FRT: Le chainon manquant.

Le 19 octobre 2010, dans un article intitulé « Tous ego pour 2020 », je constatais, pour le déplorer, l’impasse qui a été faite sur le sujet des Fédérations Régionales du Tourisme et la précipitation qui a été déployée pour accoucher des CRT et dégager les GRIT en 2002.

Le 19 Octobre 2010, nous étions à la veille des Assises du Tourisme qui devaient dévoiler la Stratégie Vision 2020. Certaines notes avaient fuité et la presse s’en est emparée pour annoncer la disparition des CRT au profit des fameuses ADT. Force est de constater aujourd’hui, que les ADT n’ont jamais vu le jour, et que les CRT continuent d’exister vaille que vaille.

Maintenant, je suis intimement convaincu que s’il y a un document qui a été à mon sens bien pensé et bien écrit, c’est bien le contrat programme Vision 2010. Il est juste regrettable de constater, la légèreté avec laquelle sa mise en œuvre a été traitée.

Lorsque les fondations ne sont pas bien scellées, la maison risque à tout moment de s’écrouler et c’est hélas ce qui risque de nous arriver, si nous ne prenons pas la peine de rectifier le tir et de remettre les pendules à l’heure. (Rien à voir avec le retour à l’heure d’été)

La FNT /CGEM s’était engagé à « œuvrer pour regrouper en son sein l’ensemble des professions touristiques et renforcer leurs structures pour plus d’efficience et de participation aussi bien au niveau régional qu’au niveau national ». (Article 30 – Accord cadre V2010).

De même que la réorganisation des associations professionnelles a été confiée à la FNT, charge à elle de « restructurer en profondeur le dispositif de représentation professionnel. » (Article 56 – Accord d’applicationV2010).

Tout ce travail devait s’effectuer avant fin juin 2002 pour une mise en œuvre effective à partir du 1eroctobre 2002.

Rien de tout cela n’a jamais été fait, ni même amorcé, si ce n’est la mise en place des CRT qui ont été cantonné à un rôle subalterne dans la prise de décision à l’échelon régional. Non, le CRT n’a pas vocation à s’occuper de la promotion de la région uniquement, mais à débattre de toute la politique touristique de la région et c’est aux professionnels qu’incombe la stratégie à proposer aux élus et à l’administration.

Si cela n’a pas été fait à ce jour, c’est tout simplement parce que les professionnels étaient  dans l’incapacité de communiquer entre eux et par la force des choses de produire de la valeur ajoutée et être force de proposition à l’échelon régional.

Aussi, la mise en place des Fédérations Régionales du Tourisme est aujourd’hui une priorité, si nous voulons réussir à crever ce plafond de verre et réaliser enfin l’ensemble des objectifs fixés par Vision 2010 et Vision 2020.

Cette mise en place doit respecter un ensemble prérequis sans lesquels, elle n’aurait aucune chance d’aboutir :

  • Faire appliquer la loi en matière d’adhésion aux associations professionnelles pour les entreprises ou métiers règlementées tels que l’hébergement touristique, la restauration touristique, les agences de voyages et les guides.
  • Doter les associations professionnelles de catalogue de services à proposer à leurs membres sur les plans juridiques, fiscaux et formation continue.
  • Renouveler, rajeunir et féminiser les instances dirigeantes par l’instauration de quotas dans les conseils d’administration.
  • Intégrer tout le transport touristique, avec et sans chauffeur, dans la chaine des entreprises touristiques.
  • S’ouvrir aux nouveaux métiers du tourisme, surtout ceux qui font appel aux nouvelles technologies et réinventent les métiers d’hier.

Parmi les premières missions de la FRT, c’est de faire en sorte que l’ensemble de ses prérequis soient respectés tant par ses membres que par l’administration en charge du secteur. Ce n’est qu’à ce prix que la vision aura une chance de se réaliser.

La FRT ne sera forte que lorsque ses composantes seront-elles mêmes fortes et crédibles. Elle doit donc s’y employer en assumant son rôle de chef d’orchestre sur la base de la partition que tous s’emploieront à jouer.  

La FRT a également des prérogatives au sein du CRT dont elle préside les réunions face à l’administration et aux communes. Le conseil régional du Tourisme est le lieu par définition où doivent se traiter toutes les questions ayant trait au tourisme dans la région : Économiques, sociales, environnementales et stratégiques.

Je reste persuadé que le CRT est l’outil idéal pour impulser une dynamique régionale forte et crédible, encore faut-il que ses composantes travaillent de concert et établissent des relations basées sur la confiance mutuelle, la compréhension, l’ouverture d’esprit, l’écoute et la disponibilité.

Les CRT et les FRT doivent enfin se doter de moyens humains et financiers à la hauteur des ambitions qu’ils portent ce qui implique une professionnalisation et l’abandon du bénévolat. C’est à cela aussi que doit servir l’argent public.

Aussi, je lance un appel à tous les intervenants du secteur, pour se mobiliser autour de la mise en place des FRT, sans a priori, dans la sérénité et en faisant confiance aux acteurs privés, petit ou grands, dans la reprise en main de leurs destinées.

Author: Fouzi ZEMRANI

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2 Comments

  1. De prime abord, force est de reconnaître qu’à une certaine période, l’opacité enveloppait de sa toile le volet institutionnel au point d’en avoir le tournis : Création d’ADT, mise en place de FRT, substitution des CRT par les ADT, chapeautés par la HAT.
    Tout s’entremêlait et moult déclarations fusaient de partout, rendant le professionnel indécis quant aux contours stratégiques de la Gouvernance Touristique.
    Je trouve que la mise en place des FRT viendra secouer un peu ce volet, dont les perspectives furent abondamment décrites dans les contrats-programmes sans résultat concret, les CRT à eux seuls ne pouvant substituer tout le corps institutionnel local, et s’occupant en priorité de la promotion de leurs territoires respectifs, chose qui se fait dans les règles de l’art mais sans plus.
    Aucun organisme régional fédérant les métiers du tourisme n’est là pour donner l’élan et la force de frappe nécessaires pour la mise en œuvre des axes de développement prévus dans chaque territoire à part entière, en concertation étroite et suivie avec la tutelle.
    Et l’on compte sur l’adhésion des corps de métiers afin de réussir ce chantier-là, la FRT de Marrakech-Safi étant pionnière en la matière, chose qui ne surprend point. Ambitieux tel que vous êtes Fouzi et loin de voir ce dispositif comme un vœu pieux, j’espère réellement que la sauce tiendra sur ce coup-là !

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    • Cher Mouad,
      Je suis intimement convaincu que nous tenons le bon bout, mais cela nécessite une remise à niveau du tissus associatif régional qui doit se soustraire du travail en silos et adhérer à un travail en réseau, d’où la stratégie digitale qui sera incessamment dévoilée par la CNT.

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