De toutes les industries, le tourisme est Ă mon sens le seul Ă avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© pleinement des innovations en matiĂšre de nouvelles technologies et plus particuliĂšrement de la mise en place de plateformes et dâapplications Ă mĂȘme de faciliter la tĂąche aux voyageurs et surtout leur permettre de faire des Ă©conomies substantielles. En mĂȘme temps permettre Ă des particuliers de partager leur maison, leur table ou leur voiture devient chose aisĂ©e et hautement rĂ©munĂ©ratrice.
Ont alors Ă©mergĂ©s plusieurs startâup dont les plus connues aujourdâhui sont Airbnb pour lâhĂ©bergement et Uber pour le transport.
Airbnb est aujourdâhui prĂ©sent dans 190 pays dont le Maroc et ceci est plutĂŽt une bonne nouvelle, car elle prĂ©sume de lâattractivitĂ© de notre destination qui propose un peu plus de 5000 offres de logements allant de la chambre chez lâhabitant au logement entier. Pour les propriĂ©taires de riads et maison dâhĂŽtes, ce site est une aubaine et une vĂ©ritable alternative Ă Booking. La rĂ©munĂ©ration de Airbnb nâa rien Ă voir avec celle de Booking et Ă terme, ce dernier sera supplantĂ© surtout auprĂšs de cette catĂ©gorie dâhĂ©bergement.
Lorsquâon se connecte pour la premiĂšre fois, on tombe tout de suite sous le charme de la plateforme qui vous souhaite « Bienvenue Ă la maison » : Lâergonomie du site est tout simplement Ă©poustouflante, les photos dâune grande qualitĂ© et lâaccĂšs aux offres dâune facilitĂ© dĂ©concertante. Tout est lĂ pour susciter lâintĂ©rĂȘt et rĂ©pondre aux attentes des plus sceptiques. En trois clics vous avez rĂ©servĂ©, payĂ© et reçu une confirmation par mail et sur votre Smartphone. De plus vous nâĂȘtes dĂ©bitĂ© quâĂ la confirmation avec une facture en bonne et due forme. Que demande le peuple ?
En outre la page dâaccueil vous invite Ă devenir hĂŽte Ă votre tour en vous proposant une simulation de gains non nĂ©gligeables : pour une chambre dans votre maison Ă Marrakech par exemple, vous pouvez engranger jusquâĂ 3000 dh par semaine et plus de 12000 dh par mois, la demande existe et rien que la semaine Ă©coulĂ©e, plus de 17000 voyageurs ont cherchĂ© un logement dans la ville ocre. Qui peut rĂ©sister Ă de telles promesses ?
De plus le site est entiĂšrement sĂ©curisĂ©, vous devez vous inscrire et produire une piĂšce dâidentitĂ©. Lâinscription peut se faire via votre compte Facebook ou Google plus. Une double vĂ©rification est exigĂ©e pour faire de vous un membre « solvable » et ne prĂ©sentant aucun risque pour vos hĂŽtes.
Devant autant dâatouts, les offres de tous bords vont rapidement devenir exponentielles surtout de la part des particuliers qui trouveront lĂ un moyen dâamĂ©liorer le quotidien et proposer outre le gite, Ă©galement le couvert, la dĂ©couverte de la ville et beaucoup plus si affinitĂ©sâŠ.Tout cela est aujourdâhui possible avec la multitude de vols low cost qui desservent notre destination au dĂ©part des principales villes europĂ©ennes.
Alors la question qui se pose aujourdâhui est la suivante : faut il considĂ©rer ce type de tourisme dit collaboratif comme une opportunitĂ© pour notre destination ou plutĂŽt une menace pour tout notre Ă©cosystĂšme composĂ© dâhĂŽtels, restaurants, agences de voyages, guides, loueurs de voitures et transporteurs touristiques ?
Le terme collaboratif est quelque peu galvaudé, car derriÚre cette appellation qui se veut dans le partage et la solidarité, se cache en réalité un véritable business et un nouveau modÚle économique qui va petit à petit remplacer le modÚle actuel.
