections dessus (je parle évidemment du cas du Maroc), je me heurte à certaines questions qui me taraudent de temps à autre l’esprit : Les professionnels du tourisme arriveraient-ils dans les quelques années à venir à appréhender de manière positive et complète la transition technologique dans leurs métiers respectifs ? Cette réticence au changement cessera-t-elle ? Verra-t-on les acteurs se bousculer – au mieux le mieux- au portillon des nouvelles tendances à venir ?
    La disruption digitale formera bientôt l’ossature nouvelle du secteur touristique dans toutes ses composantes, que ceux qui la dénigrent s’attendraient à rater le coche, et seraient en retard à des années lumières….

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  3. Je suis très heureux de lire et de commenter cet éditorial 2020 qui à la fois fait sonner la cloche d’alarme et propose une issue de la situation critique que vit l’industrie du voyage et de l’hospitalité.

    « Que nul n’entre s’il n’est géomètre », célèbre phrase gravée à l’entrée de l’académie de Platon… La CNT érige son académie et elle se refuse de traiter le futur sans la maîtrise du digital comme condition pour toute transition !

    Une étape est faite, Gnothi seauton (connais toi toi-même), le diagnostic ayant été rendu, imparfait certes comme toutes œuvres humaines, mais avec la valeur d’un starting-block pour un chacun des entrepreneurs qui adhérent à la Confédération et qui prêtent leurs voix au service du développement de l’industrie. L’exemple des agences de voyage est des plus pertinents, c’est le baromètre de l’intérêt au digital et de la conscience de son importance comme pilier porteur !

    Cette année 2020 fera donc j’espère, comme vous le proposez cher ami, un tabula rasa d’une décennie où l’on a tous sous-estimé notre capacité à dévoiler notre propre volonté là-dessus ! La CNT a tout à gagner à redresser la table et à s’assurer que ses membres y ont leur places de lions !

    Bonne année 2020 !

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