Au moment oĂč nous entamons la troisiĂšme semaine de confinement, il serait intĂ©ressant de faire le point sur la situation que vit notre pays en gĂ©nĂ©ral et notre secteur en particulier.
Sur le plan sanitaire, je pense sincĂšrement que les choses sont bien prises en main et que les marocains dans leur grande majoritĂ©, respectent les mesures restrictives qui ont Ă©tĂ© imposĂ©es par les autoritĂ©s Ă bon escient. Certes le nombre de cas augmente de jour en jour, mais la cadence est loin de ce qui est enregistrĂ© dans les autres pays dit dĂ©veloppĂ©s et qui ont des moyens nettement plus importants que nous, que ce soit en termes dâinfrastructures sanitaires, nombre de soignants, chercheurs ou autresâŠ.Nous pouvons ĂȘtre fiers de notre pays qui a pu dĂ©ployer en un temps record des moyens insoupçonnables jusque lĂ .
Fiers Ă©galement de tout le corps mĂ©dical, public comme privĂ©, civil et militaire, qui sâest mobilisĂ© pour faire face Ă cette pandĂ©mie avec une volontĂ© inĂ©galĂ©e et un courage extraordinaire. On ne saurait jamais assez les remercier pour leur sacrifice au profit de la nation.
Aussi, ne nâest que reconnaissance, que le secteur du tourisme, avec Ă sa tĂȘte les hĂŽteliers, se soit mis Ă la disposition de « ses soldats », en offrant toute la capacitĂ© litiĂšre disponible pour allĂ©ger autant que faire se peut, la fatigue des nombreuses heures ponctuĂ©es de stress quâils subissent pour assister, soigner, Ă©couter et rassurer toutes les victimes du Covid-19.
Sur le volet social, lĂ aussi les choses ont Ă©tĂ© prises Ă leur juste mesure avec la mise en place de lâindemnitĂ© Covid-19 au profit du secteur informel. ( Entre 800 et 1200 dh par famille ). Dâaucuns diront que ce nâest pas assez, mais câest dĂ©jĂ un bon dĂ©but sachant que ces foyers Ă revenus trĂšs modestes pourront Ă©galement bĂ©nĂ©ficier de lâaide citoyenne qui est en train de se mettre en place.
De maniĂšre  quasi spontanĂ©e, lâentraide sâest mise en place grĂące aux nombreuses associations existantes , pas nĂ©cessairement dans le caritatif , qui ont mobilisĂ© leurs membres pour rĂ©pondre aux besoins des familles. Câest le cas des associations  dans certaines rĂ©gions.
Concernant lâindemnitĂ© de 2000 dh accordĂ©e aux salariĂ©s des entreprises en cessation ponctuelle dâactivitĂ©, personnellement je ne suis pas preneur. Sâil sâagit de trois mois, je suis prĂȘt Ă subvenir aux besoins de mes ressources humaines par solidaritĂ©. Pour cela, je leur proposerai un deal win win, basĂ© sur une rĂ©organisation totale de notre business model, qui inclut leur reconversion au digital.
Une entreprise citoyenne doit ĂȘtre en mesure de tenir ses engagements vis-Ă -vis de ses collaborateurs surtout en pĂ©riode de vache maigre.
Notre secteur, se doit de donner lâexemple et ne pas sombrer dans le pessimisme. Nous avons toujours su rebondir  et mĂȘme si cette crise est inĂ©dite, mĂȘme si elle risque de durer longtemps, nous devons avoir Ă lâesprit, quâil y aura une reprise et quâil faudra que nous soyons prĂȘts pour prendre la bonne vague.
Je fais donc don, de cette indemnitĂ© de 2000 dh par salariĂ© pendant trois mois au secteur de la santĂ© qui en a bien besoin au vu des prochaines Ă©chĂ©ances quâil aura Ă affronter.