Aux USA et dans les grandes mĂ©tropoles, lâimmobilier locatif se fait de plus en plus rare, les propriĂ©taires prĂ©fĂ©rant louer leurs appartements Ă la journĂ©e ou Ă la semaine plutĂŽt quâau mois ou Ă lâannĂ©e. Ce qui crĂ©e une vĂ©ritable crise du logement et fait flamber les prix. Serions nous demain Ă©galement dans cette perspective dans des villes comme Casablanca, Rabat ou Tanger ?
Comment les entreprises touristiques et notamment les hĂŽtels et rĂ©sidences hĂŽteliĂšres peuvent elles faire face Ă cette dĂ©ferlante qui risque de faire des dĂ©gĂąts dans des villes touristiques telles quâAgadir, Fez ou Marrakech ?
A qui profite aujourdâhui la politique de promotion de la destination qui est surtout axĂ©e sur la crĂ©ation de ligne point Ă point avec des compagnies lowcost qui drainent une clientĂšle city breack qui de plus en plus rĂ©servera Ă travers Airbnb ?
A Paris, Airbnb a spontanĂ©ment dĂ©cidĂ© de verser Ă la ville une taxe de sĂ©jour par nuitĂ©e, prĂ©levĂ©e directement sur lâhĂ©bergement. Cette dĂ©marche est en train de se gĂ©nĂ©raliser dans tous les pays oĂč ce type de taxes est instaurĂ©, donc elle sera mise en place au Maroc. Airbnb se donne ainsi une stature dâentreprise citoyenne qui se conforme aux lois des pays oĂč il opĂšre et espĂšre ainsi Ă©viter toute mauvaise publicitĂ© qui pourrait lui ĂȘtre faite ou autre forme de procĂšs que dâaucuns seraient tentĂ©s de lui faire.
Il ouvre ainsi la voie Ă dâautres comme Uber qui finira par imposer son modĂšle sous rĂ©serve de payer des taxes, de crĂ©er des emplois et de participer Ă lâamĂ©lioration du service que les ayants droits aujourdâhui ont du mal Ă faire valoir.
Uber qui est en train dâouvrir la voie Ă de nouveaux entrants comme votrechauffeur.ma, qui lui nâa rien de collaboratif, mais purement business et qui profite des dĂ©faillances des ayants droit pour se faire une place au soleil. Pourquoi pas ?

Pour reprendre lâune de tes expressions favorites, Fouzi: la nature a horreur du vide. Airbnb, et les OTA avant lui, ont pu faire leur place au soleil du Maroc car celle-ci Ă©tait justement Ă prendre, vu que personne ne lâoccupaitâŠ
Avec des « si », on mettrait le Maroc en orbite, alors rĂȘvons un peu⊠Il existe un portail national ou le touriste comme le marocain peu retrouver pour chaque rĂ©gion du Maroc les offres des diffĂ©rents prestataires: les hĂŽtels (qui ne vendent que leurs chambres, avec un prix public transparent et abordable et qui ne traitent pas en direct), des maisons dâhĂŽtes (dĂ©clarĂ©es et officielles, qui se concentrent sur leur activitĂ© premiĂšre), des transporteurs (qui ne vendent pas dâexcursions en plus), des agences (qui elles vendent les excursions, les activitĂ©s et les hĂŽtels car elles bĂ©nĂ©ficient dâun prix prĂ©fĂ©rentiel). Sur ce site web, accessible sur toutes les plateformes (ordinateur, tablette et smartphone, avec bien sĂ»r une application), il serait possible de rĂ©server en quelques clics son prochain sĂ©jour dans la rĂ©gion de son choix. Il serait possible de payer en ligne, de bĂ©nĂ©ficier de tarifs standards, non remboursables, de derniĂšre minute, etc⊠Le tout bien sĂ»r avec une assistance tĂ©lĂ©phonique dans le style de la conciergerie John PaulâŠ
Et comme disait Boris Vian, « tout ceci est vrai puisque je lâai inventé »âŠ
Aujourdâhui, les moyens technologiques sont prĂ©sents depuis longtemps maintenant. Seule la volontĂ© nây est pas, et câest pour cela quâon regarde les OTA faire notre boulot en se demandant pourquoi eux lâon fait et pas nousâŠ. Mais ça, ce nâest malheureusement pas nouveau, hein Fouzi?
