La vision 2020 doit se faire avec les Agences de Voyage

Les Echos Quotidien : La Fédération des voyagistes dit avoir fait avancer le chantier de la transparence dans la répartition du quota concernant l’opération Hadj. Ils avancent comme argument le fait que plusieurs agences n’ont pas eu de quotas cette année parce qu’elles n’ont pas respecté les règles. Qu’en pensez-vous ?

Faouzi Zemrani :Les membres de la Fnavm se gargarisent quant à la transparence et l’équité de leur commission pour la répartition du quota. Cet état de fait a toujours existé au sein de cette commission et cela depuis qu’elle a été mise dans sa composition actuelle, à savoir regroupant un représentant de chaque association régionale et participant au processus du début à la fin (Elaboration des critères de sélection, Elaboration du barème de notation, Ouverture des plis  et Répartition du quota)

Ce processus que j’ai eu l’honneur de mettre en place, malgré l’opposition farouche des mêmes membres, dans un souci de partage et d’implication de tous et afin de couper court à toute intervention ou clientélisme est excellent mais nécessite une totale neutralité de ses membres. En effet, il est anormal, que les membres soient en même temps juges et parties, car cela fausse le jeu, surtout dans la présélection des agences au moment de l’ouverture des plis.

Mettez-vous en cause l’efficacité de cette commission ?

On a vu des membres de cette commission, tenter de dégommer des confrères sachant que sur la partie notation, ils seront les meilleurs. Tous les prétextes sont bons notamment concernant les vices de forme ou des « non conformités »

Je suis sûr que sauf cas extrême, tous ses motifs ont une explication cohérente allant du simple oubli à une interprétation erronée et méritent d’être revus et corrigés, moyennant un malus afin de permettre à tous de concourir et que les meilleurs l’emportent. L’objectif de cet exercice étant de sélectionner les meilleures agences à même de fournir les meilleures prestations en sécurisant le consommateur final qui est le pèlerin.

La mise en place d’un tel système répond en premier lieu à une volonté de mise à niveau de l’ensemble des operateurs de la distribution du hadj afin de provoquer une concurrence saine, d’améliorer la prestation et de gagner des parts de marché.

Où en est le Fonds de garantie Hajj ?

En 2006  (opération Hajj 1427), nous avons créé un fonds de Garantie Hadj par l’ouverture d’un compte séquestre obligeant toutes les agences participantes à y contribuer par le dépôt d’un montant de 50.000 DH par Agence. Ce fonds devait servir en cas de défaillance d’une ou plusieurs agences qui pourrait mettre en péril le Pèlerinage de ses clients, comme cela s’est déjà vu de part le passé. Cette initiative pour mutualiser le risque, permettra à terme de donner au secteur une crédibilité financière autre que la caution déposée à la CDG, qui reste insuffisante et totalement inefficace en cas de  sinistre. Ce fonds de garantie basé sur une convention Fnavm-Ministère du Tourisme, est aujourd’hui domicilié dans un compte séquestre et suscite bien des convoitises de la part des membres de la Fnavm . En 2009, le solde était de 5 millions de Dirhams.

Cette somme d’argent est-elle toujours bloquée à la Banque ? Et pourquoi ?

En principe, cette somme est toujours en banque dans un compte séquestre comme son nom l’indique. Dans la convention avec le ministère , la Fnavm s’est engagée à constituer une Association Professionnelle de Solidarité Hadj (APSH) , composée de toutes les agences ayant participé à ce Fond . Cette association a pour mission la gestion de ce Fond avec obligation d’établir un rapport financier annuel destiné à ses membres.

Ce projet enclenché en 2008 avait pour objectif de professionnaliser  le secteur de la distribution du Tourisme Religieux (Hadj & Omra) et éviter les scandales que nous continuons à vivre encore aujourd’hui et qui jettent le discrédit sur notre profession.

Au moment où le ministre du tourisme parle de concertations régionales autour de la vision 2020, les voyagistes semblent complètement absents du débat. Pourquoi ?

