Câest triste comment lâhistoire se rĂ©pĂšte et que lâon ne prenne pas la juste mesure de nos erreurs en continuant Ă privilĂ©gier le hardware au dĂ©triment du software en totale discordance avec toutes les recommandations faites tant par lâOMT que par le marchĂ©, qui pour moi est le seul juge de la situation.
Je mâexplique, lorsquâon envisage la reprise pour un secteur Ă lâarrĂȘt depuis presque deux annĂ©es, on doit bien Ă©videmment sâassurer de la viabilitĂ© de toutes ses composantes et en particulier celles qui proposent une expĂ©rience touristique incontournable et qui font in fine lâattractivitĂ© de la destination.
Cette expĂ©rience que nous avons mis des annĂ©es Ă construire, qui est notre vĂ©ritable fonds de commerce et qui ne se limite pas au nombre de lits hĂŽteliers classĂ©s, il en faut, mais Ă tout ce qui peut enrichir le parcours client câest Ă dire lâaccueil, lâassistance, la sĂ©curitĂ©, le terroir, lâanimation, la culture, lâenvironnement, lâhistoire, la joie de vivre de la population, le fameux story telling, et plein dâautres services quâil nous reste Ă crĂ©er et qui donneront vie Ă dâautres mĂ©tiers que nous seront amenĂ©s Ă inventer, chacun avec un savoir-faire maitrisĂ©, Ćuvrant ensemble en parfaite symbiose au service du tourisme marocain.
Oui, les acteurs du tourisme marocain se complĂštent et travaillent de concert pour un objectif commun, la satisfaction du client, et cela a toujours Ă©tĂ© comme ça . Cette crise, ils lâont vĂ©cue ensemble, comme toutes celles qui lâont prĂ©cĂ©dĂ©e et câest ensemble quâils sâen sortiront, il le faut, ils nâont pas le choix, ils ont besoin les uns des autres, chacun Ă son poste le moment venu pour repartir Ă la reconquĂȘte des marchĂ©s. Toutes les crises passent.
Et quand je parle des acteurs du tourisme, jây inclus bien Ă©videment le secteur public avec Ă sa tĂȘte le MinistĂšre du Tourisme qui doit ĂȘtre le garant de la pĂ©rennitĂ© de notre secteur. En quatre dĂ©cennies jâai connu 14 ministres du tourisme dont 6 avec lesquels jâai collaborĂ© Ă©troitement en ma qualitĂ© de voyagiste et militant associatif au sein dâinstances reprĂ©sentatives de 1998 Ă 2021.
Chaque ministre avait sa doctrine en matiĂšre de gestion de la chose publique , mais ils avaient en commun la foi dans les acteurs du tourisme que nous Ă©tions et prenaient le temps de nous Ă©couter avant toute prise de dĂ©cision majeure sur des sujets qui nous engageaient en premier lieu. Nous avions des rapports de partenariat « Win Win » que ce soit dans le dĂ©ploiement des diffĂ©rentes stratĂ©gies du tourisme ou face Ă des crises certes sporadiques mais qui nĂ©cessitent une gestion sans faille, car le tourisme est trĂšs sensible et ne saurait souffrir dâalĂ©as qui sâĂ©ternisent.
Je pense que mon age et mon parcours me donnent le privilĂšge de mâexprimer sans lâintention de blesser. Jâai mis plus de 40 ans Ă Ă©difier une entreprise familiale qui mâa permis de vivre dans la dignitĂ© grĂące Ă ma passion pour le tourisme , Ă la confiance de mes partenaires fournisseurs, Ă la constance de mes clients et Ă la persĂ©vĂ©rance de mes collaborateurs qui aujourdâhui doutent sur lâissue de cette crise.
Je fais partie de cette gĂ©nĂ©ration qui a dĂ©cidĂ© dâentreprendre dans le tourisme en dehors de tout soutien ou subvention, sans sponsors ni business angels, startup avant lâheure, qui a traversĂ© les crises conjoncturelles ou structurelles et qui sâest maintenue contre vents et marĂ©es. Ce serait triste de terminer une belle aventure Ă cause dâune erreur dâaiguillage!
