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A propos du drame de Mina.

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Minan

Jamais la commĂ©moration du sacrifice d’Abraham n’aura autant marquĂ© les esprits compte tenu de la date et du lieu : Le 10 doul’Hijja Ă  Mina. Sauf, que la bousculade qui a coutĂ© la vie Ă  plusieurs centaines de pĂšlerins n’a rien Ă  voir avec les Ă©crits coraniques, mais relĂšve bien d’une erreur humaine qui finira bien par livrer ses secrets, car les autoritĂ©s saoudiennes possĂšdent tous les Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse sur l’origine de cette bousculade.

Tous les lieux de rassemblement des pÚlerins durant le Hajj, sont contrÎlés par cameras et toute la circulation est scrutée minutieusement par la police qui ouvre et ferme des routes en fonction du trafic, aidé en cela par des hélicoptÚres qui sillonnent le ciel de maniÚre continue pendant toute la durée du pÚlerinage et particuliÚrement durant les jours de la Tarwiya. Tout mouvement de foule est donc bien appréhendé normalement.

Ce qu’il faut Ă©galement savoir, c’est que durant les jours du Hajj, Du 7 au soir jusqu’au 10, la majoritĂ© des pĂšlerins ne dorment pas : Le 7 ils se prĂ©parent Ă  monter Ă  Mina et les transferts dĂ©butent dĂ©s minuit. Le 8 , toujours Ă  partir de minuit, c’est la montĂ©e vers Arafat, le 9 les pĂšlerins quittent Arafat Ă  la tombĂ©e du jour, se dirigent vers Mouzdalifa pour y passer la nuit et arrivent le 10 au petit matin Ă  Mina.

Ce jour lĂ , les plus tĂ©mĂ©raires d’entre eux veulent tout faire, lapider Satan, se raser le crane, quitter le Ihram et pourquoi pas effectuer Tawaf Al Ifada. Sauf qu’ils sont extĂ©nuĂ©s, hagards et la plus part du temps, ils n’ont plus le sens d’orientation.

C’est aussi dans cet Ă©tat que se trouvent les personnes en charge de la circulation et de la sĂ©curitĂ© des pĂšlerins, car eux aussi n’ont pas fermĂ© l’Ɠil depuis le jour 7. Aussi ils obĂ©issent aveuglĂ©ment aux ordres qui leur sont transmis par radio et n’ont plus aucun discernement par rapport aux situations auxquelles ils peuvent ĂȘtre confrontĂ©s.

Les pùlerins n’ont aucune notion des lieux et sont incapables de s’orienter, ils suivent les courants à la recherche d’un indice, une personne, une voix qui puissent leur permettre de retrouver leur campement, leur groupe, leurs amis ou leur famille. Faute de quoi, ils peuvent parfois errer pendant plusieurs jours, surtout lorsqu’ils ont perdu leur badge.

Il est donc important que les groupes de pĂšlerins soient bien encadrĂ©s par des personnes aguerries Ă  l’épreuve du hajj et non par des accompagnateurs qui arrivent pour la premiĂšre fois et qui n’ont aucune notion de la topographie des lieux.

Le nombre d’encadrants est trĂšs important car c’est de lui que dĂ©pend la rĂ©ussite de l’opĂ©ration. Deux encadrants techniques et un encadrant religieux pour 50 personnes est le minimum pour assurer la sĂ©curitĂ© et la sĂ©rĂ©nitĂ© des pĂšlerins. Cette annĂ©e il a fallu marchander pour avoir un nombre suffisants d’encadrants : Le ministĂšre des Habous et des Affaires islamiques applique la rĂšgle de 1 encadrant pour 70 pĂšlerins, ce qui trĂšs en deçà des normes requises pour assurer un encadrement de qualitĂ©. Vouloir appliquer la mĂȘme rĂšgle aux agences de voyages est tout simplement inconscient et irresponsable. Toute l’efficacitĂ© rĂ©side dans la qualitĂ© de l’encadrement, c’est ce qui laisse le pĂšlerin se sentir en sĂ©curitĂ© et assurĂ© d’accomplir son devoir en toute sĂ©rĂ©nitĂ©.

Lorsque les pĂšlerins se retrouvent abandonnĂ©s et livrĂ©s Ă  leurs sorts, ils peuvent commettre des actes qui remettent en cause leur foi, leur sĂ©curitĂ© et celles des autres. C’est ce que d’aucuns qualifient de FITNA.

