Agents de Voyage: Les Oubliés de la vision.

Et puisque nous sommes encore en pleine évaluation des stratégies touristiques, vision 2010 et 2020, on ne peut passer sous silence un maillon important de la chaine de valeur touristique, qui a été tout simplement oublié par les rédacteurs des contrats programme : L’Agent de Voyage.

On a l’impression que tout a été fait pour développer de la capacité hôtelière en facilitant l’accès au foncier et au financier et en adaptant la fiscalité en priorité aux hébergeurs. Pour rappel, la TVA des hôteliers est tombée à 10%, l’IS a bénéficié d’un abattement de 50% sur le chiffre d’affaire effectué en devise y compris celui réalisé à travers les agences de voyage sans que celles ci puissent également y avoir droit!

Aucune mesure pour accompagner les agences de voyage dans le cadre de la libéralisation du ciel, au contraire ils ont vu leurs avantages fondre comme neige au soleil auprès des compagnies aériennes. Le nouveau modèle économique instauré depuis a vite fait de les happer dans la tourmente.

L’Open Sky a favorisé l’implantation de compagnies à bas coût et le développement de la distribution à travers le canal internet. La destination Maroc et plus particulièrement la région de Marrakech sont devenues en quelques temps le terrain de jeux des compagnies low cost et des distributeurs de chambres via internet (OTA)

Effet immédiat, la disparition du charter, la réduction de la durée moyenne de séjour, le détournement des Tour Operateurs, l’assèchement des circuits touristiques, la sinistralité des destinations telles que Ouarzazate, Zagora, Tinghir, Fez et Meknès et la mort programmée des agences de voyage réceptives.

Une partie de l’hébergement en 3* et 4* a été également impactée, celle qui était programmée par les TO et commercialisée par les agents de voyages réceptives pour des séjours ou des circuits. Dans l’euphorie des facilités données pour développer de la capacité hôtelière, celle ci a explosé surtout à Marrakech. Qui pour commercialiser cette offre ? Répond elle à une demande réelle du marché? Que faire à part dormir dans un hotel? Des questions qui méritent des réponses.

A la même période s’est développée une autre offre d’hébergement, plus sexy, un tantinet authentique et adaptée au nouveau mode de consommation des vacances : Les Riads et Maisons d’hôtes. Cette spécificité marrakchie, qui depuis a fait des émules à Fez et à Essaouira aura été la vitrine de la destination Maroc et l’effet carte postale de la promotion initiée par l’ONMT durant la décennie 2001-2010.

Les touristes potentiels drainés par internet se sont peu a peu détournés de l’hébergement classique pour se rabattre vers cette nouvelle offre qui leur promet de vivre une expérience authentique dans une ambiance feutrée, parfumée et envoutante telle que décrite par les romanciers orientalistes du début du XIX siècle.

Cette offre est difficilement commercialisable par les agences réceptives et peine aujourd’hui à attirer plus de clients d’autant plus que les événements qui se sont cumulés depuis 2011 : Printemps arabe, attentat d’Argana puis toute la série d’attentats, tous perpétrés il est vrai hors du Maroc, mais revendiqués par de pseudo-musulmans ont créé un climat anxiogène et engendré l’islamophobie qui dessert le tourisme en général et plus particulièrement en terre d’Islam.

Depuis les agences de voyages vivotent, essayent de se reconvertir dans le tourisme interne, le voyage à l’export, l’évènementiel ou l’organisation de voyages religieux mais sans véritable conviction, en tout cas pour les professionnels qui ont fait les beaux jours du tourisme marocain.

Au Ministère, on continue de distribuer des licences sans se soucier de ce que vont devenir ces agences sans cap, sans formation, sans accompagnement et certainement sans avenir. Et ce n’est certainement pas le projet de loi tardif et toujours en  gestation qui résoudra l’équation, car en l’état, il ne fera qu’aggraver la situation.

S’il est très difficile aujourd’hui de sauver le plan Azur, de solder les dettes toxiques de chantiers arrêtés ou abandonnés, d’avoir une stratégie aérienne pour conquérir les marchés, il y a certainement un moyen de mobiliser les agents de voyage pour repartir à la conquête des marchés et peut être remplir ces milliers de lits désespérément vides.

