Il mâarrive encore, de temps en temps, dâĂȘtre sollicitĂ© par des mĂ©dias nationaux ou internationaux, pour donner mon avis sur un sujet dâactualitĂ© en lien avec le tourisme en gĂ©nĂ©ral et notre destination en particulier. Je ne vous cache pas que je dĂ©cline la plupart du temps soit en « bottant en touche » soit en dirigeant vers la personne la plus disposĂ©e Ă traiter du sujet. Il mâarrive aussi dâacquiescer lorsque je sens de la bienveillance de la part de mon interlocuteur, non pour ma personne, mais pour le secteur du tourisme.
Câest le cas avec le journal en ligne « Le Brief » que jâaffectionne particuliĂšrement et dont la charte Ă©ditoriale correspond Ă mes attentes en termes dâinformation.
Je vous livre ci-dessous les questions qui mâont Ă©tĂ© soumises concernant le Surtourisme et auxquelles jâai rĂ©pondu en toute transparence et sans langue de bois en essayant de « Garder la mosquĂ©e au milieu du Village ». Â
Le surtourisme est souvent prĂ©sentĂ© comme la consĂ©quence dâun trop grand nombre de visiteurs. Nâest-il pas avant tout le symptĂŽme dâune mauvaise gouvernance des destinations, dâun manque de planification et dâune dĂ©pendance Ă©conomique au tourisme de masse ?
En effet, cette dĂ©finition concerne des destinations qui ne peuvent supporter un nombre Ă©levĂ© de visiteurs nâayant pas la capacitĂ© suffisante pour les accueillir dans des conditions optimales. Ce qui nâest pas encore, Ă mon humble avis le cas du Maroc, puisque le taux de frĂ©quentation de nos unitĂ©s dâhĂ©bergement est encore en deçà de leur capacitĂ©.
Par contre, en ce qui concerne les sites, il y a lieu de tirer la sonnette dâalarme pour ce qui est de certaines mĂ©dinas et des sites historiques qui sây trouvent oĂč la visite est souvent encombrĂ©e, avec des files dâattente interminables et surtout une cacophonie Ă lâintĂ©rieur, sans parler des cyclomoteurs, charrettes et bĂȘtes de somme qui encombrent et polluent lâexpĂ©rience Ă laquelle aspirent les visiteurs.
Pour rĂ©pondre Ă votre question, il y a un manque de planification qui rĂ©sulte dâune mauvaise gouvernance. Quant Ă la dĂ©pendance au tourisme de masse, nous pourrions nous en passer au vu de la qualitĂ© de nos infrastructures, notre hospitalitĂ© lĂ©gendaire et lâhistoire que nous devrions raconter âŠtout cela Ă un prix. Notre destination ne supporte pas dâĂȘtre bradĂ©e. Â
Les plateformes de location de courte durĂ©e, les compagnies aĂ©riennes low cost et les rĂ©seaux sociaux ont profondĂ©ment transformĂ© les flux touristiques. Parmi ces facteurs, lequel a le plus bouleversĂ© lâĂ©quilibre des destinations et pourquoi ?
Ces trois « canaux de distribution du voyage », ont le mĂȘme effet sur une destination touristique que la Fast Fashion sur le prĂȘt Ă porter, ou la Fast Food sur la gastronomie : la vulgarisation du produit au sens pĂ©joratif et non dĂ©mocratique du terme.
Les trois facteurs sont imbriquĂ©s et se nourrissent les uns des autres pour disrupter le modĂšle Ă©conomique et le rendre obsolĂšte. Dâaucuns y voient une rĂ©gĂ©nĂ©rescence, en ce qui me concerne, câest une fuite en avant qui nous dirige vers une perte de valeurs certaines. Le rĂ©veil sera brutal.
On voit dĂ©jĂ les effets sur notre artisanat qui au lieu de crĂ©er, copie et succombe Ă la facilitĂ© dâune mode Ă©phĂ©mĂšre et sans saveur.
