Accueil Coup de... COUP DE GUEULE On ne tire pas sur une ambulance!

On ne tire pas sur une ambulance!

7
📖 Temps de lecture : 5 minutes

Ambulance

Lors de la prĂ©sentation du rapport d’exĂ©cution du budget 2015 durant le premier semestre de l’annĂ©e en cours et selon les Ă©crits du journal L’Economiste, le Ministre des finances aurait soulignĂ© que le BTP et le Tourisme « plombent le budget 2015  et seraient des boulets qui freinent l’élan du dĂ©veloppement » .

Personnellement, j’ai du mal Ă  croire,  qu’une telle dĂ©claration puisse ĂȘtre faite et de surcroit par un ancien Ministre du Tourisme, qui connaĂźt trĂšs bien le secteur et les maux dont il souffre depuis des mois, pour ne pas dire quelques annĂ©es. Pour rappel, la crise que nous traversons date de 2008 et trouve son origine dans la crise Ă©conomique et financiĂšre qui a secouĂ© la planĂšte et qui continue Ă  sĂ©vir notamment en Europe et plus particuliĂšrement dans les pays d’oĂč nous sommes sensĂ©s attirer nos touristes.

Cette crise a Ă©tĂ© accentuĂ©e par la situation gĂ©opolitique du moyen orient, le printemps Arabe, la guerre en Lybie, au Mali, AQMI, BOKO HARAM, DAECH, Charlie Hebdo, attentat du Bardo, celui de Sousse 
 et il ne se passe pas un jour oĂč il n’y a pas un Ă©vĂšnement qui parle de dĂ©mantĂšlement de cellules terroristes, d’attentats avortĂ©s, d’attaques Ă  l’arme blanche sur les plages, de lynchages, de harcĂšlement pour tenue non conforme..

Le tourisme est en train de payer le prix fort, il est la victime collatĂ©rale de cette situation et j’ai l’impression qu’on veut nous faire porter le chapeau des mauvaises performances de l’économie marocaine, certains vont jusqu’à dire que si le secteur bancaire est en difficultĂ©, c’est Ă  cause du Tourisme. Nous sommes devenus la cause de tous les maux ? Les pestifĂ©rĂ©s de l’économie marocaine ?

Contrairement au BTP qui est dans une crise structurelle, le Tourisme traverse une crise conjoncturelle extrĂȘmement grave et liĂ©e aux Ă©vĂšnements prĂ©cĂ©demment listĂ©s. Nous faisons partie de la zone MENA et Ă  ce titre pour le subconscient du touriste lambda, nous reprĂ©sentons un risque et face Ă  cette situation, nous n’avons malheureusement pas suffisamment d’arguments pour dĂ©mentir tous les prĂ©jugĂ©s dont nous sommes affublĂ©s et le pire c’est que nous ne sommes mĂȘme pas aidĂ©s en cela quand on voit les rĂ©actions et les fausses rumeurs qui jonchent la toile.

Et jusqu’à prĂ©sent, nous essayons de nous en sortir par nous mĂȘmes, comme nous l’avons toujours fait de part le passĂ©. Contrairement Ă  certains secteurs qui au moindre choc, montent au crĂ©neau, licencient en masse, dĂ©posent les bilans ; les professionnels du tourisme ont toujours tenus le coup et su rebondir.

En ce moment, beaucoup de confrĂšres souffrent mais continuent d’espĂ©rer en une reprise qui ne saurait tarder. Alors on compose avec le personnel, on serre les budgets, on fait des promotions et on se prĂ©pare dans la dignitĂ©.

Aussi, je ne comprends toujours pas pourquoi, c’est justement au moment oĂč nous avons un genoux Ă  terre, que l’on choisi de nous descendre en flĂšche. On serait soudain devenus incompĂ©tents, nĂ©gligents, mal formĂ©s, mal dirigĂ©s et que ce n’est pas une question de produits ou d’infrastructures mais une question d’hommes. De qui parle t on ? Est ce par hasard que Tripadisor a consacrĂ© Marrakech comme meilleure destination mondiale ? Est ce par hasard que les grandes enseignes internationales sont venues s’installer au Maroc ? OĂč trouvent ils leurs RH ? En Espagne, au Portugal, en GrĂšce ou en Italie ?

