Continuons le débat sur le Tourisme….

Un grand hebdomadaire de la place, spécialisé en questions économiques, à organisé dernièrement un dîner débat sur le thème du Tourisme avec un casting de rêve: Le Ministre du Tourisme face aux présidents de la FNT, La FNIH et la FNAVM.

Ce qui m’a choqué d’entrée, c’est le peu de participation des professionnels marocains ou expatriés à ce type de rencontre, rare il est vrai , pour ne pas dire premier du genre en ce qui concerne notre secteur. Cette absence est inquiétante, lorsque tous s’évertuent à dire que nous sommes en crise, que nos entreprises sont en danger et que notre compétitivité est remise en question face aux destinations concurrentes.

Le Ministre a brossé un tableau réel de la situation, n’omettant ni les facteurs endogènes, ni les facteurs exogènes qui ont amené à ce constat : Un net recul des nuitées hôtelières malgré des arrivées en hausse. Il a également relevé la hausse en terme de rapatriement de devises tout cela par rapport à l’année 2010, qui, il faut le rappeler n’est pas une année de référence , puisqu’elle s’inscrit en pleine crise financière et économique. Bref, le Ministre a été franc dans sa démarche, reconnaissant la gravité de la situation et émettant ses réserves pour l’année en cours et la suivante. Il a conclu malgré tout sur une note d’espoir sous réserve d’une mobilisation générale de tous les acteurs en profitant de ce passage à vide ( sans jeu de mot ) pour revoir notre  produit ,et mettre en œuvre la vision 2020 , qu’il qualifie de stratégique et opportune.

S’ensuivit un débat  sur des questions liées à l’incohérence des arrivées et des nuitées , le tourisme interne , les réductions des capacités aériennes, l’informel , la promotion etc… en fait des sujets récurrents mais auxquels, à mon humble avis n’a pas été apportée de solution miracle ni de réponses appropriées.

Je pense, que nous sommes face à «un délit de faciès» dans la perception que se font de nous un certain nombre de visiteurs potentiels. Notre destination est malheureusement encore associée  au printemps arabe, aux mouvements de jeunes et à  l’attentat du 28 Avril qui continuent à faire  parler d’eux. Nous avons l’obligation de redresser  et de donner une autre image , securisante et crédible.

Nous devons , et là je parle de nous acteurs du tourisme, mettre en avant tous les changements qui ont eu lieu dans notre Royaume durant les 12 derniers mois : Un referendum, une nouvelle constitution, un nouveau gouvernement, une alternance et la mise en place de chantiers visant à éradiquer la corruption, toutes les injustices, la pauvreté, les inégalités et tous les chancres qui plombent l’évolution légitime de nos concitoyens.

Nous devons rappeler, que le tourisme , pratiqué de manière responsable et équitable est un levier économique et social pour notre pays et l’encourager serait le moyen de nous permettre d’avancer sur les chantiers précédemment cités.

Il est de notre responsabilité de tirer les leçons qui s’imposent face à tous les excès qui ont été commis dans le cadre d’un développement  rapide  sans prendre les précautions qui s’imposent, à savoir la prospection des nouveaux marchés, la mise en place de produits innovants , la formation de ressources humaines adaptées et surtout  l’environnement et les populations happés par un  exode aveugle.

Je suis étonné de constater que tout le monde se pose la question sur la perte de vitesse des TO traditionnels? Cette situation était inéluctable face à internet et la désintermédiation qui s’est accentuée avec l’Open Sky et l’arrivée des low cost. Ceci étant, je pense que nous devrions considérer cela comme une opportunité et non une fatalité: Il serait temps que nous soyons maitre de notre produit et de notre destination et encourageant les acteurs qui s’investissent dans la conquête des marchés soit en s’y installant , soit en développant des plateformes nationales de ventes par internet.