Les souks de Marrakech par exemple oĂč les Ă©choppes des artisans cĂšdent de plus en plus devant une multitude de boutiques de produits de « marques copiĂ©es », les matĂ©riaux nobles ( Bois, palmier, laine) ont Ă©tĂ© dĂ©trĂŽnĂ© par le plastique, le nylon et la fibre acrylique. Il y a lieu de se poser la question sur lâavenir de ces lieux mystiques et mettre en place des Labels produit authentique.
Les autorités cherchent généralement à attirer toujours plus de touristes pour stimuler la croissance. A partir de quel moment une destination cesse-t-elle de créer de la richesse et commence-t-elle à dégrader son propre capital économique, social et environnemental ? Quels indicateurs devraient alerter les décideurs ?
On ne devrait pas courir aprĂšs le nombre de touristes, mais plutĂŽt vers la qualitĂ© du touriste que nous voudrions attirer : celui qui va rester plus longtemps, qui va consommer mieux, qui va respecter la population, son mode de vie, ses us et coutumes âŠ..De notre cĂŽtĂ©, nous devrions faire en sorte quâil puisse en parler autour de lui et revenir. Le taux de retour est important pour une destination, cet indicateur est primordial et Ă©vitera des investissements Ă fonds perdus. Si cet indicateur est faible, cela veut dire que nous nâavons pas fait le nĂ©cessaire dans la qualitĂ© de lâexpĂ©rience attendue par le client et qui dĂ©montre une mĂ©connaissance totale des marchĂ©s Ă©metteurs. Jâai lâimpression que nous travaillons plus pour les Low Cost, les plateformes et les rĂ©seaux sociaux que nous le faisons pour notre destination car in fine, le client leur reste fidĂšle et ils pourront toujours le diriger vers la destination de leur choix.
Le vĂ©ritable enjeu est-il de rĂ©duire le nombre de touristes, ou de changer radicalement le modĂšle touristique en privilĂ©giant la qualitĂ© de la dĂ©pense, lâĂ©talement des flux et la diversification des territoires ? Quels pays ou quelles villes offrent aujourdâhui les exemples les plus convaincants ?
En principe, le Contrat Programme « Vision 2020 » avait dĂ©fini, huit territoires touristiques, avec des potentialitĂ©s diffĂ©renciĂ©es en fonction de leur situation gĂ©ographique et leurs attraits culturels. La vision 2020 a Ă©tĂ© pensĂ© dans le cadre dâun dĂ©veloppement rĂ©gional harmonieux et complĂ©mentaire permettant Ă la destination Maroc de se doter de plusieurs territoires touristiques donnant ainsi aux touristes lâoccasion de venir et surtout de revenir et dĂ©couvrir Ă chaque fois une nouvelle destination avec des produits diffĂ©rents mais tout aussi attractifs les uns que les autres.
Pour cela, il a Ă©tĂ© prĂ©conisĂ© de mettre en place des ADT (Agence de DĂ©veloppement Touristique) avec une gouvernance Public-PrivĂ©, oĂč chaque entitĂ© aurait un rĂŽle Ă jouer, un budget consĂ©quent et des moyens ambitieux. Malheureusement, les ADT nâont jamais vu le jour, les Territoires touristiques non plus et on a confondu Territoires touristiques et RĂ©gions administratives du coup lâintĂ©rĂȘt pour le tourisme est passĂ© au second plan. Ce loupĂ© dans la Gouvernance du secteur a fait que des destinations ont continuĂ© leur dĂ©veloppement et dâautres ont stagnĂ© ce qui nous donne le rĂ©sultat actuel avec un dĂ©sĂ©quilibre flagrant.
Les pays qui ont rĂ©ussi dans la gestion des flux, câest le cas de Barcelone en Espagne, Venise en Italie, Istanbul en Turquie ou Vienne en Autriche.