Dans le cas de figure actuel, cette crise qui dure depuis le 20 mars 2020, la plus longue et la plus dure , nous avons besoin dâun ministĂšre Ă la hauteur de nos attentes si lâon considĂšre le secteur du tourisme comme un pilier de lâĂ©conomie nationale et surtout un vecteur de cohĂ©sion sociale.
Or, nous avons Ă©tĂ© dĂšs le dĂ©but dĂ©sarçonnĂ© par la maniĂšre dâagir de notre nouvelle ministre Ă qui je demande de prime abord de pardonner mon franc parler et de croire en mon profond respect.  Â
Son premier faux pas a Ă©tĂ© lâannulation de la tenue de lâAGO de lâOMT qui devait se tenir Ă Marrakech en octobre 2021, reportĂ©e au 30 novembre 2021 pour ĂȘtre finalement dĂ©localisĂ©e Ă Madrid, sans concertation aucune avec les professionnels de Marrakech qui Ă©taient partie prenante. Ce qui ne lâa pas empĂȘchĂ© de sây rendre pendant que lâon dĂ©cidait de fermer les frontiĂšres encore une fois et soulever lâire de la presse Ă son Ă©gard.
Puis ce fut son apprĂ©ciation du contrat programme dont elle a hĂ©ritĂ© , qui Ă©tait une vĂ©ritable checklist Ă sa disposition pour maintenir le secteur en Ă©tat et lui permettre de redĂ©marrer le moment venu et non une wish liste comme elle sâest plu Ă le qualifier suite Ă sa premiĂšre rencontre officielle avec les professionnels : deuxiĂšme erreur qui a eu le don de blesser et dâirriter tout un Ă©cosystĂšme qui avait dĂ©jĂ les genoux Ă terre et qui espĂ©rait beaucoup dâun nouveau gouvernement.
Enfin last but not least, sa derniĂšre interview sur le 360, oĂč rĂ©pondant au journaliste qui lâinterroge sur lâĂ©viction des Agences de voyages, des restaurants touristiques et des transporteurs touristiques de la prise en charge par lâĂtat de la taxe professionnelle pour les exercices 2020 et 2021 et des subventions de soutien prĂ©vues dans le cadre du plan dâurgence objet de son intervention, elle justifie que seul le secteur hĂŽtelier, qui est fortement capitalistique, pourra bĂ©nĂ©ficier de ces mesures. Il en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. Câest injuste car quel que soit lâentreprise touristique, elles ont toutes Ă©tĂ© empĂȘchĂ©es de travailler et sont toutes Ă©ligibles Ă ces mesures. Si lâĂ©tat prend la peine de soulager les entreprises Ă fort capital, pourquoi ne ferait il pas de mĂȘme avec les petites, voir les trĂšs petites entreprises, surtout si toutes participent de maniĂšre citoyenne Ă la promotion du tourisme national et Ă la crĂ©ation dâemplois ? Qui peut le plus peut le moins et cette discrimination maladroite a eu pour effet de crĂ©er un climat dĂ©lĂ©tĂšre dont nous nâavons nullement besoin.
Pour finir, on remarquera quâun contrat programme avec 21 mesures importantes, conçu par des partenaires publiques et privĂ©s, signĂ© en grandes pompes par des ministres et non des moindres, a Ă©tĂ© rĂ©duit en une peau de chagrin,  sous forme dâun communiquĂ© non datĂ© et non signĂ© Ă©grenant 5 mesures dites phares qui ont eu pour effet de provoquer le rejet des professionnels du tourisme se sentant humiliĂ©s et qui ont manifestĂ© en nombre ce mercredi dans les principales villes du Royaume avec un seul mot dâordre : Ouvrez les frontiĂšres!
DerriĂšre ce slogan on sent une grande lassitude et une sorte dâamertume de personnes qui ne croient plus aux soutiens quâon leur fait miroiter mais plus Ă leur capacitĂ© Ă exercer leurs mĂ©tiers pour retrouver leur dignitĂ©. Ce sentiment est partagĂ© par tous les professionnels quelque soit leur rang dans la chaine de valeur  du tourisme.
