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Marrakech El Bahja

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L’appellation « El Bahja » en arabe fait automatiquement rĂ©fĂ©rence Ă  la ville de Marrakech mais aussi Ă  ses habitants, Ă  leur mode de vie et enfin Ă  leur Ă©tat d’esprit dans la vie de tous les jours.

En français, il y a diffĂ©rentes propositions pour dĂ©finir la BAHJA : on parle de joie, de plaisir, de beautĂ©, de bonheur et en fait c’est tout cela Ă  la fois. Ce qui est sĂ»r, c’est que ce n’est pas un concept mais une rĂ©alitĂ© propre Ă  Marrakech et aux Marrakchi(e)s.

Je vous invite Ă  travers ce post de suivre un cheminement qui me semble assez explicite pour mieux comprendre ce qu’est la BAHJA. Je pense sincĂšrement que mon vĂ©cu et surtout  mon amour pour cette ville qui m’a vu naitre et grandir , me donnent suffisamment de lĂ©gitimitĂ© pour en parler , en ayant toujours intact au fond de moi ce sentiment d’appartenance Ă  cet Ă©tat d’esprit qu’est la Bahja.

Je suis nĂ© au milieu du siĂšcle dernier dans un quartier de la vielle mĂ©dina (Rahba Lkdima) , dans une ruelle ( Derb Nkhal) habitĂ©e par un mĂ©lange de familles de toutes catĂ©gories sociales sans aucune distinction , avec sa mosquĂ©e, son Ă©cole coranique, son four Ă  pain , son hammam et sa souika attenante aux souks Semmarine. Il y avait lĂ  le boucher, le marchand de lĂ©gumes et fruits, le poissonnier, l’épicier, le cordonnier, le tailleur, le couturier etc
 et surtout les fabricants de soufflets ( Rouabzias). Ce quartier Ă  donnĂ© des grandes personnalitĂ©s marocaines qui ont comptĂ© et qui continuent Ă  compter Ă  ce jour. Par dĂ©cence je n’en citerai aucun, mais je suis sĂ»r qu’ils se reconnaitront tous.

Chaque quartier de la mĂ©dina Ă©tait organisĂ© sur ce mĂȘme schĂ©ma et avait chacun un artisanat dĂ©diĂ© dont il Ă©tait le spĂ©cialiste : Nejjarines, gassabines, dinandiers, haddadines,  dhabias etc
 que l’on retrouvait en exposition dans les souks, toujours par corps de mĂ©tiers avec une organisation dĂ©diĂ©e et un amine pour chaque mĂ©tier.

Il y avait un profond respect envers les artisans et envers les clients qui à la longue finissent toujours par se connaitre et quand ce n’est pas le cas, il y a toujours une relation pour recommander les uns aux autres.

Il arrivait souvent que les artisans, outre leur mĂ©tiers de base , s’adonnent Ă  des passions, tels que le chant, la musique, la mĂ©decine, la cuisine, le foot, tant et si bien que lorsqu’il y avait un Ă©vĂ©nement dans une des familles, il n’était pas rare que se soit un ou plusieurs artisans qui y participent : fiançailles, mariage, naissance, circoncision, enterrement ou retour de pĂšlerinage Ă  la Mecque.

Une spĂ©cificitĂ© de Marrakech, « Tarraguet » ou procession qui consiste Ă  accompagner des cadeaux Ă  l’occasion d’un Ă©vĂ©nement, avec des musiciens et chanteurs suivant un itinĂ©raire dĂ©fini de maniĂšre Ă  informer toute la population, sous l’Ɠil Ă©bahi des badauds qui se retrouvent suivre la procession jusqu’au lieu de l’évĂ©nement et y participer 
.

AprĂšs la priĂšre du vendredi, les familles marrakchies avaient pour habitude de faire la Nzaha en famille ( dĂ©jeuner dans l’herbe) Ă  Bab Jdid , le jardin de la  Menara ou l’oliveraie de l’Agudal en y amenant leurs tanjias, cuisinĂ©es le matin et cuites Ă  la cendre dans le « fernatchi » du hammam du quartier, plateaux Ă  thĂ©, pain et petits gĂąteaux , puis Ă©talaient un ou plusieurs tapis et aprĂšs avoir festoyĂ© et fait la sieste, prenaient leurs instruments ( tamtams et autres percussions) et se mettaient à  chanter et danser juste aprĂšs  la priĂšre du Asr et jusqu’à l’appel Ă  la priĂšre du Maghreb, tout un rĂ©pertoire de chansons qui racontaient des scĂšnes de la vie courante souvent teintĂ©es d’humour . Un rĂ©pertoire repris aujourd’hui par un groupe de jeunes Tkitikat Marrakech. A ne surtout pas confondre avec la Dakka Marrakchia qui se tient durant l’Achoura  et qui met en compĂ©tition les diffĂ©rents quartiers de la mĂ©dina pour un unique trophĂ©e disputĂ© annuellement. Cet art mĂ©rite un article Ă  lui tout seul et une place dans le patrimoine de l’humanitĂ©.

Le dimanche c’était le jour du foot avec une prioritĂ© pour l’équipe phare de la ville le KAWKAB qui Ă©tait financĂ© par les  bazaristes de Marrakech sous la houlette de Haj Driss Tebaa , grand mĂ©cĂšne connu et reconnu de tous. Ce club  qui Ă©voluait en premiĂšre division fut plusieurs fois champion du Maroc et trois annĂ©es de suite vainqueur de la coupe du TrĂŽne ( 63-64-65).

