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« Nous sommes déterminés à combattre l’informel »

📖 Temps de lecture : 5 minutes

Lors de la réunion CRT du Vendredi 10 Février, tenue à Marrakech en présence du Ministre du tourisme , du Wali de la région , du représentant de Mme Le Maire et des élus , ont été abordé les sujets qui préoccupent les professionnels à savoir : La promotion, les dessertes aériennes, le produit et l’informel.

Autant je suis persuadé que des solutions seront trouvées à court ou moyen terme pour les trois premiers points , autant je suis très septique sur la problématique de l’informel sans vouloir mettre en doute, les engagements et la détermination des autorités sur ce sujet lors de cette rencontre.

Le terme d’économie informelle englobe un certain nombre de pratiques qui vont de l’économie familiale, à l’économie conviviale. En ce qui nous concerne, on devrai parler d’économie souterraine ou clandestine , celle qui développe le travail au noir, qui échappe aux règles économiques et sociales, qui ne donne lieu à aucun prélèvement obligatoire fiscal ou social , qui fausse le jeu de la libre concurrence et par là génère un manque à gagner pour l’état donc pour le contribuable.

J’ai déjà eu à m’exprimer sur le sujet lors d’un précèdent post et je crois que si ce phénomène a pu s’installer de manière insidieuse , cela vient du fait que pendant les années de croissance, nul ne s’en inquiétait ou plutôt on laissait faire dans le cadre d’une sorte de » paix sociale ».

Je pourrai comprendre cette attitude, lorsqu’il s’agit de permettre à des couches défavorisées de subvenir à leur besoins et de continuer à exister dans une sorte de dignité. L’enquête du HCP datée de 2007, pour le seul secteur des services, montre une évolution de 0,9% entre 1999 et 2007 des unités de production informelles passant de 18,8% à 19,7% pour la région de Marrakech Tensift El Haouz. Le tourisme y occupe une grande part et depuis 2007 à ce jour , nous devrions battre les records que cela soit dans l’hébergement, la restauration, le transport ou l’agence de voyage.

Dans le domaine des agences de voyages, la part de l’informel devient exponentielle avec le développement d’internet , puisque nous avons dénombré une cinquantaine d’agences clandestines qui sévissent via le net , certaines au Maroc et d’autre en Europe, commercialisant toutes le sud marocain. Sans compter toutes «les agences» qui ont pignon sur rue qui vendant des excursions, d’autres des circuits quand ce n’est pas d’autres services liés à un tourisme d’un tout autre genre…

On remarquera au passage, les opérateurs touristiques, qui agissent dans le domaine réservé aux agences de voyages sans aucune licence et surtout sans aucune vergogne avec un réel pied de nez à l’éthique professionnelle.

Pour ce qui est de l’hébergement informel, on ne compte plus le nombre d’appartements qui se louent à la journée aussi bien dans le centre ville que dans la périphérie, dans un cadre complètement illégal avec tous les risques que cela comporte aussi bien pour la sécurité des clients que pour la réputation de la destination.

Pour ce qui est de la restauration, des établissements s’adonnent à cette pratique sans aucune autorisation, ni contrôle ( sanitaire ou autre ), avec de plus la vente d’alcool sans licence et cela dans la plus grande clandestinité.

Depuis les années 70, toutes les professions liées au tourisme , sont réglementées par des textes de loi, qui prévoient des sanctions contre les contrevenants. De plus l’accès à la profession est soumis à des critères très souples pour permettre l’accès au plus grand nombre et malgré cela, nous continuons à voir l’informel se développer sans aucun rapport avec les difficultés sociales qui pourraient être liées à sa pratique. Non , les contrevenants sont tout simplement des personnes qui n’ont aucun sens du civisme et qui se complaisent à ignorer la loi et à vivre en parasites de la société.

Personnellement, je suis heureux que des dispositions soient prises à l’échelon local et national pour combattre ce phénomène de manière citoyenne, responsable et rigoureuse dans le but d’assainir et de valoriser la destination. Si la volonté a été déclarée de manière solennelle, j’attends de voir les moyens mis en œuvre et l’implication des professionnels dans ce processus. A ce titre, les associations professionnelles doivent jouer le rôle qui leur est dû.

En 2007 , le secteur de l’informel contribuait à l’emploi pour 37,3% et pour 14,3% au PIB. Est ce des raisons valables pour fermer l’oeil? (Source HCP)

En période de crise, comme celle que nous traversons, ce phénomène ne peut être que nuisible à l’industrie du tourisme en particulier. Si rien n’est fait , c’est le secteur formel qui sera paupérisé .

