A lâheure oĂč nous parlons de lâattractivitĂ© dâune destination touristique, il serait intĂ©ressant de faire un zoom sur une composante importante du produit qui nâest malheureusement pas mise suffisamment en avant dans le cadre de la promotion de Marrakech.
Nous nous positionnons comme destination culturelle, ce qui implique que nous ambitionnons de faire vivre Ă nos touristes des expĂ©riences basĂ©es sur un patrimoine qui fait rĂ©fĂ©rence Ă une histoire, des pratiques humaines, des us et coutumes, une mĂ©moire collective etcâŠ.et dans ce cas de figure, les souks sont le meilleur atout que possĂšde Marrakech pour se positionner dĂ©finitivement en tant que tel.
Les souks ne se sont pas créés comme les centres commerciaux que nous voyons ouvrir ici et lĂ , ils sont dâabord une demande de la communautĂ© en rapport avec son activitĂ© au quotidien, lieu de rencontre entre le citadin et le rural, dâĂ©change, de partage, de dĂ©couverte et de solidaritĂ©.
Les Souks Semmarine, sont les plus connus, tirant leur nom des marĂ©chaux ferrants qui Ă©taient placĂ© Ă lâentrĂ©e des souks pour ferrer les bĂȘtes pendant que les propriĂ©taires faisaient leurs emplettes dans les souks, du temps des caravaniers, premiers voyageurs reliant les pays du Sahel aux pays du Maghreb. Marrakech Ă©tant une plaque tournante du commerce et une Ă©tape entre le Nord et le Sud.
LâallĂ©e centrale qui traverse les souks et qui va de la place JamĂąa El Fna jusquâĂ la Medersa Ben Youssef et rĂ©servĂ©e en prioritĂ© aux Ă©choppes de ventes, sorte de front office en contact direct avec les clients et alimentĂ©s Ă lâorigine par les artisans qui travaillent dans les ruelles adjacentes. Les souks sont organisĂ©s en corporations de mĂ©tiers dâoĂč leurs noms : Attarines (Epiciers), Nejjarines(Menuisiers), Kassabines(Vanniers), Haddadines(Forgerons), Cherratines(Selliers), Sabbaghines(Teinturiers),Fekharines(Potiers),Dhabia( Bijoutiers) etcâŠ. des noms que lâon retrouve aujourdâhui comme patronymes de familles marocaines musulmanes et juives.
A la tĂȘte de chaque mĂ©tier, il y a lâAMINE, homme de confiance Ă©lu par ses pairs pour une pĂ©riode indĂ©terminĂ©e. Il est respectĂ© par tous les membres de sa corporation, intervient pour rĂ©gler tout litige qui peut survenir entres les membres ou entre les membres et les fournisseurs et les clients selon un code non Ă©crit mais que personne ne remet en question.
La vente aux enchĂšres ( Souk Dlala) avec le Dalal( Commissaire- priseur) qui propose aux diffĂ©rents marchands dans leurs Ă©choppes les piĂšces Ă vendre selon un rituel ancestral mettant en Ă©vidence la confiance et lâĂ©thique professionnelle et qui revient vers le vendeur pour le consulter aprĂšs un dernier tour dâenchĂšres. Tout vendeur doit ĂȘtre cautionnĂ© avant de mettre sa marchandise en vente afin dâĂ©viter tout recel de marchandises volĂ©es.
Un espace de restauration est rĂ©servĂ© Ă lâintĂ©rieur des souks TALAĂ , avec prĂ©paration de soupes, plats, beignets, crĂȘpes, thĂ© Ă la menthe , boissons , dans lequel se retrouvent les artisans Ă lâheure de la pause matinale et mĂ©ridionale pour ceux qui font la journĂ©e continue et notamment les voyageurs qui sont lĂ pour la journĂ©e.
