Le droit au Tourisme.

Dans notre quête du développement du tourisme interne, nous devrions impérativement prendre en considération l’aspiration légitime des citoyens aux vacances. Par ce terme, je ne parle pas des congés, car on a souvent tendance à confondre le repos et le loisir. Si le premier aujourd’hui est acquis dans le cadre du code du travail par sa composante hebdomadaire et annuelle, pour ce qui est du deuxième, seule une infime partie de la population, pour ne pas dire les nantis, arrive aujourd’hui à occuper de manière ludique son temps libre.

Or, il a été prouvé que le fait de prendre des vacances, c’est à dire de rompre avec le quotidien, changer de lieu, voyager, aurait une une influence bénéfique sur l’être et l’aiderai à reprendre son activité en étant plus motivé donc plus rentable sur tous les plans.

Dans la constitution, et plus précisément dans le chapitre des droits fondamentaux, l’article 33  précise : «  Il importe aux pouvoirs publics de prendre toutes les dispositions appropriées en vue : …… de faciliter l’accès aux jeunes à la culture, à la science, à la technologie, à l’art, au sport et aux loisirs…. » on ne parle pas de droit aux vacances, mais  de faciliter l’accès aux loisirs, et pour ma part, cela passe nécessairement par un droit au tourisme.

Le code mondial d’éthique du Tourisme adopté par l’Assemblée générale de l’OMT dans la résolution A/RES/406(XIII) de sa treizième session (Santiago [Chili], 27 septembre-1er octobre 1999) précise dans son article 7, un droit au tourisme , comme corollaire au droit au repos et au loisir.

La semaine dernière lors du 4eme symposium du tourisme durable qui s’est tenu à Agadir,il a été question de l’importance de l’implication des acteurs du tourisme dans la durabilité. C’est un fait, mais il faut egalment souligner le peu d’engouement des marocains pour leur tourisme en général et cela provient du fait qu’un grand nombre se sentent exclus, voire marginalisés par rapport à la vision que se font les professionnels.

Certes, nous comptabilisons aujourd’hui 28% de taux de fréquentations de nos unités par les nationaux, grâce aux efforts notamment des professionnels, mais cela reste épisodique et toujours réservé à une frange de la population. Les autres réagissent mal à cette « ségrégation » et le font sentir dans leur comportement au quotidien.

Il y a donc lieu de réconcilier les marocains avec leur tourisme, en les invitant à y participer de manière active et se l’approprier. Pour cela, le Ministère du Tourisme et les professionnels doivent coopérer pour démocratiser le tourisme de manière à le rendre accessible au plus grand nombre.

Juste pour rappel, une démarche a été entreprise en ce sens , cela fera bientôt 2 ans, avec un plan en 15 points, validé par l’ensemble mais qui semble se heurter à des obstacles ou tout du moins à une conjoncture politico – économico – sociale défavorable, qui fait que sa mise en œuvre est toujours retardée.

Et pourtant, tout le monde gagnerait à ce que ce plan soit pris au sérieux, car il réglerait à lui seul un certain nombre de problèmes à commencer par une réduction du chômage, un apaisement des conflits sociaux, une hausse de la fréquentations, un partage des richesses matérielles et immatérielles, des rentrées fiscales, une meilleure résistance aux aléas des marchés extérieurs, un épanouissement de la population etc… peut être notre manière à nous de vivre nos 30 prochaines glorieuses.

Oui le tourisme est un excellent levier économique et social et pour cela, j’invite le président de la Confédération Nationale du Tourisme, en sa qualité de membre et représentant de la profession, à introduire le chantier du tourisme interne au Conseil Economique et Social. Peut être que de cette manière, nous arriverons à mobiliser de manière transverse, tous les ministères concernés : L’Education Nationale, Les Finances, Les transports, L’Environnement, L’Emploi, La Fonction Publique et le Tourisme.