Pour terminer ce post, je voudrais rendre hommage aux journalistes qui ont rĂ©alisĂ© le dossier traitant du Surtourisme dâune maniĂšre factuelle et professionnelle en Ă©vitant tout « Bashing » de notre industrie touristique qui est encore Ă mon avis en mode apprentissage. Puisse-t-elle apprendre de ses erreurs. Comme le dit lâadage populaire « Un poignĂ©e dâabeilles vaut mieux quâun Chouari de mouches » Â
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Merci Fouzi pour ce partage et pour cette rĂ©flexion, menĂ©e avec beaucoup de nuance. JâapprĂ©cie particuliĂšrement ton insistance sur la gouvernance, la qualitĂ© de lâexpĂ©rience et la nĂ©cessitĂ© de privilĂ©gier la valeur plutĂŽt que la seule logique du volume.
Ă mon sens, le dĂ©fi de demain ne sera peut-ĂȘtre plus dâopposer tourisme de masse et tourisme haut de gamme, mais de faire en sorte que chaque visiteur contribue davantage Ă la crĂ©ation de valeur pour les territoires, les habitants, les artisans et lâensemble de lâĂ©cosystĂšme touristique.
Le vĂ©ritable indicateur de rĂ©ussite ne sera pas uniquement le nombre dâarrivĂ©es, mais la qualitĂ© de lâexpĂ©rience vĂ©cue, la durĂ©e du sĂ©jour, le taux de retour et lâimpact Ă©conomique rĂ©el laissĂ© au niveau local.
Câest sans doute sur cette capacitĂ© Ă crĂ©er plus de valeur par visiteur que le Maroc pourra durablement renforcer son positionnement parmi les grandes destinations internationales.
Merci encore dâalimenter ce dĂ©bat essentiel.
Merci Fouzi pour cette analyse. Maintenant que jâai pris un peu de recul, je me rappelle les belles annĂ©es que jâavais passĂ©es Ă Marrakech. Ainsi que ces clients, que nous traitions dans le cadre du Mice et qui Ă©taient moins exigeants que de nos jours. Mais avaient des « Open Budgets ». Jâai aussi, comme tu le sais, beaucoup travaillĂ© avec les tours opĂ©rateurs, pour le tourisme de masse. De differentes nationalitĂ©s. Et que mĂȘme si nos produits avaient vieillis, nous arrivions Ă les faire revenir. Mais, cette fois pour des cours sĂ©jours car les Low Costs leur offraient cet avantage. Comme câest le cas pour les City break. Donc ce sont nos produits et prestations qui ne sont plus attractifs ou bien nous qui nâarrivons plus Ă les attirer. A en crĂ©er de nouveaux. Ou bien les deux. ?
Merci Fouzi pour cette analyse lucide. Ton diagnostic est juste : ce que nous vivons nâest pas du surtourisme au sens strict, mais un problĂšme de gouvernance et de planification. Nos taux dâoccupation le confirment, la capacitĂ© existe. Le vrai dĂ©sĂ©quilibre est ailleurs : sur quelques sites saturĂ©s pendant que des territoires entiers restent sous-exploitĂ©s, faute dâADT et dâune vraie rĂ©gionalisation touristique.
Je partage totalement lâidĂ©e de courir aprĂšs la qualitĂ© du visiteur plutĂŽt que le nombre. Sur le terrain, nous constatons chaque jour que le taux de retour et la durĂ©e de sĂ©jour crĂ©ent plus de valeur quâun pic de frĂ©quentation. Un client qui revient et qui recommande vaut mieux que dix qui passent une fois et repartent déçus par une mĂ©dina bruyante ou une Ă©choppe remplie de plastique.
Jâajouterais un point : cette montĂ©e en gamme ne se dĂ©crĂšte pas dâen haut. Elle suppose un secteur privĂ© qui joue le jeu, qui refuse le bradage et qui investit dans lâexpĂ©rience et lâauthentique. Tant que le low cost, les plateformes et les rĂ©seaux dictent le tempo, nous resterons preneurs de prix au lieu dâĂȘtre faiseurs de valeur.
Mention spĂ©ciale pour « Garder la mosquĂ©e au milieu du village », câest exactement le bon cadre et rien ne pourrait sonner plus juste Ă mes oreilles. Merci pour ce rappel salutaire.