Aujourd’hui, ce sont les agents de voyage du tourisme nature et aventure qui continuent à attirer des touristes avides de dépaysement et désireux de s’immerger au milieu d’une population bienveillante vivant dans une nature exceptionnelle. Pourtant, ils voient leur périmètre d’action se réduire de jour en jour par une loi qui confond le bivouac fixe avec le bivouac itinérant et une fiscalité qui veut taxer les muletiers et le gîte et le couvert chez l’habitant.

La stratégie digitale dont parle l’ONMT devrait servir en premier lieu les agents de voyage nationaux, or elle continue de creuser l’écart en favorisant les Booking et compagnie, véritables chevaux de Troie dans le marketing de nos destinations.

Tout ce gâchis est le fruit d’un manque réel de leadership, d’une instance représentative réelle à même de relever les défis et de permettre aux agences de voyages de retrouver la place qu’ils méritent dans l’échiquier du tourisme national.

Les agences de voyage doivent prendre leur destin en main et se réorganiser en rangs serrés pour reconquérir leurs parts de Marché. Pour cela, ils ont besoin de se regrouper au sein d’instances régionales fortes et demain dans une instance Nationale capable de se réinventer pour servir les intérêts de ses membres en étant leur porte voix au sein des instances publiques ou privées qui ont en charge le secteur du tourisme.

Author: Fouzi ZEMRANI

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2 Comments

  1. Nous avons toujours regardé les autres faire sans pour autant les suivre ou même penser faire autrement. Nous avions vécus avec une loi 31/96 qui a trop vieillie mais laquelle ne sert plus nos intérêts et ne nous protège guerre. Puisque très peu respectée. Nous avons vu venir l’Open Sky et avions subi les changements avec l’arrivée des compagnies Low Cost. Lesquelles avaient imposé la désintermédiation en changeant la grille des commissions de nos interventions. Nous avons assisté aux diverses fusions et absorptions de certains grands T.O étrangers qui, dorénavant nous ignorent, lors de leurs négociations avec les hôteliers et les transporteurs aériens e terrestres. En nous réveillant, nous avons voulu nous attaquer à l’informel sans grand succès. De même avions nous essayé de nous opposer aux « On liners ». Et encore une fois sans grand succès. Puisque d’autres vendeurs en ligne se sont développés depuis et exercent au vu et au su de tous. Donc ignoré ou oublié, ce maillon de la chaine de la distribution du voyage? Que nous reste t-il à faire? Rallier nos efforts pour survivre et se battre pour protéger les emplois de nos milliers de collaborateurs? Là encore nos institutions et associations n’ont pas une feuille de route sur laquelle nous sommes unanimes. Nos divergences de points de vue en interne nous affaiblissent encore plus aux yeux de ceux que nous voulons convaincre ou combattre. Alors, devons nous simplement baisser les bras et continuer à subir en attendant la nouvelle loi no. 11/16 qui changera le paysage professionnel dans lequel nous avons décidé d’investir car nous ne savons pas faire autre chose que le tourisme? Et si nous avons été oubliés de la vision 2020, c’est que ceux que nous avons en face ne sont pas convaincus de notre importance. mais à qui la faite. La question reste posée!

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  2. Par rapport aux agences de voyages, le problème réside du fait que nous nécessitons un changement de mentalité, d’organisation et de savoir comment former nos équipes ? L’experience et l’expertise ne sont plus suffisant pour former un bon agent de voyages adapté à la nouvelle donne de la globalisation.
    Malheureusement les écoles de tourisme ne sont pas encore formées pour agir face aux géants distributeurs de chambre via internet. Nous avons l’impression qu’elles (les écoles de tourisme) pensent que ces portails ont remplacé l’agent de voyages. Or, les agents de voyages sont les plus aptes à vendre un hôtel.

    Il est nécessaire de developper un métier de ‘’e-distribution’’ nous permettant ainsi de s’occuper des devis sur internet, de la e-reputation, du e-mailing, bref, former un agent de voyages type Community Manager…

    Cela entraînerait, non seulement, une baisse de la distribution via les portails géants de réservation, mais aussi reconquérir, en tant qu’agence de voyages, nos parts de marché.

    Mais, comme tu l’as bien dit Fouzi, il faut se réorganiser en rangs serrés pour atteindre l’objectif, soit retrouver la place qu’on mérite dans l’échiquier du tourisme national!!!

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