La mission de la Fnavm est de contribuer au développement du Tourisme National en assistant ses membres que sont les associations régionales par du conseil et une stratégie susceptibles de favoriser l’exercice de l’activité d’agent de voyage. Or, nous avons l’impression qu’aujourd ‘hui, tout ne tourne qu’autour du Hadj. Il est vrai que cet état de fait n’est pas nouveau, mais le phénomène ne fait qu’empirer  tant et si bien que le mot tourisme a disparu du vocabulaire de la Fnavm. Même le site officiel de la Fnavm est estampé Hadj depuis 2009.

De ce fait, la Fnavm s’est exclue du débat et ceci est préjudiciable pour l’avenir de notre profession. Les agents de voyages réceptifs ne se reconnaissent plus dans cette mouture.

Alors, que reste t il à faire ? Créer une association de réceptifs pour faire entendre notre voix et alerter les pouvoirs publics sur le danger de cette situation? Laisser les choses pourrir et reconstruire par la suite ? Abandonner et se laisser mourir ? Je lance le débat à toutes les personnes qui se reconnaissent dans cette situation car je reste persuadé que la vision 2020 devra se faire avec les agences de voyages.

Quel rôle pourrait jouer le voyagiste dans le débat national lancé autour de la vision 2020 ?

Notre profession est entrain de vivre des moments très difficiles avec le changement qui s’est opéré dans la distribution du voyage et qui a contraint un grand nombre de Tours Operateurs (TO) de se regrouper ou de disparaître. Ceux qui ont réussi ce virage, ont actuellement leurs propres réceptifs  ou ont pris la majorité de l’actionnariat dans des Agences de voyage marocaines. Les autres ont fermé ou vivent leurs dernières heures et nous avec.

En France, notre principal marché, les agences de voyages subissent également la loi des gros TO et ont du mal à faire face, « Selectour » et « Afat », malgré leur fusion, n’arrivent pas à satisfaire leurs membres qui sont de plus en plus phagocyté par le net. Il est vrai que ce mode de consommation a le vent en poupe, mais il a montré ses limites dernièrement avec le nuage du volcan Islandais lorsque les clients ont été livrés à eux mêmes à défaut d’interlocuteur.

Les réceptifs marocains sont de véritables professionnels qui ont acquis un savoir faire au fil des années en confectionnant des produits répondant à la demande internationale. Malheureusement, comme pour l’artisanat , ces produits n’arrivent pas au consommateur. Depuis des années, je ne cesse de répéter que le salut passe par le net et l’ONMT à un rôle important à jouer : la mise en place d’un portail national dans lequel, nous pourrions achalander nos offres et pousser les clients à acheter en direct dans un esprit de commerce équitable. Nous pourrions également établir une relation avec les agences et les réseaux indépendants implantés en province et desservies par des lignes point à point soit par la RAM soit par les low-cost.

Certes, l’ONMT aura du mal à s’affirmer, connaissant le lobby des TO, mais notre position est précaire et il y va de l’avenir de toute une profession.

L’ONMT a annoncé récemment le lancement pour 2011 d’une nouvelle plateforme électronique de réservation auprès des hôtels. Ceci cadre-t-il avec vos attentes ?

J’ai appris par la presse cette nouvelle qui m’inquiète et m’interpelle au vu du contenu des articles. Apparemment, seuls les hôteliers, les loueurs de voitures, les compagnies aériennes et les guides pourront offrir leurs services via ce portail. Aucune allusion n’est faite aux agences de voyages. J’en suis étonné, car ni la FNAVM, ni l’ARAVM, n’ont fait mention de ce projet aux membres que nous sommes !

La mise en place du portail ONMT est une excellente initiative encore faudrait il que cela se fasse dans le respect des lois et règlements et surtout dans un soucis de ne pas avantager un acteur au profit d’un autre. Si l’ONMT se positionne comme la vitrine de l’offre touristique Marocaine, c’est une bonne chose et les acteurs devront satisfaire à certains critères pour pouvoir apparaitre sur ce site. La cohabitation est tout a fait possible si les règles du jeu sont respectées.

Que pensez-vous de cette nouvelle tendance qu’ont adoptée les professionnels du tourisme, notamment la création de nouvelles associations telle l’ANIT et l’association des réceptifs de Casablanca ?