Fouzi ZEMRANI
Fouzi ZEMRANI
Voyagiste militant de la première heure.Past Président de la FNAVM et Past VPG de la CNT. Blogueur passionné depuis 2010. Décoré du WISSAM du Mérite National 1ere Catégorie le 30/07/2019.
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5 Commentaires

  1. Cher Fouzi,
    Tu as raison, nous avons tellement tous la tête dans le guidon pour sauver nos sociétés que nous ne prenons même plus le temps de nous préoccuper de ce qui va finir de nous achever et d’achever l’économie du pays : l’informel.
    Nous payons toujours et plus pour ceux qui ne déclarent rien. Les taxes et les charges ne cessent d’augmenter en pleine crise, mais qui paye ? Toujours les mêmes, ceux qui travaillent en toute honnêteté et à qui on demande toujours plus. Malheureusement, avecc des charges qui augmentent et des chiffres d’affaires et des marges sans cesse en déclin, il est clair qu’à un moment donné nous serons asphyxiés et n’auront plus qu’à mettre la clé sous la porte, laissant ainsi le champ libre à l’informel. Dans ce cas ce sera tout le système économique qui sera atteint et là il sera trop tard. Il est plus que temps de nous mobiliser, avec le soutien des autorités locales et nationales car nous ne pouvons plus continuer à être les vaches à lait pour combler les manquements de l’informel. Ceux-ci s’exposent sans scrupule sur des sites internet, ils ne sont quand même pas difficiles à trouver ?

  2. Combattre l’informel oui.
    Nous devons agir pour un tourisme responsable global.

    Notre secteur ne pourra se développer que la tête haute, lorsque les intervenants seront sur un pied d’égalité suffisant pour créer un espace de production saine, et de choix minimum garanti pour nos chers visiteurs, TO et individuels.
    Ce bradage hors taxe sans foi ni loi handicape notre économie et son développement, l’image de notre pays et de la destination, de la sécurité même de nos visiteurs.

    Pour rejoindre le top des grandes destinations touristiques, notre travail est grand, dont le chantier de l’informel, de l’application et du respect des lois pour tous.
    La promotion ne sert a rien si l’outil n’est pas là.
    Le cadre des lois existe, il doit être appliqué, régulièrement adapté pour suivre l’évolution si rapide.
    Il faut redonner confiance au secteur, aux investisseurs Nationaux et étrangers mais également aux investisseurs de l’arrière pays qui doivent être accompagnés dans leurs projets générateurs d’activités, chacun doit se sentir investisseur même avec un petit projet, et respecté comme tel.

    C’est antisocial de laisser se développer depuis + de 10 ans cet informel tout azimut. Où en est on aujourd’hui 10 ans après ?
    N’est ce pas la rigueur qui amène le bien social, et la garantie d’un travail décent pour le plus grand nombre, et donc un développement.
    Des passerelles doivent être trouvées et mises en place rapidement. De nombreux « opérateurs fantômes » rentreront dans le formel pour leur plus grand bien et le notre, le développement général, et la réputation de notre destination.

    Des groupements professionnels, des associations et fédérations existent, sont-ils vraiment efficaces ?
    Nous sommes individualistes, c’est un peu notre nature.
    Alors peut-être créer des réseaux de compétences et d’affinités pour booster nos énergies ?
    Des mises à niveau sérieuses, des labels pour garantir nos engagements et essayer de tirer vers le haut la profession.
    Le visiteur doit s’y retrouver, ce n’est pas un N° de licence ou de patente qui lui donnera confiance ou une garantie aujourd’hui pour découvrir notre pays.

    Notre désert, nos montagnes et nos plages sont aussi rentrés dans l’informel. Souvent saccagés par les hordes de quads, 4×4, rallyes peu scrupuleux qui labourent dunes et écosystème. Ces traces de véhicules dans les dunes mettent parfois des années à disparaître.

    Poubelles incontrôlées tout azimuts….
    Constructions anarchiques dans des sites exceptionnels, d’habitats rural traditionnel ou au cœur d’une nature limpide dont nous sommes les héritiers.
    Encore des sujets importants qui doivent être rapidement approchés et gérés avec rigueur et innovations.

    Regardons tous ces pays leaders, ceux qui font partie du top des 5 grands pays les plus visités, ceux que nous envions.
    Depuis des décennies ils ont mis en valeurs une multitude de leurs plus beaux sites naturels et les ont protégés, classés, règlementés en parcs Régionaux et Nationaux, lieux, villages et villes classés.
    Ces sites deviennent alors des déclencheurs de choix de voyages pour leurs destinations.
    Qui n’a pas rêvé d’une de ces plages de sable blanc, de montagnes exceptionnelles, d’un désert pur, de villages authentiques, pour se ressourcer.

    Tout cela existe chez nous au Maroc et n’est pas mis en valeur et nous avons encore plus à offrir.