Ce qui s’est passĂ© Jeudi dernier est le rĂ©sultat d’un manque d’encadrement, de contrĂŽle, de mĂ©connaissance et surtout de fatigue gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Nous finirons bien par connaĂźtre l’origine de ce dĂ©sastre, non pas pour incriminer telle ou telle entitĂ©, mais juste pour Ă©viter que cela ne se reproduise dans un avenir proche.

Il est Ă©galement important de connaĂźtre rapidement l’identitĂ© des victimes afin de permettre aux familles et aux proches de faire leur deuil. La reconnaissance ne devrait pas poser de problĂšme, car en principe, tous les pĂšlerins sont dotĂ©s de passeports biomĂ©triques, et qu’ils ont tous dĂ©posĂ©s leurs empreintes digitales Ă  l’entrĂ©e des postes frontiĂšres. Il est donc possible de recouper les bases de donnĂ©es avec les empreintes des victimes.

D’un autre cotĂ©, il ne doit plus rester de pĂšlerins Ă  Mina ce jour, ils doivent tous rentrer Ă  Mecca. Un simple recensement aux hĂŽtels devrait dĂ©jĂ  donner une idĂ©e sur le nombre de personnes absentes Ă  l’appel et faire des recherches au niveau des centres des personnes perdues, des hĂŽpitaux et des morgues.

Cela va bien sĂ»r demander un peu de temps et mobiliser des personnes tant au niveau du Consulat du Maroc, qu’au niveau de la dĂ©lĂ©gation marocaine du hajj dans ses composantes publiques et privĂ©es.

La mise en place d’un numĂ©ro vert pour informer les familles sans nouvelles est indispensable et c’est au MinistĂšre des Habous et des Affaires islamiques de communiquer, d’informer et de rassurer. Force est de constater qu’à ce jour aucune communication sur le site, ni sur la page Facebook du MinistĂšre concernĂ© au sujet des Ă©vĂ©nements de Mina.

Le MinistÚre du Tourisme et La Fédération Nationale des agences de voyages devraient également donner une situation et informer via les agences organisatrices, les proches des pÚlerins.

C’est vrai que tout cela coïncide avec un long weekend, mais il doit paraitre encore plus long, pour celles et ceux qui n’ont pas de nouvelles de leurs proches.

1 COMMENTAIRE

  1. Cher Fouzi que je qualifierai d’expert de l’opĂ©ration « PĂšlerinage » depuis quelques annĂ©es. Merci pour ton analyse de la situation et pour tes suggestions. Nous regrettons tous cette catastrophe qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ©e, par une meilleure organisation et surtout canalisation des retours des pĂšlerins qui auraient accompli l’acte de lapidation de Satan, le drame aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© ou du moins le nombre de pertes et blessĂ©s rĂ©duit. J’ajouterais, comme tu le sais, que certains pĂšlerins, bien portants, essaient aussi aprĂšs la lapidation de se prĂ©cipiter en direction de la Mecque, dans l’espoir de rattraper la priĂšre de l’Aid, faire leur rituel de « Tawaf Al Iffadaa », se reposer Ă  l’hĂŽtel avant de revenir Ă  Minane avant la tombĂ©e du jour. Cette annĂ©e, le 10 Dou Hija est tombĂ© un Vendredi et certains veulent aussi rester pour la priĂšre du « Joumaa » Ă  la Mecque. Un vrai parcours du combattant, pour des personnes qui, comme tu l’as si bien dit, n’auraient pas fermĂ© l’Ɠil pendant plus de 3 nuits consĂ©cutives. Les autoritĂ©s Saoudiennes, quoique portant toute la responsabilitĂ© de ce drame, font des plannings, par nationalitĂ©s, pour la lapidation. Mais, les pĂšlerins s’en fichent et la plupart n’en font qu’à leurs tĂȘtes, ignorant mĂȘme les instructions des accompagnateurs qui les escortent pendant toute l’opĂ©ration. En tout cas, il va ĂȘtre trĂšs difficile d’identifier les corps car, avec la chaleur, le manque de casiers rĂ©frigĂ©rĂ©s dans les morgues de Minane et Mecca, les autoritĂ©s vont s’empresser d’enterrer les dĂ©pouilles pour Ă©viter toute putrĂ©faction ou les Ă©pidĂ©mies. Pire encore, certains pĂšlerins auraient perdus leurs badges et toute possibilitĂ© de les identifier, sauf par des tĂ©moins, amis ou compagnons. On me dit qu’en ce moment mĂȘme, certains corps sont entassĂ©s dans des camions frigorifiques dans l’espoir de voir comment les identifier car les empreintes seraient peu probables. Et c’est mon opinion!

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