Nos ressources humaines seraient sales, irrespectueuses, impolies ? Depuis quand ? C’est vraiment peu d’égard pour des personnes qui se mettent en quatre pour satisfaire nos touristes par 45° Ă  l’ombre et en plein Ramadan.

Une grande partie de nos RH est dĂ©bauchĂ©e vers l’étranger, justement pour une question de compĂ©tences mais hĂ©las aussi de prix. Je suis donc Ă©tonnĂ© d’apprendre que nous sommes plus chers que nos voisins citĂ©s ? J’en veux pour preuve justement, les enseignes internationales installĂ©es au Maroc, qui peinent Ă  pratiquer les mĂȘmes tarifs que dans leurs unitĂ©s en Espagne, Italie, GrĂšce ou Portugal. Et pourtant, dans ces pays oĂč le tourisme est une prioritĂ©, les professionnels jouissent d’une tout autre fiscalitĂ© que nous autres.

Je pense que l’intervention du Ministre des Finances devant les parlementaires a Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©e de son sens: si le tourisme Ă©tait un boulet, il n’apparaitrait pas aujourd’hui et seulement aujourd’hui comme tel. Pendant toute une dĂ©cennie, il a Ă©tĂ© une locomotive en matiĂšre de devises, de crĂ©ation d’emploi, d’investissements et surtout de modĂšle de dĂ©veloppement. C’est justement parce qu’il souffre qu’apparaĂźt aujourd’hui son impact sur l’économie nationale.

Si le tourisme se porte mal, c’est toute l’économie nationale qui en pĂątit et il serait urgent qu’il fasse la prĂ©occupation de nos institutions, de nos dirigeants et de notre presse. Ce n’est pas en tapant dessus qu’on va l’aider Ă  se relever.

7 Commentaires

  1. Bonjour,

    Fouzi, cet article les 3 commentaires de Jean-Pierre, Bernard et Paula sont trÚs intéressants.

    Le Maroc est un pays touristiquement extraordinaire, il bĂ©nĂ©ficie de trĂšs nombreux atouts. MalgrĂ© une nette baisse de l’activitĂ© touristique depuis le printemps 2015 le tourisme demeure l’un des piliers de l’économie Marocaine. L’amalgame avec les autres pays arabes et la crise Ă©conomique internationale sont des raisons fortes de cette baisse. Mais d’autres Ă©lĂ©ments doivent pris en considĂ©ration. Internet, par sa puissance de feu qui a vĂ©ritablement explosĂ©e au cours de ces 3 ou 4 derniĂšres annĂ©es est devenu le vecteur numĂ©ro pour faire et dĂ©faire les renommĂ©es. De ce fait chaque « petit » Ă©vĂ©nement peut prendre une ampleur jusqu’alors inimaginable. Chaque Marocain est ainsi devenu le porteur de l’image toute entiĂšre du Maroc. Un jeune qui Ă  vĂ©lo bouscule lĂ©gĂšrement un touriste en passant dans une rue peut Ă  lui seul faire fuir quelques dizaines de futurs touristes. Aussi, plus que jamais, les autoritĂ©s locales et nationales, doivent intervenir pour rĂ©duire les effets nĂ©fastes des faux guides, de taxis peu scrupuleux, des bazaristes arnaqueurs, des hĂ©bergeurs illĂ©gaux offrant souvent un service de piĂštre qualitĂ© au prix fort, etc
 Quand les autoritĂ©s n’interviennent pas elles se rendent complice.

    Non seulement nous devons, tous ensembles, redonner ses lettres de noblesse au tourisme au Maroc mais il faut mettre en oeuvre une stratĂ©gie adaptĂ©e Ă  la diversitĂ© des clientĂšles du tourisme Marocain. Aujourd’hui la stratĂ©gie mise en oeuvre est trop ciblĂ©e sur le luxe et les grandes chaĂźnes hĂŽteliĂšres. On en paie le prix actuellement. La clientĂšle qui prĂ©pare seule son voyage sur internet et qui a tant fait les beaux jours du dĂ©veloppement touristique au Maroc ne reçoit aucun message qui puisse la rassurer. Comme l’indiquait un autre commentateur, quelques reportages bien ciblĂ©s et quelques films courts adaptĂ©s au web (Youtube, etc..)pourraient parfaitement faire revenir cette clientĂšle qui manque tant. Cette clientĂšle est aussi celle qui va au contact du peuple, qui aime Ă©changer avec tous les Marocains qu’ils oeuvrent dans le domaine du tourisme ou non. C’est cette clientĂšle qui a fait la renommĂ©e de l’art de vivre Ă  la Marocaine. C’est cette clientĂšle qui fait ou dĂ©fait une image.