Je viens dâapprendre que lâĂtat dâurgence sanitaire a Ă©tĂ© prolongĂ© jusquâau 28 FevrierâŠ.
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Merci Si Fouzi pour ce cet article résumant la situation actuelle et celle de notre secteur depuis des années.
Je fais partie de cette gĂ©nĂ©ration qui a cru (juste avant la crise) en lâentreprenariat dans un secteur et domaine qui me passionnent depuis plus de 20 ans et qui a prĂ©fĂ©rĂ© passer du statut salariĂ© / employĂ© au statut entrepreneur crĂ©ant de lâemploi .
Cette gĂ©nĂ©ration qui nâa pas pu bĂ©nĂ©ficier ni dâaides ni de subventions ni de droit au programme Intilaka initiĂ© par sa majestĂ©, faute dâun secteur Ă risque me dit on !
Cette gĂ©nĂ©ration qui opte pour la rĂ©silience jusquâau bout mĂȘme au dĂ©but du lancement de son business dans un contexte inĂ©dit en croyant toujours en soi en croyant Ă cette citation qui dit que seuls les moments difficiles crĂ©ent des gens forts.
Je reste optimiste en espérant le meilleur
Toujours aussi prĂ©cis quâun chirurgien, Cher Faouzi, ta maĂźtrise du sujet, ton franc parlĂ© et ta dĂ©licatesse font de toi un grand professionnel que jâai eu le plaisir de cĂŽtoyerâŠ!
En souhaitant le meilleur Ă notre profession.
Complet, direct, incisif et franc. Jâaimerais mettre lâaccent sur le fait quâun grand pan de la sociĂ©tĂ© vit dans cet Ă©cosystĂšme sans aucune possibilitĂ© de subvenir Ă leurs besoins de base, les gens nâont plus rien ! Les fermetures et dĂ©pĂŽts de bilan risquent fort de se multiplier. On nâa pas vraiment de visibilitĂ© (je parle de moi) sur la proportion des Ă©tablissements qui ont du fermer (temporairement et/ou qui ne pourront pas rĂ© ouvrir), les banques et crĂ©anciers Ă©tant on ne peut plus pressants Ă recouvrer leur dĂ». Si nous perdons notre outil de travail, on ne sera pas en mesure dâavoir une vraie reprise, que ce soit pour les segments du Loisir ou du MICE. Les pays concurrents nous prennent des parts de marchĂ©, des parts que nous avions acquises durant ces derniĂšres annĂ©es (hors COVID). Ce sera un mĂ©chant retour Ă la case dĂ©part auquel nous devrons ajouter la grande pĂ©nurie de personnel. Une dĂ©cision quant Ă la rĂ©ouverture est attendue dâici lundi !
Cher Fouzi, nous sommes quasiment de la mĂȘme « gĂ©nĂ©ration touristique » et je ne peux quâĂȘtre dâaccord avec toi Ă 1000 pour cent, puisque exerçant dans le domaine depuis les annĂ©es 70 jâai vu passer le mĂȘme nombre de ministres et vĂ©cu les mĂȘmes alĂ©as. La discrimination faite actuellement sur les diffĂ©rents corps de mĂ©tier et sur les dĂ©cisions dâaide ou pas est quasiment « indĂ©cente ». Une fois de plus câest lâinvestissement « pierre » qui est favorisĂ© et pas la crĂ©ativitĂ©, lâenthousiasme, le courage, et lâamour de ce pays â et on sait quâil en faut pour ĂȘtre agent de voyages, guide, transporteur, restaurateur ,ou artisan. Ces deux annĂ©es « mortes » sont dĂ©jĂ Ă lâorigine de beaucoup de souffrances et dâune hĂ©catombe. Ne pas se sentir soutenu par les responsables dâun domaine Ă qui on a donnĂ© Ă©normĂ©ment de sa vie, professionnelle et personnelle, ne fait que rajouter Ă la tristesse et Ă la grande inquiĂ©tude que nous Ă©prouvons tous.