Autre particularitĂ© des souks, câest la deuxiĂšme priĂšre de la journĂ©e , DUHR (12H30), qui est exceptionnellement dĂ©calĂ©e Ă 14H00 pour permettre aux artisans et marchands de continuer Ă commercer avant la pause mĂ©ridionale avec une reprise des activitĂ©s aprĂšs la PriĂšre dâAL ASR (16H00)
La premiĂšre Ă©choppe Ă ouvrir dans les souks, juste aprĂšs le lever du soleil, est celle dâun marchand dâaccessoires mortuaires, linceuls et autres produits servant Ă prĂ©parer le dĂ©funt pour son dernier voyage. Puis la vie sâorganise avec lâarrivĂ©e des restaurateurs ,des cafetiers, ensuite les artisans, les apprentis (MatĂąalam), les patrons (MĂąalam)et les livreur. Les boutiques ouvrent les unes aprĂšs les autres toujours selon un rituel : nettoyage, achalandage et attente des premiers clients aprĂšs avoir prononcĂ© YA FTAH YA RAZAK, remettant ainsi tout entre les mains de Dieu.
Les premiers clients arrivent vers neuf heures du matin, Ă majoritĂ© intĂ©ressĂ© par tout ce qui est alimentaire, le marchĂ© des huiles et conserves dâolives et viandes confites (KhliĂą) jouxtant le marchĂ© de BAB FTOUH ou vers RAHBA LKDIMA ( fruits, lĂ©gumes, poissons , viandes, escargots, aromates, grains) . Les premiers touristes viennent vers onze heures, individuellement , les groupes encadrĂ©s prĂ©fĂšrent plus lâaprĂšs midi malheureusement pour une visite au pas de charge , sans vraiment prendre le temps de flĂąner et de dĂ©couvrir les milles et une facettes de ces lieux mythiques. Les nationaux affluent Ă partir de 16h00 des diffĂ©rents quartiers de la mĂ©dina, de lâarriĂšre pays environnant et Ă©galement des autres villes du royaume.
Tout est couleurs, odeurs, rires, incantations, petites phrases espiĂšgles et jeux entre clients et marchands, car il ne faut pas oublier quâici le marchandage est institution avec ses rĂšgles : le juste prix, câest du win win et Ă ce jeu, il faut ĂȘtre trĂšs patient , avoir suffisamment dâarguments et un minimum dâexpĂ©rience.
Les souks ferment aprĂšs la derniĂšre priĂšre du jour ( Isha ) , ne sont plus sensĂ©s circuler que les riverains, sous lâoeil expert des «Bayats» qui veillent Ă la sĂ©curitĂ© , armĂ©s de bĂątons et surtout de leur voix qui suffit Ă dissuader les plus tĂ©mĂ©raires. A ma connaissance, aucun vol par effraction nâa jamais Ă©tĂ© commis dans les souks.
Les marchands de tapis, communĂ©ment appelĂ©s «Bazaristes», ont Ă©tĂ© les vĂ©ritables VRP de lâartisanat marocain, sillonnant le monde depuis les annĂ©es « 20 » au grĂšs des expositions universelles et les foires intercontinentales. Ils sont les premiers notables «bourgeois» de la ville, participant Ă lâĂ©conomie mais Ă©galement Ă toutes les activitĂ©s quâelles soient dâordre social, culturel ou sportif. LâĂ©quipe de football de Marrakech, KACM ( Kawkab Athletic Club Marrakech) a toujours Ă©tĂ© financĂ©e et entretenue en grande partie par eux, lui permettant de briller aussi bien en championnat quâen coupe du trĂŽne, le seule Ă©quipe Ă avoir remportĂ© le trophĂ©e 3 annĂ©es dâaffilĂ©es.
Aujourdâhui hĂ©las, beaucoup de choses ont changĂ©, Ă commencer par lâinvasion des produits chinois, des contrefaçons, du plastique qui remplace le cuir et les produits vĂ©gĂ©taux , cela finit par dĂ©valoriser un patrimoine et risque de faire perdre son Ăąme Ă ce lieu mythique. Les professionnels devraient prendre conscience de ce phĂ©nomĂšne et revenir aux fondamentaux.