La nature à horreur du vide. Si les Associations existantes remplissaient leur mission, les professionnels ne ressentiraient pas le besoin de créer des doublons. Ceci est valable pour le « Club des Réceptifs de Casablanca » dont la démarche est avant tout d’ordre économique dans le but de mutualiser leurs efforts pour être plus performants. Leur action est plus B to B qu’associative et à ma connaissance leur objet social ne se substitue pas à celui de l’AVC.

Pour ce qui est de l’ANIT, elle est légitime et comble un vide. L’investissement est d’une importance capitale pour la politique touristique de notre destination et il n’a pas été suffisamment accompagné dans la vision 2010, ce qui a provoqué le retard pris par le Plan Azur. L’ANIT serait l’interlocuteur idoine pour  combler cette lacune et impulser une réelle dynamique pour l’option 2020.

Le ministre a déclaré qu’il entend donner à chaque région la chance de devenir une destination touristique à part entière. Pensez-vous que le secteur, avec son actuelle configuration, pourrait suivre les ambitions du ministre ? Quel rôle pourrait jouer par exemple les voyagistes, les hôteliers… ? Et quelles sont les régions qui peuvent s’imposer en tant que championnes nationales ?

L’offre Touristique marocaine doit logiquement se décliner par région car elle est diversifiée et plurielle. Pour cela, chaque région doit prendre son destin en main et faire sa promotion sur tous les marchés émetteurs qu’elle est sensée intéresser et qu’elle a ciblé. La compétitivité des régions sera de nature à drainer plus de touristes et surtout permettra un taux de retour plus important. L’image que nous véhiculons aujourd’hui est trop stéréotypée dans l’esprit des touristes. Le mode de consommation ayant changé, le touriste voyage moins longtemps, mais plus souvent et le but sera de leur pousser à consommer le Maroc sous toutes ses facettes.

Dans cette optique, les agents de voyages ont un rôle important à jouer dans la confection des produits régionaux .Les hôteliers ont une priorité à gérer au quotidien : La Qualité. Ils devraient conforter les voyagistes et leur laisser le monopole de la commercialisation. A chacun son métier.

L’autre volet qui a été occulté dans la vision 2010, est l’animation sous toutes ses formes : spectacles , sports , musique , parcs d’attraction etc….Un touriste qui s’ennuie ne revient pas.

Les régions qui sauront occuper leurs touristes seront les  championnes.

Sur quoi faut-il miser, selon vous, pour développer cet élan régional ?

La mobilisation générale de tous les acteurs avec une cohésion et une implication totale. C’est normalement les CRT qui doivent jouer le rôle de catalyseur pour libérer les énergies nécessaires qui permettra le développement régional. Je plaiderai pour qu’on leur donne tous les moyens pour réussir leur mission.

Author: Fouzi ZEMRANI

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2 Comments

  1. bonjour Si Faouzi

    En 2006 le quota des agences était de plus de 10000 pélerins
    Qu’en est il aujourdhui? nous voudrions savoir pourquoi,

    Si vous répondez que c’est la volonté du pélerin,c’est faux vous le savez.
    Pourquoi vous passez sous silence cette question?
    OUI pour la distribution juste et équitable.
    OUI pour une meilleure organisation de la profession
    OUI pour une concurrence saine
    OUI pour un meilleur service aux pelrins.
    OUI pour une intransigeance quant aux agences défaillantes.
    NON contre le silence sur le mauvais traitement des pelerins
    par les deux parties intervenantes.
    NON POUR LE MODE DE PARTAGE ACTUEL.

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  2. je viens de lire ton interview Fouzi, et à propos de l’initiative de l’onmt pour la mise en place d’une plate forme électronique qui commercialisera le service location de voitures je tiens à t’informer que l’onmt a pris cette décision unilatéralement sans concertation avec les professionnels et d’ailleurs je me demande comment on peut réussir ce chantier important sans l’aval des loueurs de voitures, et je crois que l’onmt opte pour les centrales de réservations internationales tels que les brokers en écartant les entités marocaines et de droit marocain , si c’est le cas je lui souhaite bonne chance.

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