Les derniers chiffres du mois dâoctobre publiĂ©s par lâObservatoire du Tourisme, sont inquiĂ©tants car la baisse constatĂ©e au mois de septembre se confirme surtout au dĂ©part du marchĂ© français, et les rĂ©servations pour les fĂȘtes de fin dâannĂ©e, ne semblent pas inflĂ©chir cette courbe. Les TO français se plaignent de cette baisse drastique qui trouve son origine en 2009 dĂ©jĂ . Dans ce climat morose, le marchĂ© interne lui est en pleine croissance et devrait avoir de beaux jours devant lui, si toutefois on consent Ă lui donner toutes les chances pour continuer Ă progresser.
En effet, le tourisme interne reprĂ©sente aujourdâhui 27% des nuitĂ©es nationales en hĂ©bergement classĂ©, soit plus de 4M de nuitĂ©es et occupe ainsi la deuxiĂšme place juste aprĂšs le marchĂ© français. Or , il nâa pas bĂ©nĂ©ficiĂ© dâattention particuliĂšre de lâONMT ou du MinistĂšre du Tourisme. Jâentends par lĂ , pas de campagne co marketing avec les professionnels, pas de subventions spĂ©ciales avec lâONCF, la CTM ou la RAM pour transporter les familles marocaines et pas de voyages de presse et de familiarisation dans des destinations qui mĂ©ritent dâĂȘtre dĂ©couvertes par les nationaux.
Les quelques initiatives que lâon peut mettre Ă lâactif de lâONMT et du MinistĂšre restent encore en deçà des attentes des professionnels et des nationaux et on en est encore Ă lancer des campagnes sporadiques comme pour se donner bonne conscience. Pourtant, encore une fois, le marchĂ© interne est aujourdâhui une rĂ©alitĂ© et ne pas le prendre en considĂ©ration serait faire figure dâamateurisme. Cela sâadresse particuliĂšrement aux agences de voyages qui ne sâimpliquent pas suffisamment et laissent de fait la place aux sites de deals qui en font aujourdâhui leur prioritĂ©.
DâaprĂšs les statistiques officielles, 59% des marocains partent en voyages dont seulement 6% utilisent de lâhĂ©bergement classĂ©. Avec une durĂ©e moyenne de sĂ©jour de 4,4 jours soit un peu plus que la moyenne des sĂ©jours de touristes Ă©trangers. En 2013, on a enregistrĂ© 2,4 M de sĂ©jours nationaux pour un chiffre dâaffaire de 22 Milliards de Dirhams soit 25% des recettes du tourisme.
Alors imaginons que lâon mette en place de vĂ©ritables leviers pour permettre au nationaux de voyager et de toucher des foyers qui sont aujourdâhui dans lâimpossibilitĂ© dâaccĂ©der au produit touristique national, pour une question de budget. Car malheureusement, entre lâalimentaire, lâĂ©ducation, la santĂ©, lâĂ©quipement, lâhabillement et le transport, en supposant que tous les marocains sont propriĂ©taires de leur logement, ce qui nâest pas le cas, il ne reste plus de place pour le loisir et encore moins pour les vacances.
Imaginons donc, que les marocains moyens puissent Ă©pargner pour de vraies vacances, pas chez la famille, pas dans des locations oĂč la mĂšre est encore contrainte aux tĂąches mĂ©nagĂšres, mais dans unitĂ©s touristiques, des clubs de vacances, des hĂŽtels ou encore des campings derniĂšre gĂ©nĂ©ration. Imaginons enfin que les employeurs que ce soit le secteur public ou le privĂ© puissent bonifier cette Ă©pargne sous forme dâune prime dĂ©fiscalisĂ©e Ă condition que cette Ă©pargne soit rĂ©servĂ©e exclusivement aux vacances familiales. Cette Ă©pargne serait matĂ©rialisĂ©e sous la forme dâune carte vacance, avec un montant dĂ©terminĂ© en fonction du salaire et utilisable auprĂšs dâentreprises touristiques qui auront adhĂ©rĂ© au principe fondamental.