Pour complĂ©ment dâinfos , je vous invite Ă lire lâarticle suivant publiĂ© sur
Tour Hebdo :
Airbnb teste des packages « tout compris »
LâexpĂ©rience des packages « tout inclus » est menĂ©e Ă San Francisco sur les deux premiĂšres semaines de dĂ©cembre. ©DR
Airbnb va-t-il se transformer en TO ? Le site californien nâen est pas encore lĂ mais le site dâinformation The Next Web rĂ©vĂšle que la plate-forme de location de logements entre particuliers vient de lancer une nouvelle formule expĂ©rimentale « tout compris » Ă San Francisco.BaptisĂ©s « Journeys », ces packages de 3 ou 5 nuits sont valables sur les deux premiĂšres semaines de dĂ©cembre et comprennent les nuitĂ©es dans un appartement sĂ©lectionnĂ© par Airbnb, le transfert depuis lâaĂ©roport de San Francisco, un repas par jour et des excursions proposĂ©es par des membres du site.Selon lâoption choisie, les clients pourront sâessayer Ă la randonnĂ©e, au kayak, au vĂ©lo ou au yoga et Ă la mĂ©ditation, guidĂ©s par un local. Sans oublier un volet gastronomique avec la dĂ©couverte des bonnes adresses de la ville.Des annonces privĂ©esLe prix ? Les formules 3 et 5 nuits sâaffichent au mĂȘme tarif : 500 dollars pour une personne (450 euros) ou 750 dollars pour deux (680 euros).Ces offres ne sont toutefois pas proposĂ©es publiquement sur le site. Dans le e-mailing que sâest procurĂ© The Next Web, Airbnb explique que ces packages font lâobjet « dâun nombre limitĂ© dâinvitations envoyĂ©es Ă des amis dâamis et Ă des voyageurs qui sont excitĂ©s Ă lâidĂ©e de dĂ©couvrir San Francisco dâune nouvelle façon, avec les locaux qui y vivent ».A voir si lâexpĂ©rience sera ensuite Ă©tendue Ă dâautres villes. Airbnb nây va en tout cas pas par quatre chemins : « Nous rĂ©inventons le voyage, une fois de plus », claironne le site dans son e-mail. Les TO dont câest le mĂ©tier depuis toujours vont apprĂ©cierâŠ
Didier Forray
Un vrai sujet de dĂ©bats que tu lances Fouzi, merci. Dans les agences de voyages traditionnelles nous pensions ĂȘtre Ă lâabri car avons une rĂ©glementation qui nous protĂšge de tous ces « Intrus » ou comme certains sâentĂȘtent a les appeler « La concurrence dĂ©loyale ». Avec les nouveaux textes de loi qui se prĂ©parent, le Maroc fera, certes, une ouverture tous azimuts, pour rester au diapason des nouvelles technologies qui lui serviraient Ă vĂ©hiculer lâinformation vers, le premier concernĂ©, le client ou le touriste. Nous avons essayĂ© de combattre les « Onliners », nos amis transporteurs ont essayĂ© avec « Uber » et aujourdâhui, nous avons en face AirBnB, qui veut dire en clair dĂ©collage dans le jargon aĂ©rien. Que devons faire, cette fois-ci? Les combattre, les suivrent ou nous rĂ©signer Ă continuer Ă travailler Ă lâancienne? Le mĂ©tier dâagent de voyages est en pleine mutation et ils nous faut nous y adapter. Je dirais Ă la fin, que tout ce qui peut nous amener plus de touristes donc plus de business pour le pays et qui, surtout, respecterait nos lois et moeurs, crĂ©erait de lâemploi et paierait ses taxes, sera le bien venu. Aujourdâhui câest AirBnB et ce sera dâautres demain?
« Le secteur du tourisme Ă lâĂšre de lâĂ©conomie de collaborative », dirai-je haut en lâair ! Lâinnovation nâa de cesse de nous ouvrir les yeux sur des tendances empreintes dâextravagance, ou mĂȘme simples par essence !