Je sais, on va dire, il peut se le permettre, il nâa pas beaucoup de salariĂ©s, ce Ă quoi je rĂ©torque, je fais ma part, Ă chacun de faire la sienne. ( Mouvement des Colibris *)
Car si chaque entreprise touristique en fait de mĂȘme, et si effectivement nous employons 750000 personnes, cela fait 4,5 Milliards de dirhams, quelle belle participation du secteur au Fonds initiĂ© par Sa MajestĂ© que Dieu lâAssiste !   Â
PassĂ© cette crise sanitaire, car il faudra bien quâelle passe si on sây met tous, je souhaiterais que lâon  reconnaisse le tourisme Ă sa juste valeur, car aujourdâhui que nous sommes Ă lâarrĂȘt, on mesurera le poids qui Ă©tait portĂ© par notre secteur, que ce soit au niveau des emplois ( formels et informels),  quâau niveau de la balance des payements. Il y aura un avant et un aprĂšs Coronavirus.
Il y a un temps pour chaque chose, aujourdâhui lâurgence est Ă la santĂ© de nos concitoyens et Ă la prĂ©caritĂ© des plus dĂ©munis dâentre nous. Viendra le temps pour redĂ©marrer la machine Ă©conomique seule capable de prendre le relais, et dans ce temps, jâespĂšre que le tourisme sera aux premiĂšres loges.
LâOMT dans un document Ă©ditĂ© le 31 mars dernier, a recommandĂ© un ensemble de 22 mesures pour soutenir le tourisme en trois phases:
Phase 1 : Gestion de la crise et attĂ©nuation de lâimpact.
- Fournir des incitations au maintien des emplois, soutenir lâactivitĂ©Ì des travailleurs indĂ©pendants et protĂ©ger les groupes les plus vulnĂ©rables
- Soutenir la trésorerie des entreprises
- Réexaminer les taxes, redevances et droits et la rÚglementation ayant une incidence sur les transports et le tourisme
- Assurer la protection des consommateurs et la confiance
- Promouvoir lâacquisition de compĂ©tences, surtout de compĂ©tences numĂ©riques
- Inclure le tourisme dans les dispositifs Ă©conomiques dâurgence aux niveaux national, rĂ©gional et mondial
- Créer des Mécanismes et des stratégies de gestion des crises.
Phase 2 : Mesures de relances et accélération du redressement.
- Fournir des incitations financiĂšres Ă lâinvestissement et Ă lâexploitation touristiques
- Faire progresser la facilitation des voyages
- Promouvoir les nouveaux emplois et lâacquisition de compĂ©tences, en particulier numĂ©riques
- Prendre en compte la durabilitĂ©Ì environnementale dans les dispositifs de relance et de redressement
- Connaitre le marchĂ©Ì et agir rapidement pour rĂ©tablir la confiance et stimuler la demande
- Donner une impulsion au marketing et aux évÚnements et réunions
- Investir dans les partenariats
- Faire une place au tourisme dans les programmes de redressement nationaux, rĂ©gionaux et internationaux et dans lâaide au dĂ©veloppement
Phase 3 : Préparer demain.
16.Diversifier les marchés, les produits et les services
17.Investir dans les systĂšmes dâanalyse des marchĂ©s et la transformation numĂ©rique
18.Renforcer la gouvernance du tourisme Ă tous les niveaux
19.Se prĂ©parer aux crises, amĂ©liorer la rĂ©silience et veiller Ă inclure le tourisme dans le mĂ©canisme et les systĂšmes dâurgence nationaux
20.Investir dans le capital humain et la mise en valeur des talents.
21.Inscrire solidement le tourisme durable parmi les priorités nationales
22.Passer Ă lâĂ©conomie circulaire et sâapproprier les ODD.
Certaines mesures sont du ressort des professionnels qui doivent sâorganiser au sein de leurs instances et dâautres sont du ressort du Gouvernement qui doit impĂ©rativement remettre le tourisme au cĆur du dispositif du redressement de lâĂ©conomie nationale et de la lutte contre la prĂ©caritĂ©.
Il faut une rĂ©elle volontĂ© de tous les intervenants, public comme privĂ©, pour arrĂȘter de broyer du noir et commencer Ă entreprendre. Â
En attendant, confinez-vous bien et si vous avez Ă sortir, nâoubliez pas de mettre votre masque. Â
*DâaprĂšs une lĂ©gende amĂ©rindienne, Pierre Rabhi raconte « Un jour, il y eut un immense incendie de forĂȘt. Tous les animaux terrifiĂ©s, atterrĂ©s, observaient impuissants le dĂ©sastre. Seul le petit colibri sâactivait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. AprĂšs un moment, le tatou, agacĂ© par cette agitation dĂ©risoire, lui dit : « Colibri ! Tu nâes pas fou ? Ce nâest pas avec ces gouttes dâeau que tu vas Ă©teindre le feu ! »Et le colibri lui rĂ©pondit: « je le sais, mais je fais ma part »

Je crains malheureusement, quâil sâagisse de plus de trois mois, surtout pour les destinations dont la haute saison est relativement courte, comme le sud.