A propos de «la plateforme» mise en place par l’ONMT, sans vouloir polémiquer, elle ne correspond aucunement à nos attentes et je met au défi toute personne pouvant prouver le contraire. Un portail internet se veut facile d’accès, ergonomique et utilisable par l’internaute lambda. De plus, le site renvoie sur deux opérateurs nationaux et un comparateur qui privilégie les sites de ventes étrangers!!!!

Quand au tourisme interne, il faudrait qu’on arrête de penser à un produit spécifique pour les nationaux , qui n’aspirent ni plus , ni moins qu’à être traité comme des touristes normaux, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Croyez vous que les touristes qui viennent au Maroc seraient choqués de rencontrer des marocains et de vivre à la marocaine?

Il serait temps de mettre en place une véritable stratégie qui prenne en compte le niveau de vie des nationaux, leur CSP et le budget qu’ils sont prêt à consacrer pour leurs vacances. A cela je propose un cheque vacances à échanger auprès des opérateurs nationaux. Pour cela réfléchir à sa mise en place dans le cadre d’un partenariat entreprises, Etat et opérateurs de tourisme, une sorte de convention ou on intégrerai une rubrique vacances dans le bulletin de paie des salariés, déductible des impôts et indolore pour les ayants droit. Un moyen de booster les réservations , de pérenniser l’emploi, de satisfaire les attentes des citoyens et de récupérer des taxes en fin de parcours.

Avant de finir, je pense sincèrement que le fait d’injecter des capacités aériennes supplémentaires et de faire de la promotion, sont des conditions nécessaires, mais pas suffisantes pour faire repartir la destination. Une remise en question de notre produit est indispensable surtout si nous visons de nouveaux marché dits émergents.

Bonne semaine à tous.

Author: Fouzi ZEMRANI

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2 Comments

  1. Dissocier l’image de la destination Maroc de celle du « Printemps Arabe » est une action prioritaire au vu des circonstances actuelles, qui nécessite, bien entendu, moult efforts au niveau de la communication : mettre en avant les changements occurents nécessite une mobilisation générale de la part de tous les acteurs du secteur,… et encore : les résultats ne seront point perceptibles dans l’immédiat. D’autre part, ils ne faut plus compter sur des T.O qui, à l’international, perdent du terrain face à Internet : Il faut capitaliser intelligemment sur cet outil, incontournable au vrai sens du terme, les portails et sites d’offices et délégations de tourisme doivent être les plus pratiques possible. On ne cesse de le redire : il ne faut plus considérer les résidents comme « bouée de sauvetage en ces temps de crise » si j’ose avancer : c’est une cible qui présente d’intéressantes perspectives, un vrai relais de croissance, et qui a des aspirations auxquelles il faut savamment répondre. Et enfin, je suis tout à fait d’accord sur le fait de renforcer l’aérien, ce dernier étant un socle de la croissance du secteur. Merci d’avoir tenu à partager votre réflexion avec nous comme à l’accoutumée si Fouzi !

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  2. L’évolution du tourisme d’un pays ne peut être déconnecté des autres secteurs. Santé, sécurité, communications, réseau routier, droits humains et libertés publiques …
    C’est autour d’un ensemble où tous les secteurs se développent de manière harmonieuse que la politique de l’état (ou des régions) se doit de développer des centres d’intérêt, et en faire la promotion (ou du moins participer à la promotion.)
    Le circuit de distribution et de commercialisation relevant du privé (bien évidemment)devra faire montre de dynamisme et d’imagination pour créer la synergie sur l’action des autorités.
    Vendre par les biais des nouvelles technologies est un des moyens de relayer cette action, mais ce n’est pas le seul.
    J’espère sincèrement que le prochain collège dont la naissance est programmée pour fin avril, constituera une force de proposition et d’action allant dans ce sens.
    Je voudrais être confiant quant à nos capacités de réaction pour inverser la tendance négative des dernières années et, qui prônait la léthargie comme mot d’ordre.
    Je suis persuadé que chaque action entreprise de bonne foi dans l’intérêt de la profession ne peut être que bénéfique.

    Merci cher Faouzi de nous tenir informés

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