D’une crise de la demande à une crise de l’offre.

Le gouvernement Italien vient d’annoncer ce jour le confinement de 15 millions de ses concitoyens du nord du pays et ce jusqu’au 3 avril. Cette disposition prise par décret concerne toute la région de Lombardie et les provinces septentrionales de Modène, Parme, Piacenza, Reggio Emilia, Rimini, Pesaro…. Et jusqu’à Venise. Ces mesures ont été qualifiées par le patron de l’OMS comme courageuses et véritables sacrifices consentis en Italie. C’est dire que la situation est grave, dans ce pays tellement proche de nous puisqu’il accueille une communauté marocaine forte de près de 450 000 personnes représentant 9% de la population étrangère vivant en Italie.

L’Italie est le premier pays européen lourdement impacté par le Coronavirus qui outre la crise sanitaire que cela engendre, risque aussi de voir se détériorer son économie, son tourisme étant déjà atteint.

Aussi, ce n’est une surprise pour personne, que les deux cas de coronavirus dénombrés à ce jour chez nous, soient des MRE en provenance d’Italie et c’est aussi tout à fait normal que la RAM suspende à partir d’aujourd’hui ses vols vers Milan et Venise.

Face à un risque potentiel de propagation de ce virus à travers le Royaume, il est aussi tout à fait normal, voire sage que le ministère de l’intérieur décide ce 4 Mars, de mesures interdisant tous les événements qui connaitraient la participation de personnes venant de l’étranger notamment les conférences, les forums, les manifestations culturelles, sportives, les raids, les rallyes, la liste n’étant pas exhaustive. Il en est de même pour les événements de plus de 1000 personnes résidentes au Maroc s’ils sont organisés dans des lieux confinés.

C’est ainsi que nous avons assisté à l’annulation d’un certain nombre d’événements majeurs, tels que le Salon de l’agriculture de Meknès ( SIAM) ou le Forum Crans Montana qui devait se tenir à Dakhla. S’ensuivirent une série d’autres événements devant se tenir à Casablanca ( Auto Expo et Maroc Hôtel ) et puis vint le tour du MICE à Marrakech où tous les évènements programmés pour le mois de mars, ont été soit annulés, soit reportés avec tout ce que cela comporte comme désagrément tant pour les hôteliers, que pour les DMC, restaurateurs, transporteurs et autres organisateurs d’événements. En l’espace d’une semaine, nous sommes passés d’une crise de la demande, à une crise de l’offre.

Je m’explique, il y a encore un mois, nous nous posions la question de comment rattraper les pertes du marché chinois, avec le déclenchement du COVID-19. On proposait que les Dreamliner de la RAM, aillent chercher les clients américains en lieu et place des clients chinois, sommés de confinement.

Aujourd’hui, nous sommes dans l’obligation de refuser des clients par principe de précaution et pour ma part, je respecte,  car il ne s’agit pas de badiner avec la santé de nos concitoyens ni celle de nos visiteurs.

Je suis intimement convaincu que cette crise du coronavirus est sérieuse et suis rassuré par les décisions prises à son sujet, même si cela va à l’encontre de mon business. Comme d’autres confrères, je suis dans l’obligation d’annuler des évènements réservés pour ce mois avec l’espoir de les reporter à une date ultérieure, en fonction de l’évolution de la pandémie dans les pays émetteurs.   

Nous sommes donc contraints à une inactivité forcée au moins jusqu’à la fin mars avec tout ce que cela comporte comme manque à gagner pour le tourisme en particulier, et l’économie nationale en général.

Je ne veux aucunement jouer les cassandres, mais nous devons nous apprêter à une retraite forcée, dont on ne connait pas la durée exacte et avons-nous les moyens de tenir au-delà d’un certain délai ?

Je veux rester optimiste et penser qu’une sortie de crise est envisageable après le Ramadan et en attendant, je propose d’optimiser et de profiter de ce temps pour préparer la sortie de crise.

Comment ?

  • Sauter le pas et faire notre transition digitale : formation de nos équipes, création de contenus, utilisation des outils digitaux pour marqueter nos destinations.
  • Innovation dans nos produits et remise à niveau des outils de production.
  • Préparation d’offres invitant à des expériences inédites et atypiques.  

Et si par malheur, la crise s’éternise, il faudra jouer de solidarité entre professionnels du tourisme et espérer un soutien plus que moral de la part de nos gouvernants.    