    Un investissement important doit être fait dans ce domaine pour attirer la clientèle avide de nature, d’éco systèmes protégés, de rencontres et de découvertes.
    Des lieux ont été répertoriés, classés mais franchement pas suffisamment mis en valeur, souvent initiés et abandonnés ?
    Nous n’avons pas de temps à perdre dans cette compétition mondiale de l’économie, et nous devons nous donner les moyens pour atteindre un résultat.

    Notre accueil « légendaire » doit être cultivé, amélioré et peut-être remis en question. Le taux de retour de nos visiteurs n’est il pas le baromètre de la réalité que nous devons regarder en face pour nous poser réellement des questions ?

    Mettre en valeur l’arrière pays est également une promotion pour les sites touristiques urbanisés, car souvent les voyages sont associés à plusieurs choix. Les touristes préfèreront un hôtel club dans un pays à forts choix de sites exceptionnels, car ces sites font partis du rêve extérieur.
    Donc ceux qui raisonnent en terme de chiffres élevés en nombre de touristes, de zones urbanisées, devraient accompagner cette démarche globale de tourisme responsable, nature, écologique, propre et protégé.

    Tout cela apporte une valeur ajoutée très importante, et tellement plus grande que de laisser faire ces hordes de 4×4 détruire nos plages, nos dunes, nos vallées. Qu’apportent ils d’autre que dégradations irréversibles de nos écosystèmes, pollutions dans les villages par leurs comportements, jetant quelques vêtements usagés par les fenêtres de leur 4×4 flambants neuf pour se donner bonne conscience et une image de « Tourisme responsable » ?.
    Le tourisme responsable c’est autre chose que d’apporter quelques stylos, teeshirts et casquettes.

    Le tourisme responsable, l’écotourisme a été initié par la Fondation Mohamed VI pour la protection de l’environnement, par la clef verte, les plages propres, l’éducation des enfants à la nature et l’écologie, la sauvegarde de sites.
    Bravo pour la démarche.

    Nous devons, nous acteurs, décideurs, collectivités, responsables, l’accompagner et aller au delà, par la création de grands parcs nationaux de sites protégés et gérés, du Nord au Sud, des Côtes à l’intérieur de notre pays, les lieux exceptionnels ne manquent pas.
    Souvent d’ailleurs inconnus par nous, Marocains, et cela éveillera également le goût de découverte dans notre arrière pays et d’un tourisme intérieur culturel et nature.

    Soyons fier de notre arrière pays, de sa nature, de ses particularités, de ses cultures et des populations qui y habitent encore.
    Soyons les ambassadeurs de ces lieux, de ses habitants.

    Ces activités « propre » amèneront une économie qui profitera au plus grand nombre de personnes, habitants l’arrière pays et les zones rurales, par la mise en valeur de structures d’accueils, de visites, de productions de produits locaux, pour le bien, l’emploi et des recettes.
    Une formation poussée doit l’accompagner si nous voulons réussir le challenge.

    Des investissements gigantesques ont été fait par l’état, des groupes financiers et immobiliers, par les privés.
    Nous avons la chance d’être dans ce train du développement.

    L’état doit encore beaucoup investir pour la mise en valeur de ces richesses qui sont et seront le déclic de nos futurs visiteurs.

    Respecter l’homme, la nature demande de la rigueur, cette rigueur est un gage de développement harmonieux pour l’homme et la nature d’aujourd’hui et de demain.

    Merci Fouzi pour ton post, cet espace d’informations, déclencheur d’idées, de réflexions et d’échanges.
    Désolé de bousculer certaines idées. Nous devons tous nous remettre en question.

    JP Datcharry

  3. Mon cher Fouzi,
    Tout y est dit, et que dire de plus ? Nous connaissons une partie de notre mal, apportons y le remède, la patience, la détermination et la volonté de mettre en place des moyens raisonnables satisfaisants pour tous.
    Ne pas prendre l’informel au sérieux c’est être inconscient de ses effets néfastes comme tu l’a dit Fouzi. Pouvons nous tolérer la dégradation et même la déchéance de nos métiers et continuer à porter haut nos couleurs,notre tourisme lorsque les riads et maisons d’hôte proposent des circuits, des boulangerie – pâtisserie vendent des excursions, locations et réservations ? Dois-je aussi vendre des petits pains pour me dire « tout va bien, l’ordre est rétabli « . On ne peut continuer à nous demander de courir le Marathon alors qu’on nous a amputé d’une jambe.Il est encore temps si nous unissons nos efforts à apporter les solutions viables et vivables pour tous.

  4. Fouzi,
    Nouvelle constitution, citoyenneté, application de la loi à tous…..
    Administration forte sauvegardant les interets de tous et assurant une concurrence saine loin de toute pauperisation d’une franche de la societé mais aussi une administration qui appuie et encadre, pour faire basculer l’informel vers le formel, le tout doit avec le soutien moral et l’encadrement de chacune des professions.

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