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Les effets pervers de l’Open Sky

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Le 12 février 2004, lors des assises du Tourisme de Casablanca, la lettre Royale a acté  la libéralisation du ciel marocain pour réduire le cout du transport aérien, assurer une plus grande fluidité et une desserte appropriée et directe entre les marchés émetteurs et les zones touristiques.

Le 12 DĂ©cembre 2006,  signature de l’accord global d’intĂ©gration aĂ©rienne entre l’Union EuropĂ©enne et le Maroc : ouverture effective du ciel marocain Ă  toutes les compagnies aĂ©riennes EuropĂ©ennes, rĂ©guliĂšres et Low Cost. Cet accord supprimait en outre toutes les restrictions de capacitĂ©s et permettait d’attirer de nouveaux entrants  tout cela pour contribuer Ă  l’objectif de la vision 2010, Ă  savoir 10 millions de touristes.

Le MinistĂšre du Tourisme Ă  travers l’ONMT a encouragĂ© et facilitĂ© l’entrĂ©e de nouvelles compagnies pour desservir point Ă  point des destinations jusque lĂ , enclavĂ©es telles que Fez, Ouarzazate, Oujda (SaĂŻdia) et d’autres en phase de croissance comme Agadir ou Marrakech.

Les compagnies nationales Low Cost crĂ©es pour accompagner cette dynamique ont aujourd’hui cessĂ© leur activité : Atlas Blue et Jet4you ne pouvant lutter avec la dĂ©ferlante des compagnies Ă©trangĂšres bien rodĂ©es avec plus de capacitĂ© et un meilleur positionnement sur le web.

Si on devait faire le bilan aujourd’hui de cette ouverture, on constaterait effectivement une croissance des compagnies desservant le Maroc avec une nette prĂ©dominance des Low Cost et une rĂ©gression des charters et des lignes rĂ©guliĂšres, notamment celles desservies par la compagnie nationale RAM. Ce nouveau modĂšle n’est pas sans effets pervers sur l’industrie du tourisme en gĂ©nĂ©ral et la destination Maroc en particulier.

Le grand perdant de cette ouverture est sans aucun doute, le marchĂ© du loisir via les TO classiques, qui ont Ă©tĂ© happĂ©s par  l’offre des Low Cost, permettant aux touristes de voyager moins longtemps, au lieu des 8 jours imposĂ©s par les TO, mais aussi plus souvent grĂące Ă  leurs tarifs attractifs. Ajouter Ă  cela la mise en place de TO en ligne, alimentĂ©s par des hĂŽteliers cherchant l’équilibre  et des hĂ©bergeurs occasionnels offrant un exotisme et des facilitĂ©s et  vous constaterez le flou artistique auquel sont confrontĂ©s les professionnels du voyage Français et Marocains.

De plus, on remarquera que certaines compagnies low cost, se sont plus intĂ©ressĂ©es au marchĂ© ethnique des MRE au lieu de dĂ©velopper des lignes touristiques pures, profitant des largesses du MinistĂšre du Tourisme et fragilisant la compagnie nationale qui pensait avoir un acquis sur ce segment de clientĂšle. Sur ce point principalement, on remarquera la rĂ©action de la compagnie RYANAIR qui a dĂ©cidĂ© derniĂšrement l’annulation de 34 vols Ă  destination du Maroc le 1er octobre prochain.

Cette annonce a créé la polĂ©mique  et semĂ© le doute au sein des professionnels marocains  dĂ©jĂ  bien impactĂ© par une tendance baissiĂšre alarmante. Cette annonce parle  en fait d’une diminution de 100.000 touristes, de pertes d’emplois et de dĂ©penses touristiques pour un montant de 50M d’Euros ? Or, lorsqu’on regarde les lignes affectĂ©es, on se rend compte que 75% de ces lignes opĂšrent sur le segment ethnique, opĂ©rationnel principalement durant les vacances d’étĂ©, donc  saisonniĂšres et vouĂ©es Ă  la fermeture dĂ©s la fin des derniers retours de RME.

D’autre part, Ryanair se plaint d’augmentations des couts de la part de l’ONDA qu’elle qualifie d’irrĂ©alistes. Or l’ONDA n’est pas en contact direct avec les compagnies, ceux sont les Handlers qui facturent les frais d’assistance, ces Handlers sont au nombre de 2 en plus de Ram Handling opĂ©rateur national, sĂ©lectionnĂ©s sur un appel d’offre avec un  CPS rigoureux privilĂ©giant la sĂ©curitĂ© et le confort des passagers.  Les Handlers traitent avec les compagnies sans aucune intervention de l’ONDA, lesquelles compagnies ont toute la latitude de les mettre en concurrence et de choisir leur prestataire en toute libertĂ©. Ce que RYANAIR ne dit pas, c’est que son Handler de rĂ©fĂ©rence, avec lequel elle avait des accords prĂ©fĂ©rentiels, n’a pas Ă©tĂ© retenu lors du rĂ©cent appel d’offre et de ce fait, elle doit se trouver un autre Handler et nĂ©gocier ses prestations.

Maintenant sur les redevances aĂ©roportuaires appliquĂ©es par l’ONDA, il faut savoir qu’elles restent biens inferieures aux autres aĂ©roports du bassin mĂ©diterranĂ©en notamment sur les villes autres que Casablanca comme Marrakech ou Agadir ou Rabat. D’autre part, la baisse de la taxe d’équipement aĂ©roportuaire  (TEA) sur l’ensemble des aĂ©roports marocains environ 12€ par passager a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  toutes les compagnies desservant le Maroc et cela dans le but de booster le trafic touristique.

Donc, le procĂšs fait aux autoritĂ©s du Tourisme  marocain et Ă  l’ONDA  par RYANAIR est Ă  mon sens irrecevable. Il faut donc chercher l’objectif de ses retraits ailleurs.  Pour cela, il faut juste rappeler que 11 mai 2012, RYANAIR avait mis en garde la commission EuropĂ©enne qui enquĂȘtait sur les accords des aĂ©roports low cost , en agitant le spectre de rĂ©duction de ses lignes au dĂ©part et vers Marseille base qu’elle avait dĂ©jĂ  abandonnĂ© en octobre 2010 suite Ă  l’ouverture judiciaire par l’Etat français pour refus de payement d’impĂŽts par la dite compagnie.

Il semblerait que RYANAIR aurait cherchĂ© Ă  ouvrir une base Ă  Marrakech Ă  moindre frais, c’est Ă  dire que tout lui serait offert notamment le parking pour ses avions et l’hĂ©bergement pour ses Ă©quipages dans un hĂŽtel qu’elle construirait sur un terrain offert par l’Etat marocain !  Tout cela alors qu’elle enregistre des baisses de trafic de l’ordre de 33% depuis l’annĂ©e derniĂšre.

Franchement, notre pays a fait beaucoup d’efforts en matiĂšre d’ouverture, souvent au dĂ©triment des entreprises nationales qui n’étaient pas prĂȘtes au moment de la signature de ses accords. Les premiers Ă  en avoir fait les frais sont les agences de voyages avec la rĂ©duction de la commission sur les vols puis la disparition des petits TO. Maintenant, c’est les hĂŽteliers qui en pĂątissent et demain ce sera l’ensemble de la chaine du tourisme.

Il est un fait indĂ©niable,   nous avons besoin de capacitĂ©s aĂ©riennes supplĂ©mentaires pour drainer une clientĂšle complĂ©mentaire et couvrir notre offre litiĂšre en constante croissance.  Pour cela nous devons avant tout amĂ©liorer l’attractivitĂ© de notre destination et non subir le diktat de compagnies qui n’ont pas d’état d’ñmes Ă  partir si l’herbe est plus verte ailleurs. L’effort de promotion de la destination a toujours Ă©tĂ© fait par la destination et non par les compagnies aĂ©riennes, c’est la demande liĂ©e Ă  l’attrait qui crĂ©e l’ouverture de ligne et non l’inverse. Et c’est le cas pour toutes les destinations qui marchent.

6 Commentaires

  1. Bonjour, Il faut ĂȘtre assez prudent dans la diffusion de ces informations. Les compagnies Low Cost ne quittent pas le Maroc! Ryan air comme Easy Jet reconsidĂšrent leur programme global au dĂ©part de l’Espagne, pays en pleine crise et oĂč la demande locale gĂ©nĂ©rĂ©e est entrain de s’effondrer comme neige au soleil au soleil (20% de la population active au chĂŽmage, le reste sont dans l’angoisse des lendemains !). Sur ce mĂȘme pays, la population RME, qui fait le lit de ces compagnies en en pleine crise de chĂŽmage Ă©galement (50% des RME ont perdus leurs emplois et on parle de 500 Ă  700 mille RME rentrĂ©s au pays en attendant des jours meilleurs). A rajouter que durant la saison hiver , qui commence pour les Cies Ă  compter du 1er novembre, la demande gĂ©nĂ©rale baisse drastiquement . Enfin un Ă©lĂ©ment technique cruciale , le temps de vol moyen entre l’Espagne et le Maroc est de 1h15 ( entre 1h sur Madrid Tanger Ă  1h 15 DE Barcelone ou 1h30 Casablanca) ne permet pas d’amortir les frais d’escale, qui eux sont fixes pour un mĂȘme avion, qu’il viennent de Paris 3h ou de Londres 3h20 et donc sa part dans le coĂ»t de la rotation est important et difficilement couvert lorsque la demande et donc le revenu du vol baisse faute de clients ou faute de prix moyen Ă©levĂ©. C’est pourquoi les avions de ces deux compagnies basĂ©s en Espagne, vu les perspectives pour 2013, sont probablement entrain d’ĂȘtre dĂ©ployĂ©s ailleurs. et c’est pourquoi les « suspensions » ( le terme est utilisĂ© par ces compagnies au lieu « d’annulation », devinez pourquoi) concernent en trĂšs grande partie l’Espagne. Les annulations de Londres Marrakech sont consĂ©cutives Ă  l’augmentation des frĂ©quences de British Airways sur cette ligne ou elle augmente de 4 frĂ©quences hebdo en remplacement numĂ©rique de 2 frĂ©quences annulĂ©es par Ryan Air et de deux vols de BMI, filiale de BA qui la remplace sur cette ligne. Un Ă©lĂ©ment de rĂ©flexion: ces compagnies low cost ne quittent pas Casablanca (hors Espagne mais cela parce que leur programme Espagne est global et conditionne toutes les dessertes de ce pays) alors que le cout du Handling de Casablanca est le plus cher du Maroc ! Alors, n’alimentons pas la stratĂ©gie de » pression » qui peut ĂȘtre exercĂ©e sur nous et ne donnons pas l’impression aux clients potentiels que les capacitĂ©s aĂ©riennes seront rĂ©duites globalement ou les prix renchĂ©riront ! Le business est fondĂ© sur l’opportunitĂ© et la nature a horreur du vide ! Bon week end

  2. Tout en partageant une bonne partie des affirmations de Fouzi, je voudrais rappeler que l’evolution des lowcosts est un phenomene global qui affecte/beneficie a l’ensembe des pays et particulierement ceux qu’on qualifie de developpĂ©s. Aujourd’hui Ryanair transporte plus de passagers que BA ou que AF et les lowcost deviennent des acteurs incontournables meme pour des destinatiomns comme les USA,la France, Espagne, Grece et UK.Le Maroc etant dans une position de demandeur et misant sur l’industrie du tourismese comme vecteur de developpement,et n’ayant pas reussi a creer ses propres compagnies aeriennes comme la Turquie ou l’Egypte, doit trouver le moyen appropiriĂ© pour gerer convenablement cette situation et renforcer son attractivitĂ© pour tous les operateurs de l’aerien.

  3. En y ajoutant l’annonce de la veille de easyJet, cela donne (1) une sonnette d’alarme Ă  l’attention des Pouvoirs publics, (2)des options sĂ©rieuses pour de nouveaux developpements pour la RAM et (3) un appel trĂšs fort pour le « retour » en force des charters et des TOs !!!
    A quelque chose malheur DOIT pouvoir étre bon !!!

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