Author: Fouzi ZEMRANI

Share This Post On

3 Comments

  1. En passe d’être qualifiée de pandémie, Covid-19 a frappé de plein fouet des secteurs névralgiques de l’économie mondiale, dont indubitablement le tourisme.
    J’ai lu votre article avec intérêt et vous rejoins sur tous les points. Attentisme et solidarité sont de mise au vu de cette morose conjoncture. Les acteurs du tourisme sont durement frappés mais ne peuvent agir autrement : Des annulations de réservations en masse de manière indéfinie, des trésoreries lourdement affectées et des crises sociales qui se profilent.
    L’activité touristique est paralysée de force par l’avènements de cette épidémie. Il va falloir demeurer patient, vigilant et se serrer les coudes, appuyer des propositions menant à de temporaires solutions au mieux le mieux auprès des instances gouvernementales.
    Le Business des professionnels du tourisme en pâtit, surtout en cette période qualifiée de haute saison.

    Post a Reply
  2. Merci cher ami. Article intéressant, bien travaillé mais qui fait peur car c malheureusement la réalité d’une situation que nous héritons et devrons gérer comme nous l’avions fait par le passé. Car les crises nous en avons vécu. Sauf que celle ci est particulière!

    Post a Reply
  3. Oui, Fouzi.
    Cette contamination de l’offre par une demande affaiblie guette l’ensemble de l’économie. Nous n’en serions pas là si la filière du Tourisme s’etait dotée d’un mécanisme de gestion de crise qui va au-delà de l’actualité du Coronavirus, j’entends un Plan de Continuité pré-établi, intemporel et évolutif, lequel qualifierait et codifierait pour toute crise à survenir, chaque enjeu, chaque urgence, chaque rôle, chaque procédure, chaque séquence, chaque recommandation et chaque action en vue in fine d’apporter une réponse graduée appropriée …
    Le tout, en concertation avec l’ensemble des parties prenantes (acteurs de la chaîne de valeur touristique mais pas que, puisqu’il faudra l’élargir à tous les secteurs économiques), les pouvoirs publics, représentations institutionnelles, la Tutelle et jusqu’à la Primature, guichet unique de toute doléance et seul arbitre en mesure de coordonner les départements et différents ministères concernés et « sollicitables ».

    Le risque réside essentiellement dans
    l’éventualité d’une probable « contamination économique générale » avec le passage d’une crise de la demande [tarissement volontaire et observé des flux en provenance de nos marchés émetteurs primaires] à une crise de l’offre [hôtels, agences de voyage, agences d’événementiel et prestataires de l’écosystème du voyage et des loisirs sont ni plus ni moins sommés d’arrêter de produire leurs services ].

    Oui, les autorités sanitaires ont toute latitude de recommander, d’orienter et de gérer le risque pandémique pour le bénéfice des populations mais certaines décisions sont surprenantes tant elles paraissent tantôt pertinentes, tantôt surdimensionnées parce que je n’y vois ni phasage, ni graduation, ni modulation. Il semblerait qu’on ait opté d’emblée pour le « worst case » !

    Le risque de convertir une crise de la demande en une crise de l’offre est réel et il devrait alerter l’ensemble des agents économiques tous secteurs confondus ainsi que les garants de la sécurité économique,à leur tête, la banque centrale.

    Imaginons-nous un seul instant l’apocalypse que provoquerait par voie d’entraînement l’annulation par les prestataires eux-mêmes du peu de prestations qu’il leur reste à produire et à offrir ? Imaginons-nous l’ampleur de la destruction de valeur et ses conséquences ? Sur nos entreprises, nos fournisseurs, nos collaborateurs, nos consommateurs, nos communes, les caisses, etc. ?

    En obtempérant et en exécutant à la lettre les annulations d’événements sans distinction, sans évaluer, sans discuter, sans expliquer, sans prospective, sans scénariser … celà revient à se tirer dans les pieds !

    Tout en gardant les yeux grands ouverts sur l’épidémie, il faut « garder la tête froide » et moduler, adapter les réponses en fonction des développements, de l’évolution et de la durée. Cette dernière demeure d’ailleurs la variable clé de la crise actuelle.

    Dans les pays industrialisés, leurs autorités monétaires s’inquiètent à juste titre du phénomène inverse (contamination de l’offre par la demande, ex. La baisse de l’offre de produits chinois brise l’effort de consommation). Mais chez nous, et dans notre grappe tourisme, c’est exactement le contraire que favorisent les récentes « orientations » circulant ces dernières 48h00.

    Une voix ou des voix fortes doivent se faire entendre dans ce sens. Sinon, l’après-Coronavirus risque d’être plus fatal que ce terrible fléau lui-même.

    Ton blog contribue à cette prise de conscience mais allons plus loin. Jusqu’à convaincre le plus grand nombre de la nécessité de reconsidérer avec vigilance et pédagogie la situation, sans sacrifier la sécurité sanitaire.
    Il y va de notre futur à tous.

    J.A

    Post a Reply

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *