Le moins que lâon puisse dire est que le projet de la loi de finances 2014 nâa pas Ă©tĂ© propice pour le secteur du tourisme et cela confirme la rumeur qui disait que le Tourisme nâĂ©tait hĂ©las plus dans les prioritĂ©s du gouvernement.
Le bon sens aurait voulu que les secteurs productifs puissent bĂ©nĂ©ficier de budgets consĂ©quents afin de mener Ă bien les chantiers en cours et le tourisme est aujourdâhui un des rares secteurs Ă participer Ă lâĂ©quilibre de la balance commerciale du pays par le rapatriement de devises effectuĂ© par ses acteurs. Cette bourde semble avoir Ă©tĂ© quelque peu rectifiĂ©e par le rĂ©cent amendement proposĂ© par le Ministre du Tourisme et qui instaure une taxe Ă compter du 1er avril 2014 pour la promotion du tourisme et lâappui au fonds de la cohĂ©sion sociale.
Depuis, les commentaires vont bon train sur la maniĂšre dont cette taxe sera perçue et utilisĂ©e et dâaucuns avancent que la prioritĂ© sera pour lâaĂ©rien sans pour autant prĂ©ciser le comment du pourquoi de la chose.
Tout dâabord, on annonce que cette taxe serait prĂ©levĂ©e sur les Ă©missions des billets dans le cadre des liaisons aĂ©riennes Ă lâinternational, sans prĂ©ciser les lieux des Ă©missions de ces billets? Sâil sâagit dâĂ©missions au Maroc, ce qui semble ĂȘtre le cas, cela concerne uniquement les voyageurs nationaux et rĂ©sidents qui seront de ce fait taxĂ©s lors de leurs dĂ©placements Ă lâĂ©tranger, en gros les hommes dâaffaires, les Ă©tudiants, les pĂšlerins ( Hadj&Omra) et quelques rares touristes nationaux qui prennent lâavion pendant leurs vacances. En principe les MRE Ă©mettent leurs billets au dĂ©part de leurs pays de rĂ©sidence et ne seront pas redevables de cette taxe. Je nâai pas les chiffres exacts du nombre de billets Ă©mis toutes compagnies rĂ©guliĂšres confondues, mais cela ne doit pas aller chercher trĂ©s loin. Il est bien entendu que les lowcost, Ă part Air Arabia, ne font pas dâĂ©mission au dĂ©part du Maroc ou trĂšs peu, vu la contrainte de vente par internet et par carte de crĂ©dit.
En dĂ©finitive, cette taxe va toucher les nationaux et rĂ©sidents pour subventionner le tourisme? Cette taxe nâaurait de sens que si elle est appliquĂ©e Ă tous passagers transitants par les aĂ©roport nationaux, quelque soit le pays dâĂ©mission de leurs titres de transport et quelque soit la compagnie qui les transporte.
Cette taxe devrait Ă©galement ĂȘtre appliquĂ©e Ă tous les passagers par voie maritime aux diffĂ©rents ports marocains : les croisiĂ©ristes, les caravaniers, les MRE et Ă©galement les nationaux qui traversent le dĂ©troit chaque annĂ©e pour des sĂ©jours plus ou moins long en Europe et plus spĂ©cialement en Espagne.
Enfin, pour complĂ©ter le tout, cette taxe devrait Ă©galement ĂȘtre appliquĂ©e Ă Sebta et Melia pour pour tout passage hormis les frontaliers.
La taxe de promotion touristique est une initiative des professionnels du tourisme dans les annĂ©es 80 pour donner Ă lâONMT les moyens de faire la promotion. Il sâagissait Ă lâĂ©poque, de 1 dh par personne et par nuit tout Ă©tablissements dâhĂ©bergement confondus Ă lâexclusion des campings.
Malheureusement, avec le temps, cette taxe a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour le fonctionnement de lâoffice qui Ă©tait devenu budgĂ©tivore avec une masse salariale incontrĂŽlable et des frais de gestion faramineux.
Pour rappel, la FNT en dĂ©cembre 2004, dans le cadre du renforcement du budget de lâONMT, avait proposĂ© de sortir lâassiette de la TPT du pĂ©rimĂštre hĂŽtelier et de la dĂ©placer vers les titres de transports internationaux en lâaugmentant de maniĂšre substantielle. Cette option nâa pas Ă©tĂ© retenue par le Ministre des Transports du moment, qui Ă©tait en pleines tractations pour lâouverture du ciel, et ne voyait pas dâun bon oeil le transfert de cette taxe des hĂŽtels vers les compagnies aĂ©riennes et le plus frustrant est quâil nây a mĂȘme pas eu dĂ©bat sur cela.
Lors dâun conseil stratĂ©gique du Tourisme en Juillet 2005, la FNT est revenue Ă la charge, toujours dans le cadre de la refonte du budget de lâONMT, avec une taxe unique entre 50 et 100 dh, payable par tous les touristes Ă la sortie des frontiĂšres Ă lâinstar de ce qui se faisait dans certains pays comme Cuba, la RĂ©publique dominicaine, la ThaĂŻlande ou la Malaisie. Cette nouvelle option aurait permis de faire Ă©voluer la TPT de 55M Ă 560M en 2006. Malheureusement, il ne fut donnĂ© aucune suite Ă cette proposition.
Il a fallut attendre 2007 et toujours sur proposition des professionnels pour faire Ă©voluer cette taxe et lâĂ©largir Ă lâensemble des Ă©tablissements touristiques conformes Ă la loi 61/00 en Ă©tablissant une fourchette comprise entre 15 dh et 1 dh, selon la catĂ©gorie et le classement de lâĂ©tablissement.
En lâĂ©tat, cette TPT est dans lâincapacitĂ© de rĂ©pondre Ă la promotion du pays, bien quâaujourdâhui tous les Ă©tablissements sâen acquittent et sans budget additionnel de lâĂ©tat, les objectifs de la vision 2020 seront rĂ©ellement compromis.
La nouvelle taxe pourrait complĂ©ter la TPT actuelle, voire la booster, Ă condition quâelle soit Ă©largie comme proposĂ© plus haut sans pour autant stigmatiser tel ou tel contribuable, mais bien dans le sens de rĂ©pondre aux ambitions de la vision 2020, qui fait du tourisme un vĂ©ritable levier Ă©conomique et social.
Jâaimerais apporter une clarification concernant les personnes assujetties Ă cette taxe.
Elle ne sera pas appliquĂ©e uniquement aux passagers marocains mais Ă toute personne qui quittera le Maroc depuis un aĂ©roport marocain. Elle concerne de ce fait soit lâaller dâun habitant au Maroc, soit le retour dâun Ă©tranger se rendant au Maroc.
De ma part, je pense que ce qui nuit vĂ©ritablement Ă lâessor de lâactivitĂ© touristique au Maroc, câest lâincompĂ©tence et lâamateurisme qui rĂšgnent partout ⊠Par miracle, tout le monde ose porter la casquette de « professionnel » et « expert » en tourisme âŠ
Revenons Ă la TPT, personnellement je ne vois aucune utilitĂ© de faire payer un touriste Ă©tranger cette taxe lors de son passage aux diffĂ©rents Ă©tablissements dâhĂ©bergement ⊠Pourquoi devront ils promouvoir un pays qui nâest pas le leur ?
En ce qui concerne cette nouvelle taxe, câĂ©tait juste pour essayer de trouver un moyen de combler la baisse du budget allouĂ© au MinistĂšre du Tourisme âŠ
Je ne conteste pas le principe, mais je ne suis pas dâaccord sur les points suivants:
â Le montant de cette taxe parafiscale.
100 Dhs par billet constitue souvent plus de 10% du tarif HT dâun aller simple Maroc â Europe sur les compagnies low cost et mĂȘme sur les tarifs promos des compagnies rĂ©guliĂšres.
Les recettes attendues, selon les dĂ©clarations du Ministre du tourisme, permettraient dâassurer Ă lâONMT 400 Millions de Dhs supplĂ©mentaires, ce montant est nettement supĂ©rieur Ă ce que lâĂ©tat alloue annuellement Ă lâONMT (360 Millions de Dhs). Cette taxe devrait en principe apporter conjoncturellement le dĂ©ficit budgĂ©taire de lâONMT au lieu de ca, on substitue la participation du trĂ©sor par une taxe parafiscale.