Le MinistĂšre du Tourisme a lancĂ© un sondage auprĂšs de 1000 salariĂ©s dont 300 du secteur public et les rĂ©sultats dĂ©montrent bien que plus de 70% seraient intĂ©ressĂ©s par ce type dâĂ©pargne et 85% pourraient basculer vers de lâhĂ©bergement classĂ©.
La carte vacance pourrait donc bien ĂȘtre un levier pour le dĂ©veloppement du tourisme interne qui devrait Ă terme, horizon 2020, toucher plus de 2M de salariĂ©s tout secteurs confondus. Outre le fait de procurer un bien ĂȘtre aux familles, le break des vacances aurait un effet stimulant en terme de rentabilitĂ© pour les entreprises. De plus câest autant dâemplois crĂ©es dans le secteur du tourisme, une maniĂšre de faire basculer lâinformel vers le formel, des rentrĂ©es fiscales supplĂ©mentaires pour lâEtat et une pĂ©rennitĂ© pour le tourisme en gĂ©nĂ©ral.
Câest sur ce projet quâactuellement les professionnels du tourisme travaillent en partenariat avec le MinistĂšre du Tourisme. Il a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© lors du dernier CST aux membres du gouvernement et devrait recevoir en principe un avis favorable de la part de la DGI et du MinistĂšre des finances. Reste Ă convaincre la CGEM, les syndicats et le MinistĂšre de la Fonction Publique.
Aux derniĂšre nouvelles, lâONMT serait en cours dâintĂ©gration du marchĂ© interne dans sa stratĂ©gie marketing. Des outils en direction des agences de voyages seront mis en place, avec une meilleure connaissance du produit et lâutilisation du web pour une meilleure distribution. Une nouvelle approche envers les nationaux dâici et dâailleurs: un challenge que les entreprises touristiques auront Ă Â relever dâurgence.

Mr Zemrani Bonjour
TrĂšs bon article. Un peu difficile Ă suivre dans la partie concernant cette Ă©pargne dont vous parlez. Donc pour bien vulgariser cela va falloir ĂȘtre trĂšs clair pour ĂȘtre compris par le la majoritĂ© des Marocains.Merci
Jâai aussi pensĂ© Ă appĂąter et Ă retenir une partie de ces Nationaux qui partent passer leurs vacances Ă lâĂ©tranger
Effectivement, il y aura un travail pĂ©dagogique aussi bien vers les entreprises que vers les salariĂ©s. Le sondage qui a Ă©tĂ© effectuĂ© est prometteur mais insuffisant pour le moment. De plus cela devrait ĂȘtre volontaire de la part des deux parties. Je nâai pas voulu Ă©tayer lâapproche Ă ce stade en attendant la rĂ©ponse du patronat et des syndicats, puis celle de la DGI et des ministĂšres intĂ©ressĂ©s. Merci pour votre interet.
Bonsoir Fouzi !
Voyons voyons , le tourisme interne semble ne plus ĂȘtre considĂ©rĂ© cinquiĂšme roue du carrosse..!
Il nâa cessĂ© de montrer sa rĂ©silience aux alĂ©as conjoncturels, et lâon se retrouve une fois de plus â sans surprise â dans la mĂȘme tendance, eu Ă©gard au dĂ©samour concomitant et assez prononcĂ© en ce 4Ăšme trimestre portĂ© par les français Ă notre destination aprĂšs lâappel Ă vigilance du Quai dâOrsay qui a fait de considĂ©rables dĂ©gĂątsâŠ
La place du tourisme interne dans la politique publique est appelĂ©e Ă sâaffirmer davantage, câest infailliblement un solide levier de croissance du tourisme marocain.
Excellent article pour un sujet non moins intĂ©ressant. JâadhĂšre totalement a cette analyse.
Toutes les grandes destinations touristiques ont construit leur industrie du tourisme sur le socle de la clientĂšle nationale qui est toujours fidĂšle et rĂ©ponds prĂ©sent mĂȘme en periode de crise. Toute mesure dâencouragement et/ou incentives pour la profession allant dans le sens de dĂ©velopper davantage ce secteur est souhaitable et devrait ĂȘtre sĂ©rieusement et rapidement considĂ©rĂ©e par les autoritĂ©s de tutelle.