Le tourisme marocain est trop dĂ©pendant de la situation extĂ©rieure, du coĂ»t des transports qui risque dâexploser pendant quelques temps et de la peur des gens face Ă la maladie. Câest cela la grande interrogation : est-ce que « tout ça » va ĂȘtre oubliĂ© trĂšs vite, ou pas ?
Et la deuxiĂšme question, câest est-ce que les touristes auront de lâargent pour venir ? Parce que la crise frappe partout.
Enfin, il y a la problĂ©matique du « consommer local », avec les mĂȘmes incitations patriotiques Ă soutenir lâĂ©conomie de son propre pays, qui est partout, en France comme au Maroc.
Je vous souhaite bon courage !
Quâelle belle solidaritĂ© et gestion de la crise COVID, par notre pays, nous pouvons ĂȘtre fier.
Personnellement jâai apprĂ©ciĂ© cette aide de 2000,dhs / employĂ© durant les 3 prochains mois. Nous avons Ă charge 65 personnes, et depuis tant dâannĂ©e, engagĂ©s comme un « colibri » au partage des retombĂ©es et du respect des Ă©quipes qui travaillent en toute lĂ©galitĂ© CNSS⊠Simplement un droit humain.
Les aides et reports de crédits de quelques mois ne sont pas suffisants.
Nous avons besoin dâun plan audacieux pour relancer le secteur tourisme.
Le balnĂ©aire pourra peut-ĂȘtre sauver une partie de lâĂ©tĂ© avec les touristes Marocains.
Les autres secteurs du tourisme seront au bord dâun gouffre reportĂ© de 3 mois.
Notre pays doit trouver dâautres solutions pour sauver les employĂ©s et les entreprises du tourisme pour les 6 mois suivant, car nâimaginons pas que lâĂ©conomie touristique repartira dĂšs septembre.
Le tourisme sera probablement différent aprÚs cette pandémie,
le coté hygiÚne sera une priorité.
Cette pandĂ©mie aura rĂ©veillĂ© la fibre « Ă©co â responsable » dâune partie des voyageurs.
Lâoffice du Tourisme doit investir dans cette direction, pour mettre en valeur dĂ©jĂ ce qui est existant la CLEF VERTE MAROC / GREEN KEY pour lâhĂŽtellerie engagĂ©e, http://www.clefverte.ma/fr
Inciter et accompagner le secteur hĂŽtelier dans cette fibre.
Pour les Agences de voyages, rien nâexiste pour mettre en valeur lâengagement « Ă©co â responsable » des uns et des autres.
Il me semble URGENT de mettre en place un LABEL ECO â RESPONSABLE pour ceux qui souhaitent investir dans ce domaine.
Câest une image importante pour le nouveau Maroc Ă vĂ©hiculer Ă lâinternational.
Les voyageurs seront encore plus connectĂ©s, ils chercheront encore plus lâaccĂšs direct avec moins dâintermĂ©diaires, plus de ruralitĂ©, dâauthenticitĂ© et dâhumanitĂ©.
Une véritable expérience dans leur découverte de notre pays.
Il faut sĂ©curiser cette reprise car lâinformel sera lui aussi actif.
Baisser nos charges et impÎts est une nécessité.
LâintĂ©gration obligatoire de lâinformel dans le systĂšme collectif, contrĂŽlĂ© et accompagnĂ©.
Une nouvelle aventure démarre et un virage à prendre si nous ne voulons pas rester plombé.
Et le colibri fit le printemps âŠ
Oui, pour un Conseil de Guerre du Tourisme, un PPP soustrait momentanément au millefeuille de gouvernance de la chose touristique, pour conduire avec liberté, audace et ingéniosité un Plan Ad-hoc de redressement.
Jalal Alwidadi