De l’attractivité d’une destination : Marrakech.

La vision 2010 s’est attelée à créer un climat favorable pour le développement du tourisme en agissant sur plusieurs leviers qui étaient autant de verrous à faire sauter, entre autre le foncier, la fiscalité et le financement. Pour cela il a fallut convaincre tous les intervenants publics et privés et démontrer que le tourisme est une véritable locomotive à même de mettre l’économie nationale sur orbite et de créer  des emplois et de la richesse.

Durant dix années, la priorité a été de mettre les infrastructures indispensables au développement touristique en commençant par les autoroutes, les aéroports et les ports pour assurer le flux des touristes et leur circulation. Puis on a du prendre des décisions courageuses comme l’ouverture du ciel et les facilités accordées aux groupes étrangers afin de les inciter à venir investir chez nous.

Nous avons du nous adapter pour faire face à la compétitivité dans un environnement de plus en plus mondialisé où tout était permis et où seul comptaient les chiffres et la course à l’investissement, aux ouvertures d’unités d’hébergement, de restaurants, de lieux d’animation et de golfs. Le produit se façonnait au grès des modes et des tendances aidé en cela par les médias  qui vantaient une qualité de vie loin du stress et surtout accessible à tous.

Marrakech a émergé grâce à un positionnement qui se veut authentique, remis au gout du jour: palaces, hôtels de charme, ryads et maisons d’hôtes, restaurants branchés, vie nocturne, artisanat de luxe , festival du Cinema et une clientèle jet set qui a pris ses quartiers dans la ville amenant avec elle son lot de prestataires à même de fournir des services de qualité.

Un positionnement exclusif, tendance où tout n’est que «luxe et volupté» avec des campagnes de communication inédites comme RED By Marrakech et des événements grandioses comme le Morocco Race, Le Marrakech du rire, Caftan , Khmissa et bien d’autres.

Ce positionnement haut de gamme nécessite une homogénéité des prestations et une mise à niveau des composantes du produit :l’accueil, les services, la signalétique, la propreté, l’hygiène, la qualité, les ressources humaines…..or, force est de constater les dysfonctionnements enregistrés dans ce domaine et qui ressortent de manière récurrentes dans les commentaires des visiteurs.

Marrakech souffre du manque d’entretien de ces monuments historiques et ses musées traditionnels qui représentent de moins en moins d’intérêt  pour les visiteurs or la ville se veut culturelle? Une prise de conscience est nécessaire et notamment par le ministère de la Culture pour redonner tout leur aura au Palais Badiâa, le musée Dar Si Saïd et le Palais de la Bahia pour ne citer que les plus importants. Chaque lieu doit raconter son histoire pour que chaque visiteur puisse la vivre et s’attendre à croiser à tout moment le Sultan Mansour Eddahbi, le vizir Ba Hmad, Si Saïd au détour d’une cour intérieure, à l’ombre des orangers ou au coin d’un salon. On ne peut décemment pas faire visiter des ruines sans âme.

D’autre part, tout nouvelle tentative culturelle doit respecter l’histoire qu’elle soit lointaine ou contemporaine, la culture ne s’invente pas, elle se perpétue, elle a un ADN que l’on doit retrouver à tout moment dans l’architecture, la musique, l’expression corporelle, la peinture, la gastronomie, l’artisanat et tout ce qui fait l’identité marocaine. Nous devons être fier de notre patrimoine et chercher à le perpétuer.

Le centre névralgique de Marrakech est encombré par une circulation de plus en plus compliquée dans des artères qui ne peuvent plus supporter autant de véhicules surtout les weekends de grande influence. L’air devient de plus en plus irrespirable dans le centre historique, la place Jamâa el Fna, les souks qui bien qu’interdits aux voitures sont aujourd’hui envahis par les vélomoteurs et les scooters. Outre les gaz d’échappement qu’ils diffusent, ces engins sèment la panique dans le rang des piétons en toute impunité.

Marrakech est malheureusement affublée du quolibet d’Arnakech que l’on retrouve dans tous les forums de discussion des sites communautaires  et qui discrédite tous les efforts faits par les professionnels pour promouvoir la destination. Si ce phénomène existe, il n’en demeure pas moins qu’il est marginal, mais ce n’est pas une raison pour ne pas le combattre en commençant par le dénoncer en avertissant les visiteurs. Cela implique  l’affichage des prix, le contrôle de la qualité et la sensibilisation de tous les acteurs.