Ils se plaignent que les touristes nâachĂštent plus et rejettent la faute sur les agences de voyages qui dirigent de plus en plus les groupes vers des centres artisanaux ou Ă Sidi Ghanem, le quartier industriel qui est devenu plus artisanal avec la dĂ©localisation dâune partie de lâartisanat, notamment le fer forgĂ©, le bois, les tissus, les bougies ainsi que les mĂ©tiers de la dĂ©coration. Câest un faux procĂšs, car ce quartier est plus rĂ©servĂ© aux produits Ă exporter dans le cadre de Vision 2015 dĂ©crĂ©tĂ©e par le MinistĂšre de lâartisanat en 2006 et qui ambitionne de positionner lâartisanat national au top de lâexportation.
Les souks mĂ©ritent quâen on fasse une bonne promotion Ă commencer par un site internet dĂ©diĂ©, des brochures multilingues, une rĂ©habilitation des espaces Ă lâorigine, lâinterdiction de vente de produits autres quâartisanaux, une signalĂ©tique adaptĂ©e, une sĂ©curitĂ©, un accompagnement et une formation aux mĂ©tiers de vente sans harcĂšlement, avec le sourire et cette fameuse gouaille marrakchie, jamais insolente et toujours sympathique.
Un patrimoine à préserver, il est la fierté de notre destination.
Bonsoir ,
La question de la préservation du patrimoine , est au centre de toute politique de développement . Nos médinas sont le berceau et le conservatoire de notre patrimoine culturel avec tout ce que ça englobe ( traditions , métiers , savoir vivre ) matériel et immatériel .Malheureusement , nos médinas ont étés abandonnés et ouvertes à des nouveaux exploitants ( marchants de sommeils ) qui ont transformé les maisons traditionnelles en habitùt multifamilial ou en Riad .
Nos médinas sont entrain de perdre progressivement leur autenticité . Pour la rénovation et la transformation des lieux , des matériaux industrialisés sont souvent utilisés sur les façades des Úchopes ( Aluminium , plastiques , céramiques etc ) ce qui dénature ce patrimoine architectural .
Dâun autre cĂŽtĂ© les produits chinois et autres pays asiatiques remplacent progressivement les produits artisanaux sur les Ă©tales des Ăšchopes , ce qui dĂ©nature profondĂšment ce patrimoine .
Que faire ?
Des agences de conservation du patrimoine sont à créer dans toutes les régions du Maroc avec mission de Préserver et de sauvegarder le patrimoine .
Des exemples rĂšussis existent , il suffit de sâen inspirer .
Cher Fouzi, tu mâas redonnĂ© le goĂ»t dâaller flanner dans les ruelles du Souk Semmarines comme je le faisais quand jâĂ©tais enfant! Mais saches que dans tous nos programmes de groupes Ă vocation culturelle, nous incluons la visite des mĂ©tiers auxquels tu as fait rĂ©fĂ©rence. Et nos clients en sont plus quâenchantĂ©s que nos guides qui nâarrivent pas Ă contrĂŽler la cadence devant lâadmiration des clients qui prennent des photos et ceux qui veulent en savoir plus sur les arts des mĂ©tiers quâexcercent nos artisants traditionnels. Il nous arrivent mĂȘme pour les groupes incentives Et notre agence nâen fait pas exception) de programmer des chasses au trĂ©sor dans les souks. et, trĂšs souvent nous faisons appel Ă lâingĂ©niositĂ© des artisants pour les astuces et mĂȘme Ă leur participation. Nous accordons un temps libre pour les achats et les visites se terminent par la dĂ©gustation dâun thĂ© Ă la menthe sur la terrasse du cafĂ© des Voyageurs connu par les guides pour le cafĂ© glacier. Les clients retrouvent souvent et seuls le chemin des boutiques oĂč ils avaient repĂ©rĂ© un article ou objet artisanal (et pas chinois) dont ils nâavaient pas pu mieux nĂ©gocier le prix Ă cause de la com du guide. En tout cas barvo pour le descriptif des mĂ©tiers de ce fameux Souk de la ville Ocre.