Polémique sur fond d’Art….

Zine Li Fik

Le rideau vient de tomber sur le 68eme Festival de Cannes et la Palme d’Or a été attribuée au réalisateur français Jacques Audiard pour son film « Dheepan ». Le film marocain « Much Loved » de notre cinéaste national, Nabil Ayouch a quand a lui fait la polémique au Maroc depuis la fuite orchestrée via youtube de quelques extraits sulfureux aux dialogues crus qui ont choqué la toile et les réseaux sociaux.

Je n’ai pas vu le film et je ne peux me suffire des quelques vidéos pour me faire une idée exacte sur ce film, qui comme les autre films de Nabil Ayouch, traite de faits de société universels avec un zoom sur le monde arabe et plus particulièrement le Maroc : Jeunesse, drogue, fanatisme, misère, sexualité, politique etc….

Mon point de vue aujourd’hui sera axé sur le tourisme et la question que je me pose est la suivante: Quel impact aura ce film sur la destination touristique Maroc?

En lisant et en écoutant les différentes interviews données par le cinéaste sur son film, il nous parle bien d’une fiction basée sur du vécu prenant la peine de côtoyer plus de 250 prostituées exerçant leur art à Marrakech. Il aurait fait une sorte d’immersion dans le monde de la nuit , avec toutes ses composantes, prostituées, travestis, chauffeurs de taxis, vigiles de boites de nuits, policiers (Sic) …pendant plus d’une année pour mieux le connaitre et le mettre en scène.

Il dit même, qu’il a été tenté de faire un documentaire sur la prostitution mais qu’en définitive, il a opté pour le film. Aurais-t-il eu les autorisations pour faire ce documentaire?

La dernière fois qu’une production a fait un reportage sur le tourisme sexuel au Maroc, cela a soulevé un tollé. Or sans vouloir anticiper et au vu de ce qui a été dévoilé, « Much Loved » traite plus de la prostitution « Touristique » que de toutes les autres formes de la prostitution. Dans ce cas c’est la destination qui risque d’être stigmatisée pour ne pas dire « labélisée » comme telle.

Faut il incriminer le facteur, en l’occurrence le cinéaste qui n’a fait que son boulot, braquer ses projecteurs sur une pratique vielle comme le monde mais qui aujourd’hui nous interpelle tous et plus particulièrement les acteurs du tourisme. Nous devons donc prendre conscience de ce phénomène et essayer d’y apporter les réponses qui s’imposent. Lorsqu’en parle de tourisme durable, de tourisme responsable, on doit prendre en considération ces dérives qui s’incrustent comme de la mauvaise herbe.

Comment me direz vous? Certainement pas en bâillonnant le cinéaste mais en prenant à bras le corps ce problème avec toutes ses composantes, sociales et économiques pour en limiter les dégâts.

Il serait prétentieux de dire que l’on pourrait l’éradiquer, mais au moins protéger les plus fragiles, les enfants, les adolescents et les nécessiteux. Cela passe par une meilleure éducation, une meilleure information et surtout l’opportunité de pouvoir travailler et gagner sa vie dignement et en cela, le tourisme peut être en excellent levier.

Pour en revenir au Cinema et aux films qui ont traité de la prostitution, il en existe des très beaux tels que, Belle de jour, Pretty Woman ou Irma la douce, en aucun cas la femme n’est réduite ou insultée. Il n’y a aucune vulgarité mais la promesse de passer un agréable moment au premier degré et sans jeu de mots.

Author: Fouzi ZEMRANI

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5 Comments

  1. Et bien cher ami Fouzi, tu as encore une fois pu générer le débat que je trouve intéressant. C’est cette divergence d’idées qui nous permet de continuer à intervenir dans ce blog. Je viens d’apprendre que les autorités ont finalement décidé de ne pas autoriser la projection du film dans nos salles. Désolé pour notre cinéaste Si Nabil Ayouch. Mais pour mon ami Karim, ce n’est pas la politique de l’autruche quand on donne son avis sur un blog ouvert à tous! Je crois que notre pays n’est pas encore prêt a apprécier et applaudir ce genre de production. Heureusement que le tourisme sexuel ne trouve des adeptes que chez une minorité de touristes qui viennent chez nous et qui profitent de la pauvreté d’une certaine catégorie de gens.

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  2. Cher Fouzi,

    Je n’ai pas vu le film, donc je ne peux pas en parler. Mais, en tant qu’étrangère qui vit au Maroc, je peux comprendre la pudeur par rapport à la prostitution que la population marocaine peut avoir. Personnellement, je n’aime pas ce genre de film qui traite de façon cru un problème de société tel que la prostitution qui est en passant le plus vieux métier du monde.

    Maintenant, il est clair que pour beaucoup de touriste européen (je parle de ceux que je connais), la destination Maroc et en particulier Marrakech est réputée pour son tourisme sexuel. Alors que cette ville a une beauté bien à elle, un patrimoine culturel, une âme tout simplement.