â Le manque dâĂ©tude prĂ©alable pour Ă©valuer cette taxe, ces retombĂ©es et ses implications.
â Aucune concertation avec les professionnels (Agents de voyages) pour annoncer la dĂ©marche.
â Cette taxe dâaprĂšs les informations recueillis (Puisque le projet dâamendement nâa pas Ă©tĂ© publiĂ©) semble ĂȘtre discriminatoire, puisquâelle ne touchera apparemment que les Marocains qui achĂšteront leur billets au Maroc. Tout les billets achetĂ©s de lâĂ©tranger ou sur des plateformes e-commerces internationales ne seront pas soumis Ă cette taxe.
Cela dit, ce qui mâĂ©tonne câest la satisfaction dĂ©clarĂ©e des prĂ©sidents de nos fĂ©dĂ©rations. Ont ils Ă©tĂ© dans la confidence ? et pourquoi avoir gardĂ© le secret ? De quoi avaient ils peur ?
Des rĂ©ponses sâimposent .
Tout dâabord, on ne fera jamais assez le mĂȘme constat : le Transport AĂ©rien est bel et bien la vache Ă traire des Gouvernements, mais câest toujours le consommateur qui paie
En 2008/2009 dans un rapport du Consumer Protection Cooperation intitulé « CPC Report on
Airlinesâ Taxes, Fees, Charges, and Surchargesâ, Ă partir dâune enquĂȘte menĂ©e auprĂšs des 24 compagnies AĂ©riennes rĂ©guliĂšres, aussi bien emblĂ©matiques que Low Cost , il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que sur les 100% de taxes, charges et surcharges gouvernements et aĂ©roports imposent 41%, les 59% sont exigĂ©s par les compagnies aĂ©riennes sous forme de surcharges Fuel (52%) et 5% en charges diverses
Ce faisant lâUE entendait confĂ©rer plus de transparence Ă la politique de pricing des compagnies aĂ©riennesâŠComme nous sommes loins de cette Culture, nos gouvernements peuvent inventer et nous soutirer les taxes qui leur convient, collectĂ©es de la bourse du pauvre consommateurâŠDans le mĂȘme contexte je signalerais quâune taxe du mĂȘme type sera introduite en Tunisie, mais dans des proportions beaucoup plus modestes par rapport Ă nos frĂšres Marocains (1 Euro). Elle viendra toutefois gonfler le timbre de Voyages imposĂ©s aux rĂ©sidents Tunisiens (40 Euros).
Le point le plus saillant que vous avez soulevĂ© dans cette analyse et que je partage entiĂšrement avec vous est comme suit : Il est inconcevable et injuste en effet, de taxer uniquement les Ă©missions de billets au dĂ©part du Maroc. Il aurait fallu bien cerner le pĂ©rimĂštre dâapplication de cette taxe avant de lâapprouver de maniĂšre Ă ce quâaucune partie ne soit lĂ©sĂ©e.
Comment ce point là aurait-il pu échapper à nos responsables?
Tout dĂ©placement Ă destination du Maroc et/ou incluant un transit par les aĂ©roports marocains doit ĂȘtre soumis Ă la mĂȘme rĂšgle.
A bon entendeur.
Il eut Ă©tĂ© plus constructif dây inclure une rĂ©forme de la TPT (voire de la TCS aussi par la meme occasion!?) en capitalisant sur lâessai avortĂ© (sans dĂ©bat rĂ©el!)en 2004 puis 2005 !
A savoir dĂ©fiscaliser les nuitĂ©es une fois pour toute : controler quelques dizaines dâentreprises structurĂ©es (compagnies aĂ©riennes et de navigation) est bien plus facile et rentable (!) que controler des centaines dâhotels plus ou moins structurĂ©s.
Le LĂ©gislateur eut fait dâune pierreâŠ.2 rĂ©formes !
A rattraper en 2015 ?!