Author: Fouzi ZEMRANI

Share This Post On

6 Comments

  1. EXCELLENT ARTICLE.J’AI BEAUCOUP AIME CETTE APPROCHE: LE DROIT AU TOURISME.

    Post a Reply
  2. La réflexion du Président Faouzi sur le Tourisme Intérieur et ses propositions expertes seraient, à quelques détails prêts communes à tous les pays de notre région, notamment les réceptifs, bien qu’il faudrait reconnaitre que le Maroc est à à plusieurs longueurs d’avance par rapport à ses voisins puisque les nationaux participent pour 28% de taux de fréquentations.
    Il faudrait rappeler que la part des nuitées du tourisme intérieur au Maroc dans les hôtels classés en 2000 était de 16,8 % (Revue recherche en Tourisme 2005)
    Lorsque certains Gouvernants et opérateurs auront acquis la Culture appropriée du Tourisme Local, nous pourrons alors parler de Tourisme entièrement dédié aux Nationaux, en d’autres termes plus simples : lorsque nous aurions arrêté de signer des Open Sky, bâti des aéroports, édifié des palaces, construit des autoroutes pour le Touriste et uniquement pour celui-ci, alors nous pourrons vraiment dire que le Touriste Résident ou Local a focalisé l’intérêt des décideurs…
    Dans ce contexte l’expérience du Brésil en matière de Tourisme Intérieur, (ou Local ou Interne ou Domestique) est édifiante, et pourrait servir de modèle à nos stratège, et que le Droit d’Accès au Tourisme doit être clairement institutionnalisé chez nous.

    Post a Reply
  3. Longtemps considéré cinquième roue du carrosse (étant donné la prédominance du tourisme international dans la quasi-majorité des politiques et plans de développement touristiques antérieurs) , le tourisme interne fut perçu en période de crise comme roue de secours.. vu la conjoncture morose par laquelle sont passés nos principaux marchés émetteurs.. Un constat pas très élogieux à brandir !
    Les marocains se sentent effectivement marginalisés, vu le peu de produits touristiques ( et leur relative absence à l’échelon d’autres régions)qui leur sont dédiés, ou qui répondent à leurs aspirations.
    Le segment « tourisme de famille » n’a pas été bien développé comme il se doit, et ce depuis toujours ; Cependant, je remarque l’intérêt croissant qui y est accordé dans le cadre de la Vision touristique 2020 notamment à travers la mise en place des stations du Plan « Biladi » prévues dans les zones les plus plébiscitées par nos nationaux.
    A mon humble avis, il faut distinguer les deux tendances suivantes prévalentes en tourisme interne :
    1) les plus nantis de nos nationaux (couples avec enfants je souligne bien) sont friands des séjours en formule « All Inclusive », les hôtels-clubs sont très demandés ces dernières années par ceux-ci et affichent complet en période de courtes vacances tout au long de l’année (bien entendu encore plus en période estivale). Or, il n’en existe que peu (à Marrakech, Saidia en été et Agadir)..
    2) Ceux à budgets limités optent pour la location d’appartements.. qui sont généralement proposés à des tarifs raisonnables. Or ceux-ci font plutôt partie intégrante du circuit informel (la qualité n’y est en même temps pas forcément au rendez-vous) qu’il serait opportun d’intégrer et dont les retombées seront, par voie de conséquence, maîtrisées au mieux, de façon à disposer d’une image plus nette de ce que c’est que le paysage touristique dans son ensemble.
    Aussi, et pour profiter au mieux de leurs vacances , nos chers concitoyens doivent faire figure de civisme: protéger les installations touristiques qui leur sont mises en place, ne rien abîmer.. de manière à ce que d’autres en profitent,j’avance ceci en connaissance de cause..
    Par ailleurs Les hôteliers et voyagistes sont appelés à être nombreux à adhérer au programme « Kounouz Biladi » , et à s’y impliquer sérieusement..
    Les chèques-cadeaux et la programmation des vacances scolaires par zone et par période sont deux bonnes mesures à mettre à l’actif du département de tutelle.. Ainsi l’on évitera sur l’année les périodes creuses, avec un remplissage optimal des établissements hôteliers.
    En voyant toutes ses actions se concrétiser, l’on espérera réaliser ce voeu pieux: celui de voir toutes et tous s’approprier leur tourisme, à leur façon, … de jouir donc de ce droit au repos, aux loisirs et par ricochet, au tourisme !

    Post a Reply
  4. Comme d’habitude on a droit à une analyse réaliste … Cependant, cette problématique revêt d’un caractère plutôt sociologique … Malheureusement, la Sociologie des loisirs semble n’intéresser personne au Maroc, à part le défunt Abdelaziz El Ouarti, personne n’a osé reprendre cette problématique en main … C’est un sujet intéressant qu’il faudra développer davantage …

    Post a Reply
    • C’est également un problème sociétal qui demande l’implication de tous les individus quelle que soit leur origine sociale. Une frange ne peut pas simplement ignorer une autre, question d’équilibre pour une cohabitation harmonieuse et pérenne. Faute de quoi …..

      Post a Reply

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 × 1 =