Autre forme de harcèlement, les commerciaux de time share, étrangers et bi-nationaux, maitrisant les langues et  qui abordent les touristes d’un certain profil pour leur fourguer des séjours en résidence partagée avec un discourt toujours bien préparé, adapté, convaincant et ne laissant généralement aucune alternative au touriste «pigeon» qui finit par signer.

La propreté de la ville laisse à désirer au grand dam des élus de la ville. La société en charge des ordures ménagères est en dessous de tout ce que l’on peut attendre en matière de service. Ayant soumissionné sur la base d’un CPS en étant le moins disant, elle fait face aujourd’hui à un conflit social, ne pouvant rémunérer son personnel qui fait grève sur grève et tient la moitié de la ville en otage avec tous les désagréments que cela peut comporter pour les résidents et leurs hôtes. Liée par un contrat léonin, la mairie est aujourd’hui dans l’incapacité de le rompre et demande l’arbitrage du Ministère de l’Intérieur pour trouver une solution d’urgence.

Ce ne sont là que quelques aspects saillants dont souffre Marrakech sans avoir à parler du manque de civisme et des comportements de ceux qui squattent les espaces public ou qui vivent de l’informel sans aucune forme de respect pour les autres.

Une destination, c’est d’abord une histoire à raconter, une image à préserver, à crédibiliser et à pérenniser en vue de son attractivité. Par la suite en faire la promotion devient accessoire et non essentiel.

Author: Fouzi ZEMRANI

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4 Comments

  1. Cher Blogger,

    Continue de nous interpeller !
    Stp !
    L’hypnose générale gagne du terrain !
    Au secours !!!

    Jalil

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  2. Mon cher Faouzi,
    Je crois que tu as mis le doigt sur quelque chose d’important stigmatisé en la ville de Marrakech. Cet ensemble tourne autour de la gestion de la ville d’une manière générale des élus aux professionnels.
    tu as certes cité un petit passage concernant la propreté de la ville en mettant en exergue l’incapacité de la société qui a soumissionné pour les ordures ménagères: « Ayant soumissionné sur la base d’un CPS en étant le moins disant ».
    J’ai toujours eu en horreur ce statut de moins disant (en tout)pour préférer celui « du mieux disant ».
    tu le sais bien en tant qu’operateur que si coûts d’achat sont identiques quelle est la seule marge de manœuvre qui reste pour remporter le marché et pour tomber sur quoi par la suite; je te cite: »elle fait face aujourd’hui à un conflit social, ne pouvant rémunérer son personnel qui fait grève sur grève et tient la moitié de la ville en otage avec tous les désagréments que cela peut comporter pour les résidents et leurs hôtes ».
    Alors essayons « d’aider les autres à comprendre le message ».

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  3. Un bel état des lieux et un rappel que la ville Ocre est victime de sa réputation de ville en fleurs où l’air de la montagne ajouté aux multiples senteurs des jardins envahissait les rues de la médina et même du Guéliz jusqu’à endormir les élus qui ne voient pas que la perle du Sud est en perte de vitesse face à ces destintaions émergentes auxquelles elle n’a rien à envier. Dommage que la conservation de notre histoire soit confiée à un ministère qui a toujours brillé par son silence.

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  4. Voilà bien un excellent résumé de la situation actuelle, on a l’impression d’un essoufflement ou pis encore , d’un laisser aller général.
    Nous commençons à être à court d’arguments pour vendre notre seul et unique produit, face à d ‘autres destinations montantes, riches des superbes traces de leur Histoire, de leurs très beaux paysages, de leur succulente gastronomie, d’accès facile mais surtout riche de leur volonté de préserver, d’entretenir et de valoriser ces maximum ces arguments, qui sont aussi les nôtres …. et méritent aussi d’être préservés, entretenus et valorisés!!!
    A quoi servent de grandes campagnes publicitaires comme on en a vu récemment, quand il s’agit de vendre un produit qui finalement n’est plus à leur hauteur !

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