AirBnb est un phĂ©nomĂšne qui gagne davantage en notoriĂ©tĂ© (aussi bien auprĂšs des voyageurs dâagrĂ©ment que ceux dâaffaires) et a cette particularitĂ© de mettre Ă la disposition de tous des offres dâhĂ©bergement aussi variĂ©es que surprenantes, sâadaptant Ă toutes les bourses. Le site de ladite plate-forme prĂ©sente une ergonomie repensĂ©e de sorte Ă joindre lâutile Ă lâagrĂ©able : DĂ©marches de rĂ©servation et confirmation trĂšs simplifiĂ©es avec une mise en valeur des prestations au travers de couleurs chatoyantes et dâun design Ă ravir, ce qui le rend trĂšs attractif par lĂ -mĂȘme.
Dâautre part, il est Ă rappeler les quelques polĂ©miques ayant accompagnĂ© lâexpansion fulgurante dâAirBnb, notamment les rĂ©serves Ă©mises par les hĂŽteliers quant Ă la concurrence dĂ©loyale que cette application prĂ©sente : A mon humble avis, je pense que le concept en soi nâest point comparable Ă lâhĂŽtellerie classique et ne lui constitue aucune menace prĂ©judiciable Ă son dĂ©veloppement. A chaque formule sa clientĂšle affirmĂ©e !
Nonosbstant cela, les voyageurs dĂ©montrent un intĂ©rĂȘt croissant pour ce concept novateur et il y a de quoi ! AirBnb est promis Ă un bel avenir ! Merci dâavoir abordĂ© ce passionnant thĂšme si Fouzi.
Il nây a pas que les aspects fiscaux, les normes et autres obligations que les hĂŽteliers doivent respecter sont aussi des Ă©lĂ©ments qui distordent la concurrence.
Cela dit, dans les Alpes, les responsables des stations ont pleurĂ©s durant des annĂ©es devant les volets clos des rĂ©sidences secondaires, arguant que les remontĂ©es mĂ©caniques et les restaurants nâoptimisaient ainsi pas leur chiffre dâaffaires. Maintenant, nous entendons les pleurs des hĂŽteliers qui semblent dĂ©couvrir cette nouvelle concurrence. Je partage lâavis de Fouzi : « le corporatisme nâa Ă long terme que peu de chance de gagner » face Ă lâĂ©conomie du partage que Jeremy REFKIN dĂ©crit comme une 3e rĂ©volution.
Encore une fois, Fouzi, tu as le don de prĂ©senter sereinement lâensemble des aspects dâune problĂ©matique. Ta clairvoyance concernant notamment ce changement de paradigme doit permettre de trouver une rĂ©ponse Ă©quitable. Le curseur se trouve entre paracommercialisme dâun cĂŽtĂ© et systĂšme collaboratif.
Dâun cĂŽtĂ©, nous avons une concurrence supplĂ©mentaire. Les entreprises se doivent dâĂȘtre encore plus agressives, pour garder leur parts de marchĂ© et leurs bĂ©nĂ©fices mais aussi et surtout de repenser leur positionnement et leur Business ModĂšle. De lâautre cĂŽtĂ©, nous avons une population en quĂȘte dâoptimisation des revenus familiaux et une clientĂšle internationale en attente de formes dâaccueil diffĂ©rentes, en cohĂ©rence cependant avec lâimage vendue Ă lâinternational depuis longtemps.
LâexpĂ©rience Ă lâinternational montre que face Ă une tendance lourde, Ă un raz de marĂ©e, le corporatisme nâa Ă long terme que peu de chance de gagner. Il faut donc ĂȘtre en capacitĂ© de trouver des solutions visant Ă lĂ©galiser ces nouveaux Business ModĂšles au Maroc de maniĂšre Ă ce quâil y ait une Ă©quitĂ© fiscale. Dans un secteur trĂšs capitalistique que ce soit dans le domaine du Transport ou de lâHĂŽtellerie, il ne faut pas oublier que la ChaĂźne de Valeur Touristique est engagĂ©e dans des investissements Ă long terme. Les enjeux sont donc Multiples.
Mon objectif Ă travers ce post est de lancer le dĂ©bat sur les rĂ©alitĂ©s du marchĂ©. Airbnb est aujourdâhui bien implantĂ© et ce nâest pas lui le problĂšme. Câest les nouveaux entrants qui doivent se conformer Ă la lĂ©gislation en vigueur et adopter une posture citoyenne.