    Aujourd’hui la puissance du Web donne plus que jamais au travail sur l’image touristique du pays un rîle primordial.

  2. Merci pour cet article Fouzi.

    Il est important d’avancer collectivement dans cette pĂ©riode de marasme.

    Professionnels, nous souffrons en effet du manque de visiteurs mais malgrĂ© cela nous continuons avec peine Ă  honorer nos engagements, crĂ©dits, salaires, impĂŽts. Pour beaucoup, nous avons besoin d’un rĂ©el bol d’air.

    Le rĂŽle du tourisme est important pour notre pays car c’est un excellent accĂ©lĂ©rateur de changement et de modernisation.

    Nous demandons Ă  l’Etat quelques aides dans cette pĂ©riode de souffrance. C’est peut-ĂȘtre l’occasion d’étudier une certaine unification de cette TVA Ă  un taux plus rĂ©duit comme Ă  l’instar d’autres pays concurrents. Peut ĂȘtre encore un rĂ©el soutien Ă  l’international pour communiquer sur le web car une communication ciblĂ©e est nĂ©cessaire pour rassurer face au mal dĂ©jĂ  fait. Rassurer et dire que le Maroc se porte bien malgrĂ© la conjoncture actuelle.

    Les Ă©trangers qui ont choisi le Maroc pour y travailler tĂ©moignent de la bonne santĂ© de notre pays d’adoption, oĂč les Ă©trangers comme les nationaux sont toujours les bienvenus pour investir, ainsi que les voyageurs pour se dĂ©lecter des potentialitĂ©s offertes.

    MalgrĂ© tout, nous devons reconnaitre que les problĂšmes restent les mĂȘmes et que peu de solutions sont apportĂ©es, notamment par les municipalitĂ©s qui ont en charge la gestion des territoires. Rien n’est vraiment fait pour Ă©radiquer ces ordures qui polluent les plus beaux sites. Ici Ă  Ouarzazate, on refait les trottoirs sur des kilomĂštres et on coupe des arbres centenaires ? Les bas cotĂ© des routes dans l’arriĂšre pays sont dans un Ă©tat catastrophique et dangereux. La conduite des abords de villes inquiĂ©tantes sont pour nos visiteurs et il y a trop peu si ce n’est pas de respect pour les zones cyclistes ou moto cyclistes.

    Le Maroc a besoin des touristes pour avancer, pas seulement pour faire marcher nos entreprises mais aussi pour nous donner l’exigence d’avancer vers son amĂ©loration (A lire article http://www.dardaif.ma/infos/avis/235-le-maroc-vous-attend).

    JP

  3. Bonjour

    la formule est maladroite. Je l’interprĂšte plus en gestionnaire, en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  une activitĂ© qui jusqu’à prĂ©sent rapportait beaucoup et rapporte dĂ©sormais beaucoup moins, « plombant » les comptes du fait de sa mauvaise performance et de son poids.

    Par contre, je suis assez critique vis-à-vis de la filiùre touristique au Maroc – y compris le ministùre, et lui en premier – qui n’a pas su se remettre en cause à temps, corriger ses faiblesses structurelles.

    Par rapport Ă  la concurrence, le tourisme au Maroc est cher. Il devient lassant d’essayer de justifier pourquoi, lorsque, finalement, il n’y a pas de vĂ©ritable justification. La crise a effectivement dĂ©marrĂ© avec la crise Ă©conomique mondiale, mais elle a Ă©tĂ© accentuĂ©e par le manque de qualitĂ© de service.

