Dernièrement j’ai été interpelé par une journaliste pour donner mon point de vue sur la place de la gastronomie marocaine dans le PIB national. Demandé comme ça de but en blanc et avec toute la bonne volonté du monde, je n’ai pas pu répondre à cette question n’ayant pas les informations nécessaires. Ce que je sais par contre c’est que le secteur du tourisme contribue pour 7% au produit intérieur brut national alors que de manière générale, il ne participe qu’à 3% à l’échelon mondial selon l’OMT.
Au niveau de la restauration au sein de l’hôtellerie nationale, il faut avouer qu’elle a fait un saut qualitatif important durant ces dernières années et cela est dû principalement à l’installation des enseignes internationales de renom tel que Accor, Four Seasons, Ritz-Carlton, Mandarin Oriental et bien d’autres qui ont un certain savoir-faire en matière de cuisine gastronomique. Sans oublier nos enseignes nationales tels que Royal Mansour et La Mamounia qui excellent dans ce domaine et surtout la gastronomie Marocaine
Certaines enseignes connues se doivent de perpétuer leur réputation et sont tenues d’être irréprochables dans tout l’art de la table. Le fait de recruter un chef étoilé n’est pas un luxe , mais une nécessité tant pour l’établissement en question que pour la destination. La gastronomie est devenue un argument marketing très puissant et nous devons le prendre en considération d’autant plus que nous sommes connus pour être un pays avec des spécialités reconnues à l’échelon international. La cuisine marocaine est très riche et surtout diversifiée avec une multitude de recettes sans viande dont les consommateurs « Végane » sont très friands . Cette tendance est de nature à positionner la cuisine marocaine dans le Top 10 des gastronomies internationales avec ce plus admis : elle est pratiquée par des femmes la plus part du temps.
A ce sujet, il existe un institut de formation dont l’initiative revient au défunt Roi Hassan II et qui a été inauguré le 1er Septembre 1971 par SAR la princesse Lalla Meriem. L’idée de base était de créer un pôle d’excellence pour former des compétences en gastronomie traditionnelle notamment pour nos ambassades à l’étranger. Cet institut se trouve dans l’enceinte du Palais Royal de Rabat et a été intégré au Ministère du Tourisme en 2004 sous l’appellation de Centre de Qualification Professionnelle Hôtelière et Touristique de Touarga (CQPHT). Toutes proportions gardées, il est à la gastronomie marocaine, à mon sens, ce qu’est l’Académie Mohamed VI pour le Football à Salé.
C’est un formidable levier pour l’attractivité de la destination mais pas suffisamment éxploitée et malheureusement souvent galvaudée est pas assez protégée. On ne devrait mettre en place des AOP pour certaines spécialités nationales que certains s’évertuent à paupériser à force de les vulgariser. Je suis personnellement effaré par le nombre de « boui-boui » qui poussent comme des champignons sans aucune régulation ni contrôle de quelque ordre que ce soit. Je ne suis pas contre ce qu’on appelle la « Street Food » mais il y a un minimum à respecter ne serait-ce qu’en matière de chaîne du froid et d’hygiène. On devrait introduire la notion de Terroir dans certaines de nos régions pour mieux valoriser notre patrimoine culinaire. Un partenariat entre producteurs locaux et restaurateurs est vivement recommandable pour créer la dynamique effectivement.
En effet, il existe plusieurs terroirs marocains qui se différencient de par leur positionnement géographique : Littoral Méditerranéen , Littoral Atlantique, Montagnes du Rif, Haut et Moyen Atlas et Terroir Saharien. Chacun a ses spécialités culinaires, ses produits agricoles, ses épices, son cheptel et ses vignobles.
Le Maroc a une tradition viticole qui remonte à l’époque romaine. Cependant, le développement moderne des vignobles a été plus marqué depuis les années 1990, avec un accent particulier sur l’amélioration de la qualité des vins produits. Cette origine romaine justifie aujourd’hui la présence des vignobles de la Région de Meknès , Fes et l’oriental réputés pour la qualité et la variété de leurs vins Rouge, Rosés ou Blancs.
Il y a des cépages nationaux comme le Faranah, le Guerrouane, Le Marrakchi, Le Beni Khiyar ou le Beni Saïd mais ils sont plus pour la consommation fraiche que pour faire du vin. Les cépages importés pour la plupart français ou espagnols tels que Le Cabernet- Sauvignon, le Cinsault, le Chardonnay ou le Merlot, ont été transplanté chez nous pendant la période du protectorat et produisent de bonnes cuvées à l’export ou à la consommation touristique.