Le jour du match, le public se rendait en masse au stade du Harti pour encourager l’équipe avec toujours les instruments de musiques ( Taarija, TraĂŻr , Tbal , Neffar, Krakech et Tarra) et tout un rĂ©pertoire dĂ©diĂ© aux joueurs locaux et Ă  charge contre l’arbitre quand il semblait se tenir du cotĂ© de l’équipe adverse. Sans vulgaritĂ© et avec beaucoup de finesse, Ă  tue tĂȘte il recevait le message du public sur l’air de « Alouette , gentille alouette
. » ( Ah larbite ah maskhoute al walidine ) et comme par enchantement, il redevenait neutre voire pro Kawkab
.

Souvent une partie des supporters ne pouvaient accĂ©der  au stade faute de moyens, ils restaient aux portes et encourageaient de l’extĂ©rieur ( Rien Ă  voir avec les ultras du moment ) . Quinze minutes avant la fin du match( quart d’heure des BĂ©tala) les portes s’ouvraient gratuitement et leur permettaient de donner de la voix Ă  l’équipe dans les derniĂšres minutes et faire basculer le score du match en cas de besoin. C’était lĂ©gal, social et propre.

Toutes ces scĂšnes de la vie quotidienne se dĂ©roulaient dans une ambiance de joie partagĂ©e avec une nonchalance feinte , souvent aidĂ©e par un accent et une gouaille qui n’existe nulle part ailleurs et qui crĂ©ent cette alchimie dont jouit la ville de Marrakech depuis des siĂšcles et qui la qualifie de BAHJA.

En rĂ©sumĂ© et pour finir, la Bahja n’est pas une attitude que l’on adopte, ce n’est pas non plus un comportement contrefait Ă  l’aide de dĂ©guisements et d’inflexions pour se donner un genre mais quelque chose dont on a Ă©tĂ© biberonnĂ© depuis sa plus tendre enfance. On l’a ou on l’a pas.

9 Commentaires

  1. Merci Fouzi pour se beau reportage plein de sentiments qui nous ramÚne dans le temps avec une résonance pour nous qui sommes au Maroc. Continue ton style est tres agréable à lire. Baci della tua amica

  2. Voyage dans le temps 
 Le passé ? Le futur ?
    La Bahja, comme tu le dis si bien, voisin, ne se feint pas, elle s’acquiert mais ne se perd pas. Une identitĂ©, presqu’une citoyennetĂ©.
    La preuve, Ă  moins d’une dĂ©cade prĂšs et Ă  quelques encablures de ma Houma, Derb Snane /El Mouassine, nous partageons tant !
    La Bahja, un don de Dieu, intemporel, empreint du juste sĂ©rieux comme de la juste fantaisie, qui mettent d’accord l’homme pressĂ© avec le badaud, la maĂźtresse de maison avec la Guellassa, le Fquih avec l’instituteur, la calĂšche avec le vĂ©lo et le Marrakchi avec le reste des marocains.
    Les personas de la Bahja 4.0 seraient aujourd’hui un Belkass, un Hamid Ezzahir ou un Abdeljebbar Louzir, une Fatema Benmeziane ou encore une Fadila Benmoussa.
    Un label ne se décrÚte pas, il se vit. La Bahja en est la plus joyeuse expression.
    Et je suis personnellement reconnaissant Ă  toutes les forces qui s’unissent depuis quelques temps pour lui offrir sa portĂ©e patrimoniale lĂ©gitime et la projeter le plus loin, le plus longtemps possible.
    Marrakech est universelle.
    Merci Ă  toi Fouzi.
    Merci à ceux qui la chérissent.
    Merci Ă  ceux qui militent dans nos rangs pour l’édification de ce label, ils se reconnaĂźtront.

    Jalal Alwidadi

  3. Lire ton article, c’est voyager dans un Marrakech qui sent bon l’authenticitĂ©, la joie de vivre et l’humanitĂ©.
    C’est aussi se perdre dans la nostalgie d’une Ă©poque malheureusement rĂ©volue, et je me suis surpris Ă  plusieurs reprises un sourire au coin des lĂšvres pendant ma lecture. Est-ce le signe que je ne suis plus aussi jeune que ça? Ou que j’ai moi aussi pu toucher de mes doigts d’enfant l’esprit Bahja?

    • Merci cher ami Fouzi. Tes blogs m’ont vraiment manquĂ©s depuis le temps. Celui ci me rappelle mon enfance. Et quoique je ne sois pas un vrai Marrakechi,ma mĂšre l’était. Et nous passions toutes les vacances d’étĂ©, Ă  45° Ă  l’ombre Ă  derb saleeh, pas loin de riad El Arouss et Arset Tihiri. J’adorais les coins que tu as citĂ©. Car j’allais chez mon oncle Ă  Souk Laghzel, au sein de Semarrine. Et toutes les occasions pour faire la fĂȘte, danser et rire. Voire, vivre la Bahjaa Ă©taient exploitĂ©es avec enchantement. Merci de m’avoir fait revivre ces moments. Et continues de nous Ă©tonner comme tu sais le faire. Bravo@

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