    En particulier sur Marrakech, oĂč il est assez pĂ©nible de passer une semaine de vacances, devant le harcĂšlement des guides, vrais et faux, des bazaristes, etc
 les touristes s’en plaignent rĂ©guliĂšrement sur les forums de voyage. Ne parlons pas des taxis, qui ont Ă©tĂ© classĂ©s parmi les pires du monde, au mĂȘme niveau que ceux du Mexique (et on parlait uniquement des taxis de Marrakech).

    Les prix sont un ensemble. De nombreuses destinations europĂ©ennes, du fait, justement de la crise, ont chutĂ© en niveau de vie. En particulier le Portugal et l’Espagne, qui nous envoient aujourd’hui des travailleurs Ă©migrĂ©s 🙂
    Les prix sont un ensemble. Pour beaucoup de touristes, les prix de l’alcool plombent fortement l’addition. Le Maroc est un pays musulman, libĂ©ral, et je ne remets pas en cause sa lĂ©gislation, mais une addition « tout compris » doit inclure cela aussi et pas seulement la chambre d’hĂŽtel.

    La qualitĂ© des transports n’est pas au rendez-vous. Si vous comparez les transports publics, train et bus, Ă  ce qui est offert en Croatie, par exemple


    Le Maroc est un trĂšs beau pays. Les marocains sont, individuellement, des gens trĂšs accueillants. Mais la filiĂšre touristique a Ă©normĂ©ment de progrĂšs Ă  faire, Ă  sortir d’un rĂȘve d’abondance et d’un positionnement « faux luxe » pour lequel elle n’est pas au niveau. Elle doit aussi accepter que des problĂšmes pour lesquels elle n’est pas directement responsable, comme la pollution, la mettent aussi en difficultĂ©. HonnĂȘtement, alors qu’on parle de Maroc Vert, est-ce acceptable de se trouver au milieu de champs de sacs plastiques ? Les coulisses de Merzouga sont-elles dignes du Maroc ?

    Enfin, il est facile de dire qu’il faut faire la diffĂ©rence et ne pas pratiquer l’amalgame entre tous les pays arabes. Je suis le premier Ă  le dire, sinon je ne serais pas restĂ© au Maroc. Par contre, il faut AUSSI accepter que des incidents comme FĂšs, Safi, ou les nombreux tcharmil inquiĂštent, Ă  juste titre les touristes. LĂ  encore, le gouvernement a une rĂ©ponse qui relĂšve de la politique de l’autruche.

    Bref, le Maroc commence Ă  se rĂ©veiller aprĂšs avoir vĂ©cu sur un acquit. Il est temps de s’attaquer rĂ©ellement Ă  l’ensemble des vrais problĂšmes, et ce message vaut, encore une fois, pour le gouvernement autant que pour les acteurs individuels.

  4. Comme dit le proverbe, « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » et c’est bien ce qu’on pourrait croire et c’est bien sur quoi tu as mis le doigt,Fouzi !!!
    C’est maintenant que nous « plombons les budgets » et que nous « freinons le dĂ©veloppement  » alors que l’industrie touristique est celle qui créée le plus d’emplois, qui rapporte Ă©normĂ©ment de devises, malgrĂ© une lourde fiscalitĂ© qui n’a jamais voulu s’inspirer de celle de nos pays concurrents ! et on nous reproche d’ĂȘtre trop chers 
..
    Et pour contre carrer cet amalgame destructif dont nous sommes les victimes en tant que « pays arabes » auprĂšs de clients potentiels mĂ©sinformĂ©s et gĂ©rĂ©s par la peur, il serait souhaitable d’inviter rapidement 1 ou 2 chaines de tĂ©lĂ©visions Ă  grande audience Ă  venir faire un film-constat sur ces « Français qui viennent malgrĂ© tout passer leurs vacances au Maroc » , car pour eux ce n’est pas la premiĂšre fois, parce qu’ils connaissent et apprĂ©cient le pays, parce qu’ils connaissent et apprĂ©cient ses habitants !! ce seraient eux nos meilleurs ambassadeurs, car maintenant ni les TO ni les agences ne sont Ă©coutĂ©s, c’est l’information directe, par la tĂ©lĂ©, les journaux, internet et c’est sur ces opinions forgĂ©es individuellement qui faut agir, et vite !!!

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaĂźt entrez votre commentaire!
S'il vous plaĂźt entrez votre nom ici

Quitter la version mobile