Certains domaines viticoles sont renommés tels que Château Roslane (Meknès) Val d’argan ( Essaouira ) La Bien Aimée (El Jadida) ou Les Celliers ( Meknès). Chaque année, le Maroc produit environ 400 000 Hectolitres dont une partie est exportée en Europe principalement mais aussi en Asie et en Amérique du Nord.
Les vignobles marocains ont un potentiel significatif sur la scène internationale, avec une combinaison de traditions anciennes et de pratiques modernes. Avec des efforts continus pour améliorer la qualité et la notoriété des vins, le Maroc se positionne de manière prometteuse dans le marché mondial du vin, attirant l’attention des amateurs et des professionnels du secteur.
Alors, Mettre en place des AOP pour le terroir marocain serait une étape stratégique pour valoriser les produits locaux, préserver l’authenticité et la qualité, et renforcer la position du Maroc sur la scène internationale, que ce soit pour le vin ou d’autres produits agro-alimentaires. Cela demanderait cependant un engagement et une coordination entre les producteurs, les autorités et les organismes de certification, mais les bénéfices potentiels sont significatifs.
Les AOP permettraient de reconnaître et de protéger les spécificités des terroirs marocains, y compris les conditions géographiques, climatiques et historiques uniques qui influencent la production de vin et d’autres produits agricoles. Cela contribue à préserver la biodiversité et les pratiques locales.
La création d’AOP augmenterait la valeur perçue des produits marocains sur le marché international, en soulignant leur qualité et leur origine. Cela peut également encourager le tourisme culinaire et viticole, en attirant des visiteurs souhaitant découvrir ces produits authentiques.
Un cadre réglementaire pour les AOP établirait des normes de qualité strictes pour la production. Les producteurs seraient incités à améliorer leurs techniques, à maintenir la qualité de leurs produits et à adopter des pratiques durables, ce qui bénéficierait à l’ensemble de la filière.
Les AOP aident à prévenir la contrefaçon et la production frauduleuse en garantissant que seuls les produits respectant les critères définis peuvent porter une appellation. Cela renforce la confiance des consommateurs et protège les producteurs locaux.
La mise en place d’AOP encouragerait la valorisation des produits ancrés dans la culture et l’histoire locales. Cela pourrait renforcer l’identité culturelle du Maroc sur la scène mondiale.
Les AOP peuvent offrir des opportunités de soutien aux petits producteurs, en leur donnant accès à des marchés qui recherchent des produits authentiques et de qualité. Cela peut également stimuler l’économie locale et soutenir des pratiques agricoles durables.
Enfin, l’adhésion à des normes et à des systèmes reconnaissables sur le plan international pourrait faciliter la collaboration et l’échange avec d’autres pays ayant une tradition gastronomique, ce qui permettrait au Maroc d’apprendre et de s’adapter aux meilleures pratiques.
A l’aube de l’organisation de la coupe du Monde de Football, la mise en valeur de la gastronomie marocaine qu’on ne peut dissocier de l’hospitalité marocaine, est primordiale pour la réussite totale de cet évènement d’autant plus que nous l’organisons avec des pays dont la renommée en ce domaine n’est plus à faire car ils en ont fait un art de vivre.
La cuisine d’un pays est un formidable soft power à travers ses atouts culturels, idéologiques et ses valeurs car elle reflète son identité nationale à travers son histoire, ses traditions et ses valeurs. Les plats et ingrédients montrent la diversité culturelle. Raison pour laquelle la cuisine est reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel.
Il y toujours eut une diplomatie culinaire et le Maroc y excelle. Dans les diners d’état, on met en valeur notre gastronomie dans le choix des mets et des produits présentés aux convives et cela influe de manière douce sur nos relations internationales avec nos éminents convives.eell
Je ne pourrais terminer ce post sans rendre hommage à Maître Rahal Essoulami, grand traiteur national qui nous a quitté en 2003 et a laissé à sa descendance un patrimoine culinaire très riche qu’ils ont su préserver, fructifier et surtout diffuser à travers le monde.
En attendant je vous souhaite de bonnes dégustations et mes meilleurs Vœux pour cette nouvelle année 2025.