    Est-il utile de faire un film mettant en avant une certaine vulgarité : je n’en suis pas sûre. Personnellement, je n’aime pas la vulgarité. Donc, qu’il traite de la prostitution, ou d’autres choses, je ne suis pas fan.

    Mais, je le répète encore une fois, je n’ai pas vu le film.

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  3. Ce qui est étonnant , c’est le silence des autorités ( culture , justice , affaires islamiques , interieur. Etc )
    Ou sont passés les discours moralisateurs du parti au pouvoir ?
    Que fait le CCM ?
    Le drame c’est que N.Ayouch a levé le lièvre au moment où personne ne s’y attendait . Tout le monde sait ce qui attire les moyens orientaux au Maroc ( Tanger et Casa par le passé et Marrakech et Agadir ces dernières années ) , mais malheureusement ca n’a pas l’air de gêner quiconque , tout le monde s’est accomodé de cette réalité , pire , notre schizophrénie collective nous empèche de combattre le phènomène .
    Bravo Mr Ayouch d’avoir secouer le cocotier , Bravo aux acteurs pour leur courage et tant pis pour ceux qui preferent faire l’autruche

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  4. Merci cher Fouzi pour ce regard toujours critique, pertinent et objectif sur l’actualité. Mon commentaire ici est totalement personnel. Je ne souhaite pas revenir sur les axes polémiques du dernier film de Nabil Ayouch. je crois que la toile a très largement et longuement fait echos d’une indignation quasi unanime quant à la vulgarité, la cruauté et la violence verbale des dialogues de ce film.

    ce qui m’interpelle, c’est que ce film ne raconte pas d’histoire, n’apporte pas de réponse ou de début de réponse à un phénomène aussi complexe que douloureux pour toute société qu’est la prostitution. pour ceux qui l’ont vu en intégralité (en France à l’occasion de sa présentation en marge du Festival de Cannes), ce film est un condensé de paroles vulgaires, de scènes obscènes et de propos guturaux… qui n’apportent rien au scénario (si scénario il y a). qu’elle est l’utilité d’employer ce language outrancier à outrance ? qu’est ce que cela apporte à l’histoire ? (si histoire il y a) ? Rien à mon sens.

    par contre, le film (et non le sujet) ont laissé chez les marocains un sentiment d’agression, d’insultes aussi injuste qu’inutile. la vulgarité n’apporte rien au traitement du sujet de la prostituion dans un travail cinématographique, sensé au moins réveiller les consciences, poser un débat ou même apporter du réconfort… (ou alors on est dans un autre registre !!!)

    Nabil Ayouch nous a habitué à bien mieux que ça, même s’il a souvent « osé » dans ses oeuvres (What ever Lola Wants, Ali Zaoua, My land, les chevaux de Dieu…) mais son dernier film ne reflête aucun talent, aucune pertinence. lorsqu’il apparaît à la fin du film « dédiant son oeuvre à toutes ses compatriotes » (selon les commentaires de ceux qui ont vu le film), il atteint le sommet de la provocation !!

    Je suis marocaine, je suis maman et je suis travailleuse, fier de ma culture, de mon pays et de son ouverture. Ce qu’a voulu reflêter Nabil Ayouch dans ce film ne me représente pas, pas moins qu’il ne représente la très écrasante majorité des femmes marocaines

    Je crois que la liberté d’expression et d’entreprise doit être préserver pour tous, mais dans le respect des libertés des autres.

    C’est triste de vouloir mettre la lumière sur soi en allumant un feu qui brûle les autres !!!

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  5. J’ai pu suivre certains des extraits de ce film « Much Loved » qui ont circulé sur la toile et j’ai honnêtement, étais choqué par la teneur du langage utilisé par certaines actrices. Je crois que la comparaison du film avec « Irma La douce » Pretty Woman » dont les thèmes sont revenu sur une prostitution de luxe, n’ai pas à sa place. D’autres films marocains ont essayé de traiter de ce sujet qui reste tabou dans notre culture et on fait un passage vite oublié par la société Arabo Musulmane. La réalité de la nuit dans les grandes villes telles que Casablanca, Marrakech et Agadir est ignorée par la plupart des marocains et ceux parmi les touristes qui viennent chez nous pour rechercher ce genre de plaisir restent une minorité qui risque de disparaitre avec le temps et les efforts que font les autorités pour éradiquer, comme tu l’as souligné cher ami, ce fléau qui a beaucoup nuit à notre métier, par le passé et à cause des médias. Chose qui n’a pas affectées nos valeurs! Heureusement, d’ailleurs que le tourisme ne dépend pas, uniquement, de cette réalité qu’il ne faut pas ignorer mais plutôt combattre. Enfin, la pauvreté et le gain facile ont toujours encouragé ce genre de prostitution et le réalisateur Nabil Ayouch n’est pas a sa première sortie dans le genre osé.

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